Si Anticor m’était conté !

Le premier-ministre doit annoncer, le 2 avril, si l'agrément d’Anticor, association anti-corruption et pour l'éthique en politique, lui sera accordé ou pas. En clair, si l'association peut poursuivre son action d'ester en justice, c'est à dire se porter partie civile. Reste que des questions sur son fonctionnement interne sont soulevées. Mieux vaut ne pas les éluder.

L’action anti-corruption engagée par Anticor depuis 2002 est connue et reconnue. J'y associerais, ce qu'on peut appeler la devise de Mediapart, «tout ce qui est d’intérêt public doit être rendu public» qui serait, version Anticor «tout ce qui atteint l'intérêt public doit être rendu public». C'est pour pouvoir poursuivre cet engagement et exercer les droits de la partie civile, que l'Association a besoin d'un agrément.

Comme on sait le gouvernement tergiverse, après avoir ''égaré'' le dossier, il s'est attribué un délai supplémentaire, il a finalement commencé à l'instruire et la décision sera prise -enfin l'annonce- à Matignon et pas place Vendôme.

Il a déjà été dit par ailleurs, le "déport" du garde des Sceaux est de pure forme. D'une part ce sont les services de son administration, qui lui sont soumis, qu'instruisent le dossier d'agrément. D'autre part le ministre n'a pas respecté le devoir de réserve et carrément pris partie, en déclarant au Grand Jury de RTL, le 14 février “Quand on est garant auto-proclamé de la morale publique on a peut-être des comptes à rendre”. Les adhérents d'Anticor qui soutiennent les actions en justice portées par l'Association ne se ''auto-proclament de la morale publique'', ils se comportent en citoyens engagés de la démocratie.

De son côté, après l'avoir nié, le Premier-ministre a finalement reconnu que la demande du ministère de la Justice pour obtenir les noms des ''plus gros donateurs'', était illégale (cf avis de la CNIL).

La presse, la télé (JDD, BFM-TV…) du cercle de la Macronie, mélangeant objet de l'Association et ''crise interne'', se réjouissent des mésententes voire des mises en cause au sein des membres du Conseil d'Administration de l’Association. En quelque sorte, lancer sur la place publique des informations partielles ou déformées, qui disqualifient le combat contre la corruption ce qui revient à dire qu'au fond ''ce n'est peut-être pas tout à fait exacte ce qu'ils dénoncent''.
Dans les pages de Mediapart (certains commentaires d'abonnés sous les articles de la rédaction) et des billets dans le Club, s’expriment faisant des observations, des critiques et questionnant le fonctionnement de l’Association qui ne serait pas démocratique.

Anticor sur Mediapart

Pour ma part, adhérent depuis plusieurs années à Anticor, j’ai toujours salué son combat publiant des billets dont le dernier, au moment des prix éthiques et des casseroles de en février 2020 (ici) Soutien à Anticor...!*. Mon premier billet, c'était en octobre 2012 pour les Dix ans contre la Corruption!* lors de l'anniversaire d'Anticor.

D'autres adhérents et même son ancien président, JC Picard et l'actuel vice-président Eric Alt, ont des blogs et écrivent dans Mediapart et bon nombre d'abonnés sont également des adhérents d'Anticor.

Restant persuadé de la nécessité de l’engagement citoyen contre la corruption et pour l’éthique en politique je pense que les lecteurs de Mediapart méritent (et pour ma part j’en ai besoin) que la direction d’Anticor, nous informe, nous éclaircisse, nous expose, sur ce que les récents billets parus dans les pages du Club-Mediapart, soulèvent comme difficultés ou conflits. Celui du 19 mars 2021 Anticor... sur la voie des désagréments* par J-P Steiner, et, le 6 mars 2021, *La dernière désillusion. par Françoise Verchere. 

De leur côté Eric Alt a, le 9 mars publié Le bal des hypocrites* et Jean-Christophe Picard a reproduit le 24 février, la tribune parue dans Marianne, Nous avons besoin d’Anticor* signé avec Séverine Tessier co-fondatrice d'Anticor.

