Roubaix, une lumière “de vérité”!

“Tout est vrai dans mon film” a dit Arnaud Desplechin, en présentant son film, “Roubaix, une lumière” lors d'une avant-première il y a deux jours. Au fond peu importe, vrai ou pas vrai, c'est surtout ce qu'il nous raconte, ce qu'il nous donne à voir, qui me paraît mériter qu'on s'y attarde et j’ajouterais “à ne pas manquer”.

Résultat de recherche d'images pour "roubaix une lumière"      Pour nous parler de son Roubaix, où il a grandi mais dont la réalité sociale ne lui est apparu que bien plus tard, Arnaud Desplechin prend un ou des faits divers, et réalise un polar. Il part d'un documentaire de Mosco Boucault, qui avait filmé pendant six mois l'activité du commissariat central de Roubaix. Documentaire qui révèle (présenté sur Arte en 2008) le travail laborieux et consciencieux des policiers dans une ambiance de violence, de crime et de pauvreté. Il réalise, à sa manière, une sorte de “remake”.

Avec sa qualité et son expérience de réalisateur reconnu Arnaud Desplechin sait nous rendre ces faits-divers autant de moments d'interpellation sur les comportements humains et les relations de dépendance familiales ou amoureuses, mais aussi de réflexion sur l'état de la France et le rôle joué ici par un commissaire, enfant du pays, algérien venu à Roubaix lors de ses sept ans.

Arnaud Desplechin respect scrupuleusement le texte du documentaire et l'enrichi avec la complicité dans l'interprétation de Roschdy Zem, le commissaire qui dirige ses troupes avec la même finesse et acuité dont il use pour “accompagner” deux jeunes femmes bien “détraquées”, dans la recherche de la vérité. Léa Seydoux et Sara Forestier, remplissent à l'excellence ce rôle de paumées, d’immatures et prêtes à tout. Une par calcul, manipulation, l'autre par la fascination qu'elle a pour son amante. Le jeune lieutenant de police, pour sympathique qu'il soit,  paraît moins convaincant dans ses premiers pas d'enquêteur.

Mais au-delà de cette richesse du récit, ce qui m'a intéressé c'est que son film exhibe sans paroles, sans commentaires, sans jugement, l'état des vies de beaucoup de ces jeunes, de ces lieux où ça craint, dont les gouvernants semblent ou font semblant d'ignorer.

Ici on est dans la violence, et sans les violences policières. Au contraire ces agents, cette nuit de Noël là, sont confrontés à ce qu'on vit de destructeur de la misère sociale et humaine. Comme si, l'utilisation de la police par le pouvoir actuel et ses directives répressives, banalisait et annulait le travail du “commissariat central” pour élucider et protéger ceux qui s'adressent à lui.

Le film d'Arnaud Desplechin ne plaira pas beaucoup aux élus de Roubaix mais il me paraît mériter d'un “à ne pas manquer”, à la fois pour sa qualité cinématographique (sa direction d'acteurs, son rythme) mais aussi comme “étalage” d'un versant de la condition humaine (meurtre, viols, incendiaires) et de la vie des jeunes, de ces enfants du pays, nos enfants, qui ont fréquenté nos écoles, qui ont grandi dans nos quartiers, bercés par notre “culture” et nos chaînes de télévision...! Et, apparemment, nous ne savons pas -comme s'ils ne le méritaient pas- quoi en faire?

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*  Il ne s'agit pas de critique cinématographique ou théâtrale, mais de commentaires au gré d'appréciations du moment. J'avais déjà salué le travail d'Arnaud Desplechin  dans

* *  sept 2013  .  Jimmy P, un honnête névrosé!

* * *  et sept 2015  .  Desplechin choisi le Père

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