Finkielkraut persiste et France-Culture signe !

L'affaire d'inceste commis par Olivier Duhamel sur son beau-fils, est en train d'ébranler le cercle très fermé de intelligentsia parisienne. Mais le plus important c'est l'action qui a permis une déferlante sur le hashtag #MeTooinceste, avec un grand nombre de témoignages de victimes qui trouvent là une opportunité d'être entendues et de se libérer autant que faire se peut de ce traumatisme.

Toutefois, dans les milieux de pouvoir, ici culturel, le déni ou l’accommodement avec les violences sexuelles exercés sur des mineurs restent présents y compris dans les mots publics. Et il me semble que nous ne pouvons pas passer notre chemin sans alerter, sans interpeller là où ces agissements perdurent.

Auditeur, faisant partie des ''12 % des Parisiens qui écoutent France Culture'' selon sa directrice, je m'estime en droit d'interroger que le producteur d'une émission hebdomadaire puisse dire, sans conséquences, à propos de l'affaire révélée par Camille Kouchner dans son livre La Familia Grande, dans une émission de télé, "Ce que fait la justice, c’est d’étudier le cas dans sa singularité. Mais quand on essaie de le faire, en disant « Y a-t-il eu consentement ? À quel âge ça a commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ? » On vous tombe immédiatement dessus".

Il est pour le moins surprenant, que ce producteur, Finkielkraut, qui occupe une place très en vue depuis plus de 30 ans, avec la même émission et sur la même antenne, associe au mot inceste celui de consentement, de réciprocité.

Et ce monsieur, Académicien, ne semble pas en capacité de comprendre qu'il ne s'agit pas de "relation sexuelle" entre un enfant et un parent ou adulte, il s'agit de "violence sexuelle". La question du consentement ne se pose qu'entre deux personnes à égalité de décision. Entre un enfant et un adulte ce sont forcément des rapports de dépendance, de soumission, d’obéissance... de violence.

D'ailleurs, sa difficulté de discernement ne date pas de cette affaire, déjà dans une autre émission, en 2009, à propos de Polanski il affirmait que le réalisateur de cinéma «...n'est pas pédophile. Sa victime, la plaignante, qui a retiré sa plainte, qui n'a jamais voulu de procès public, qui a obtenu réparation, n'était pas une fillette, une petite fille, une enfant, au moment des faits," [...] "C'était une adolescente qui posait dénudée pour Vogue Homme, et Vogue Homme n'est pas un journal pédophile ».

Bien sûr que la question n'est pas s'il s'agissait d'une fillette ou adolescente (termes qui n'ont aucune référence juridique ce qui interroge sur la notion de droit de l'intellectuel), c'était bien un viol, le cinéaste ayant par ailleurs plaidé coupable.

Également, lors de la sortie du livre de Vanessa Springora, où elle dénonce l'emprise pédophile exercée par l'écrivain Gabriel Matzneff, quand elle avait 14 ans, le producteur de France Culture, dans CNews le 7 janvier 2020 affirmait : « il n'y a pas eu de viol puisqu'il y a eu consentement, mais il y a eu en effet détournement de mineur».

« France Culture, l’esprit d’ouverture ! » pas toujours...

Avec l'affaire Duhamel, l'éminent producteur « persiste » et France Culture, si j'ai bien compris, « signe » ! En tout cas ses émissions continuent à occuper le samedi matin, à 9 h, de France Culture.

Interpellée par la médiatrice, Emmanuelle Daviet, qui se faisant porte-parole des auditeurs « nous avons reçu énormément de messages à la suite des propos tenus par Alain Finkielkraut sur LCI », la directrice de l'antenne, Sandrine Treiner, a répondu aux questions affirmant «Je comprends pleinement les indignations et les incompréhensions que les propos d’Alain Finkielkraut ont suscitées mais ayant visionné avec attention l’intégralité de la séquence, j’ai également entendu l’absence d’ambiguïté dans la condamnation. Il ne m’appartient pas de commenter à sa place son intervention, tenue hors France Culture et qui soulève plusieurs questions difficiles. Je renvoie nos auditeurs à son écoute in extenso. Ils pourront se faire leur avis par eux-mêmes».

Outre que ''les indignations'' des auditeurs ne lui demandaient pas de commenter l'intervention du philosophe, la question n'étant pas pour les auditeurs de se faire leur avis (ils sont grands et peuvent l'élaborer et le formuler sans l'injonction de Madame la Directrice), c'est surtout ce que les propos récurrents de monsieur Finkielkraut expriment sur la signification des actes de Polanski et Duhamel et la façon dont une radio de qualité, quoique confidentielle mais en progression, les prennent ou pas en compte.

D'ailleurs une autre productrice de France Culture, elle-même citée dans le livre de Camille Kouchner, ayant peut-être quelque chose à voir, (pas dans la violence sexuelle de Duhamel sur son beau-fils qui est aussi, en quelque sorte également beau-fils de Madame Ockrent), dans la suite familiale de cette affaire devenue publique, qui poursuit, sans accroc...,  son émission du samedi et est souvent invitée à celle du dimanche (Esprit public)

Au fond, que ces personnages restent depuis si longtemps et à un âge avancé à la tête de petites « baronnies politico-culturelles-radiophoniques » c'est le propre du temps et du service public, grâce à leur financement par les contribuables, dont je suis et je ne le conteste pas. Par rapport à l'état du monde et à la situation dans ce pays d'une démocratie en péril, entre autres, sur les libertés, les inégalités sociales, l'exercice du pouvoir politique, la mauvaise humeur des auditeurs de France-Culture est bien peu de chose.

Mais que ces personnages n'aient pas l'intelligence, l'éthique voire l'honnêteté  intellectuelle de se dire que leur parole, au vu de tous ces éléments, est moins légitime, me désole et me questionne sur ces milieux, ces entre-soi, détenteurs du pouvoir et pas que symbolique. Ils y restent ancrés comme si leurs voix étaient uniques et autorisées à vie.

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à lire avec intérêt, l'article de Frédéric Debomy* Finkielkraut, toujours victime*,

celui de  MarcussAlain Finkielkraut et la pédocriminalité

 et en janvier 2020, celui d'Aurore Van Opstal*  dont le titre est déjà significatif:  Non, monsieur Finkielkraut, un(e) mineur(e) ne consent pas

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