Par ailleurs, d'autres billets, celui de J-M Sabatier du 28 février Bis repetitas primo : Anticor, l’anticorruption à géométrie variable* ou celui d'AJ75 du 16 mars Affaire Anticor : un gouvernement qui n’aime pas l’indépendance ?*, voire celui de Mathieu Delaunay «Manifestement, les actions d’Anticor gênent nos dirigeants»*. A souligner aussi le billet de Corinne N, du 11 février Report de la décision d’agrément d’Anticor (à qui profite le crime ?)* qui a également beaucoup défendu ici l'engagement d'Anticor. Et un singulier regard de Jean Munch intitulé Anonymat le 12 févr. Par avance je m'en excuse si d'autres contributions m'auraient échappé.

Au-delà du «contradictoire» ce sont les échanges qui pourront apporter des arguments et des réflexions pour défendre le rôle et le projet d’une Association anti-corruption comme Anticor, d'où ma demande de réponse de la part d'Anticor.

Indépendance, neutralité, transparence

Il est souvent dit qu’Anticor doit être aussi « transparente » qu’elle l’exige des acteurs publics. Cela me paraît aller de soi. Soulignons toutefois que les moyens des corrupteurs et des anti-corruption sont sans commune mesure et que ces derniers se battent sans d'autres ''munitions'' que l’engagement citoyen et le droit. Il me semblait que c’était le cas. Les adhésions sont libres, les AG publiques, les groupes locaux pouvant rassembler des citoyens-adhérents de proximité, militants de la démocratie.

Dans un des billets critiques paru sur Mediapart il est écrit que ''l’association est tenue de s'appliquer à elle même les règles qu'elle recommande aux autres : indépendance, neutralité, et transparence'' (J-P Steiner).

En termes d'indépendance, Anticor ne bénéficie d'aucune subvention publique ou privée, ne dépendant pas d'apports autres que ceux de ses adhérents et donateurs.

La neutralité oui, de toute appartenance partisane, philosophique ou religieuse. Tout en sachant qu'il n'y a pas de neutralité politique, au sens premier du mot, car tout acte citoyen pour promouvoir l'éthique en politique et lutter contre la corruption et la fraude fiscale, est éminemment politique. 

Pour la transparence, sans doute. Que les responsables et élus  au CA d'Anticor soient nommés et identifiés, ce qui est le cas. Que l'adhésion ou le don ne soient soumis à une quelconque contre-partie, je pense que c'est bien ainsi. La présence d'un "trop généreux donateur" peut susciter des interrogations. Il vient d'être nommé publiquement. L'Association aurait  intérêt, vraisemblablement, à trouver d'autres "généreux" adhérents et donateurs moins côtés au Luxembourg. La clarification des limites du cadre des donateurs dans les statuts, éviterait des donateurs aux fortunes voyageuses. 
Ce que le gouvernement sollicitait (même s'il n'avait pas le droit) vient de l'obtenir, connaître l'identité des plus gros-donateurs, c'est fait, il y en a un, il s'agit de Mr Hervé Vinciguerra... Semble-t-il c'était le seul obstacle, qui turlupinait le ministre... à voir!

Mais on sait, en tout cas tout le laisse entendre, que cette question était un prétexte pour piéger et "fouiller" l'Association et surtout un bon thème de "campagne" dont la presse "amie" n'a pas manqué de s'en saisir (le JDD étant en quelque sorte le "chef de file").

Ne doutons pas que tout ceci se réglera au plus haut niveau. C'est du domaine public que tout s'orchestre à l’Élysée et que c'est le président qui donne le tempo et a le dernier mot. Et on comprend bien qu'avec quelques uns de ses sujets mal menés par Anticor, notamment Ferrand et Kholer, le président tient à l'autorité qu'il se donne de ''maître des horloges de son éthique du pouvoir''.

Pour l'heure, certain de l'intérêt que les voix officielles et des adhérentes d'Anticor, blogueurs réguliers de Mediapart, nous aident à mieux comprendre la vie de l'Association, il me paraît important de développer une campagne citoyenne d'adhésions contre la corruption et pour l'éthique en politique.

Cela passe par Anticor, pour adhérer ou faire un don:  https://anticor.espace-adherent.org/adherer/

mais aussi par l'autre association SHERPA – Protection et défense des populations victimes de ...

ou également  Transparency International Qui sommes-nous ?  et ADHERER POUR LA PREMIERE FOIS

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