«Ingérence» de l’Élysée dans la presse régionale?

Ce lundi, le Président de la République a donné une interview collective, sur l'Europe, après accord avec le Syndicat de la presse quotidienne régionale, qui réuni une dizaine de groupes de presse. Normal que le chef de l’État s'exprime. Le faire à cinq jours de l'échéance électorale, pose question point de vue équité outre le fait que les articles sont soumis à la relecture préalable de l’Élysée

C'est donc une première, sous Macron, que le président réunisse les journalistes des principaux journaux de la presse régionale dont Le Parisien, mais aussi l'Ouest-France, le Sud Ouest ou Le Dauphiné libéré, pour leur causer de l'Europe. Mardi matin la presse des territoires comme on aime dire aujourd'hui, présentera à ses lecteurs la parole du président (forcément bonne) mais après que les services de l’Élysée aient donné leur aval.

Je viens d'un pays où aucun écrit (presse, revue, publication...) ne pouvait être diffusé sans le cachet visée par la censure(1928-1974). Préalablement, les journaux (quotidiens, hebdo ou mensuels, devaient présenter l'ensemble du journal ou de la publication aux services de la censure.

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Ce n'est pas de cela dont il s'agit ici mais, symboliquement cela lui ressemble.

D'une part cette prestation du président qui a manifestement pris position, comme un chef de clan en France. Pas pour une Europe plurielle avec les diverses opinions mais pour l'Europe de la Renaissance, c'est à dire celle de la liste de son parti. Point de vue équité et respect des autres visions de l'Europe, cet interview pose la question du respect de la démocratie: aucun journal ne pourra accorder le même temps et le même espace aux autres candidats.

La relecture préalable démontre que l'interview est peut-être libre mais les réponses, autorisées à publier, sont retoquées.

Il y a comme une “ingérence” Élyséenne, dans la presse régionale: difficile de refuser la commande et difficile de se passer du tampon “imprimatur”... Il me paraît évident dans ces circonstances que cet entretien collectif est davantage la promotion d'un produit, une sorte de communication-politique. “Je fais venir les journalistes, je leur dit ce qu'ils doivent écrire sur l'Europe et ensuite mes fonctionnaires corrigeront ce qu'il faut publier... la liberté d'expression c'est moi!

C'est un président qui se croit ou s'estime tout permis, qui se croit ou s'estime le détenteur, le seul, de ce qu'il faut dire et de ce qu'il faut faire. Et nous assistons “indignés” à voir passer dans les ronds-points les marcheurs décomplexés...

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Un journal dit non, La Voix du Nord!

Ajoutons qu'un seul journal régional a refusé le “diktat”. C'est La Voix du Nord qui, par la voix de son rédacteur en chef, Patrick Jankielewicz, a estimé qu’«à cinq jours du scrutin, cela perturberait l’équilibre du traitement de la campagne auquel nous essayons de veiller». Et d'ajouter «la publication est soumise à la relecture préalable de l’Élysée. Donc c’est sans nous».

Ce même journaliste avait déjà pris position, par le passé, contre la relecture par les interviewés. La relecture est la plupart du temps une réécriture et pas simplement des corrections techniques à la marge.

Cette position, même si on prête au journal des positions pro-Républicains, me paraît une attitude digne tout au moins de ne pas participer à la tartufferie”.

Un dessin censuré...

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Et il a raison !

- Heureusement que nous avons encore cinq ans à tirer ! Dehors ça ne va pas très bien ! (Censuré, in journal Os Ridiculos, un hebdo tendance Canard...)

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