Il avait quelque chose de M.Hulot!

Depuis longtemps qu'on le connaît. Devenu même familier. Le même air que Monsieur Hulot, celui des Vacances. Un peu surpris, parfois un regard ahuri, un sourire en coin, comme une bonne bouille... disons quelque chose de lui, au-delà du nom dont Jacques Tati s'était approprié en voisin de son grand-père. Mais voilà, le ministre n'aime pas Renault mais affectionne beaucoup les voitures!

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Une voix avisée sur la sauvegarde de la nature qu'il a beaucoup parcouru pour son émission Ushuaïa. Une pensée qui a évoluée grâce à ses découvertes, ses périples, ses rencontres.

Souvent on se mettait à le voir candidat à une élection le supposant un bon défenseur de la cause écologiste. On le poussait pour qu'il franchisse le pas. Modeste qu'il était, refusa toute incursion dans ce mode 'féroce' de la politique et refusa les propositions ministérielles, venues des plus hautes autorités de l’État.

Il finit par se laisser convaincre à une primaire chez les Verts. Les écolos-apprentis-politiques se sont lancés avec peu d'égards et peu de finesse pour l'empêcher d'y arriver. Nous avons été nombreux à voter pour lui, mais c'est Eva Joly qui arriva en tête. Excellente Magistrate, compétente, engagée, mais quelle idée de la 'piéger' ainsi dans le monde de l’écologie. Là où il y avait besoin d'une voix alerte, compétente, innovante sur l'environnement on a entendu une voix sourde, experte sur la corruption, méconnaissant ce que l'écologie veut dire. On connaît la suite et le résultat aux élections, outre le fait que la qualité et l'image d'Eva Joly en tant que Juge est sortie un peu -beaucoup- encornée à l'issue de cette expérience.

Il s'est "réfugié" dans sa Fondation qui prendra souvent des positions pertinentes et nécessaires. Non sans quelques missions de haute responsabilité, où son nom servait comme «alibi ou passe-partout» (voir le Grenelle de l'environnement de Sarkozy, alimenté par son Pacte Écologique, signé par l'autre Nicolas, mais dont sa Fondation a finit par se retirer. Sous la présidence Hollande il a été nommé «envoyé spécial pour la protection de la planète»).

Le Macron nouveau est arrivé et a su le convaincre pour prendre le poste de ministre de la transition écologique et solidaire. Beau titre, plein de promesses. Beaucoup se sont mis à espérer qu'il ne tiendrait pas, d'autres diagnostiquait un avenir d'avaleur de couleuvres, d'autres ne pariaient que sur le coup médiatique. Il y avait aussi quelques uns, désintéressés mais qui s'intéressait à ce qu'il pourrait y faire.

Et ensuite il a commencé, sans casser des briques mais tenant quelques dossiers, essayant de trouver son équilibre, tantôt essayant de porter l'idée de l'écologie en avant, tantôt en négociant à la baisse les prétentions d'un engagement environnemental. Difficile sans doute mais gouverner, prendre des responsabilités et des décisions c'est parfois, souvent, le besoin de donner priorité à ce qui est possible en attendant ce qui est souhaitable. On sait que les positions sans nuances, la plupart du temps presque toujours, retardent l'avancée des idées et de l'action.

Et voilà qu'à quelques jours d’intervalle, son patrimoine (des membres du gouvernement) est dévoilé, le rapport sur l'aéroport de Notre Dame des Landes est présenté et la conférence sur l'alimentation est conclue en son absence (à la dernière minute) pour la grande satisfaction du ministre de l'agriculture. M Travert ne cache pas le peu d'intérêt -voire l'opposition- qu'il porte à tout ce qui puisse être envisagé comme une autre façon de travailler et faire produire la terre.

Et puis il y a son patrimoine. Que Nicolas Hulot ait des revenus consistants et des rentes plus-values qui lui permettraient de ne pas avoir besoin de toucher son traitement de ministre (mais tout travail mérite salaire...) c'est bien son droit et c'est sans doute grâce à son acharnement pour défendre, à sa manière, la cause de l'environnement. Qu'ils soient une douzaine de millionnaires au gouvernement révèle tout simplement le profil de ces ministres et ce qu'ils seront amenés à défendre.

Mais ce qui est surprenant c'est son parc automobile. On savait que Fillon était un fan d'automobile et des 24 heures du Mans, dont son frère est un des organisateurs (toujours en famille...). Mais pas que Nicolas Hulot était également un "passionné (?)". Il possède six voitures, une moto, un scooter... BMW, Volkswagen, Peugeot, (pas de Renault) tout ceci ayant une valeur de 105.000€. Notons qu'il donne des détails sur sa 2CV, son gros utilitaire Peugeot, ou sa scooter électrique, la gamme dite populaire. On sait moins sur la BMW et la Volkswagen.

Peut-être parce que je trouvais qu'il détonnait dans ce gouvernement et que son parcours m'était plutôt sympathique je m'étais mis à espérer que quelque chose (peu sans doute) pourrait évoluer au profit de l'environnement. Mais son parc automobile m'a dérouté. Et je me suis demandé où la cohérence pouvait se nicher entre son discours et son propre «train de vie», si on peut le dire ainsi...

C'est sans doute là que les limites de l'exercice de la démocratie s'éclairent! Peut-être aussi entre ce qu'on dit et ce qu'on fait... quand on assume des responsabilités qui devaient être électives et exemplaires.

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