Vidal démission, vraiment ?

A juste titre, les propos ou autrement dit, les accusations de la ministre contre ce qu'elle appelle ''islamo-gauchiste'', qui aurait infiltré l'Université et définit les opposants à la laïcité, ont choqué, indigné, suscité des polémiques, des oppositions déclarées y compris chez des ''modérés''. Et des plus divers secteurs un vent souffle pour demander sa démission.

Certes, ce n'est pas rien que plus de 600 membres du personnel de l’enseignement supérieur et de la recherche, dénoncent la « chasse aux sorcières » qui serait menée par la ministre et demandent «avec force la démission» dans une tribune du journal le Monde le 20 février. Et ils déplorent ''l’indigence de Frédérique Vidal, ânonnant le répertoire de l’extrême droite sur un « islamo-gauchisme » imaginaire, déjà invoqué en octobre 2020 par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.''.

Et dénoncent le fait que la ministre est ''restée silencieuse sur la détresse des étudiants et étudiantes pendant la pandémie, comme elle avait été sourde aux interpellations sur la loi de programmation de la recherche, par toutes celles et tous ceux qui font la recherche, y contribuent à un titre ou un autre''.

Toutefois demander sa démission c'est comme s'il s'agissait d'une faute, personnelle de mme la ministre. Mais il me semble qu'il s'agit d'une façon de racoler l'électorat du FN-RN.

Or son collègue de l'intérieur ne dit pas moins. Sur Radio J, il a trouvé sa collègue «très courageuse». Et ajouté, «Ce serait vraiment ne pas regarder la vérité en face que de ne pas voir que l'université, les services publics, des associations sont touchés par l'islamisme aidé parfois par les gauchistes», a dit Gérald Darmanin.

A sont tour le ministre de l’Éducation, rejetant l'avis du CNRS qui a rappelé que cette terminologie ne correspond ''à aucune réalité scientifique'', et lorsque les présidents d'universités ont dénoncé des "représentations caricaturales et des arguties de café du commerce", le ministre Blanquer fait la leçon : "Ce serait absurde de ne pas vouloir étudier un fait social. Si c'est une illusion, il faut étudier l'illusion et regarder si cela en est une. Pour ma part je le vois comme un fait social indubitable".

Et le patron d'En Marche, Stanislas Guérini, d'affirmer sur Europe 1, dimanche 21 C’est un fait politique. (...) Je ne sais pas si cela a une réalité scientifique mais de façon indubitable, on voit aujourd’hui qu’une partie de la gauche, plus précisément de l’extrême gauche, mélange sa voix et fait converger ses idées avec l’islam politique”.

Couverture du dernier JDD

Dans un premier temps, l'entourage de la ministre expliquait que mme Vidal avait eu un ''coup de fatigue'', pour l'excuser. Mais ensuite ministres et le groupe du président ce sont montrés, pas que solidaires mais des potentiels souscripteurs des déclarations de la ministre.

Il faudrait donc demander la démission collective... le ministre de l'intérieur reprochait à Marine Le Pen d'être ''molle''... il vient de trouver la bonne réplique, Frédérique Vidal ne ''mollit'' pas et correspond bien aux passerelles qu'une part de l’exécutif échafaude avec l'extrême-droite dans la campagne que Macron a engagé pour mai 2022.

Je m'étais déjà posé cette même question, en juillet 2020, lors de la nomination du ministre de l'intérieur quand on demandait sa démission.... Darmanin “démission”, vraiment? Ici*, C'est que, «si Darmanin était “démissionné” par Macron, pour donner l'impression que l'opinion publique aurait été entendue, ce serait encore un coup de sa StartUp-communication-france: “je vous ai compris” et je garde la main!» Aujourd'hui avec Vidal il me semble que le président est dans le même schéma.

Peut-être peut-on se rappeler que ''dans les années 1930, en France comme dans d’autres pays d’Europe, les communistes et diverses personnalités de la gauche radicale étaient fréquemment qualifiés de "judéo-bolcheviks"... Comme aujourd'hui c'était une façon de disqualifier, de rejeter et de manipuler l'information.

* *

Et à propos de l'« islamo-gauchisme », j'insère ici un court extrait du tract de l'académicienne Danièle Sallenave, qui apporte une réflexion qui me semble mériter d'être connue...

"Et, pour finir, l'« islamo-gauchisme ». Que désigne-t-on exactement par là? Une fascination pour l'islam? Pour l'islamisme? Un abus des explications culturelles ou sociologiques? Le refus de faire des musulmans une catégorie à part, une «classe dangereuse»? Tout cela à la fois, dans une alliance de mots assez improbable, qui ne vaut que par son pouvoir d'intimidation". (pg49) dans "Parole en haut, silence en bas" éd Gallimard. 

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