Cette création théâtrale, Mon Coeur, raconte le scandale du Mediator à travers le récit de Claire(Marie Nicolle) qui, depuis toujours a voulu être mince, belle, comme le regard des autres l'y oblige. Après son accouchement elle est toujours grosse, de trop estime-t-elle. Son médecin le pense aussi et comme elle ne peut pas faire de sport, le docteur va lui prescrire  Mediator, un coupe fin, ça réduira l'envie de grignoter. Première semaine une pilule par jour, deuxième semaine deux et ensuite matin, midi et soir.

Jusqu'au jour où le médicament est retiré du marché, sans explication. C'est déjà trop tard, Claire a du être opérée à cœur ouvert, les deux valves défectueuses seront remplacées par deux autres métalliques, plus un traitement à vie. Mais elle est toujours très fatiguée, essoufflée, a perdu son job, son amoureux est parti, a du déménager pour plus petit et au rez-de-chaussé. Son petit garçon, maintenant a sept ans, va assister à l'écroulement de sa mère, va souffrir d'une phobie scolaire et, comme sa maman, va se désocialiser.

C'est un approfondi travail d'investigation mené par Pauline Bureau, qui a écrit et mise en scène «Mon Cœur» avec une troupe remarquable, La part des Anges.

Racontant ainsi, le plus grand scandale médical en France, à travers la maladie dont Claire est victime, celle d'un médicament-poison, acte criminel d'un laboratoire qui savait, d'une administration qui savait, d'un pouvoir politique qui, encore aujourd'hui, se garde bien d'assumer toutes les conséquences.

Et cette affaire, ce combat courageux d'un médecin, Iréne Frachon, qui a tout risqué est remarquablement servi, interprété par un admirable, minutieux, juste travail d'acteurs. Une mise en scène, sans concessions, sans accommodements mais avec force, nous confrontant à toute cette bataille d'une femme dans la lutte contre sa maladie et d'une autre femme dans son combat contre le pouvoir labo-administration qui maintien et autorise un médicament-assassin.

Les différentes approches scéniques de la première partie de l'histoire, situent bien le contexte de vie de Claire. Des tableaux très finement écrits, délimités par les contours de sa réalité quotidienne jusqu'à l'opération à cœur ouvert, difficilement jouée au théâtre, qui m'a paru une performance de toute une équipe.

Les interventions d'Iréne Frachon (Catherine Vinatier), courtes, précises, jamais débordantes et toujours fermes, de conviction et de détermination. Il serait juste de citer tous les comédiens, tant la qualité de leur jeu et l'esprit de troupe émerge de leur interprétation.

 Le travail de Pauline Bureau (c'est la première fois que je vois une de ses mises en scène), a cette dimension de faire, grâce au théâtre la démonstration éclairante d'un combat pour la vie, celui de Claire, un combat pour la vérité, celui d'Irène, un combat pour la justice, celui d'Hugo(Nicolas Chupin), l'avocat des victimes du Mediator.

 Une pièce à lire, servi par un texte efficace, nuancé et ciselé finement (espérons qu'il sera publié). Et surtout à voir d'urgence, pour l'amour du théâtre et pour le droit de savoir!

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Mon Cœur, au Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu'au 1er avril 2017 * Mon cœur - La Saison - Théâtre des Bouffes du Nord

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à lire l'enquête de Michel de Pracontal- 13 mars 2017  :  Procès du Mediator: chronique d’un échec programmé

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J'avais consacré un billet, en novembre 2016, au film d'Emmanuelle Bercot sur le combat de La fille de Brest... et du Mediator!

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Elus corrompus,conflit d'intérêts, commissions bidonnées, il faut balayer tous ces corrompus, avec les insoumis. Problème identique avec le glyphosate de monsanto génotoxique,mutagène cancérigène.  Combien de morts pour Servier et son médiator?

Combien de morts faudra-t-il pour le Roundup de Monsanto?