Servier sévit encore!

Dans sa dernière édition (24 février 2016) Le Canard Enchaîné, révèle que le ministère de la Santé prépare un décret, exceptionnel, pour «éviter les abus...de faiblesse» pratiqués par le groupe Servier «qui propose aux malades des indemnisations au rabais». On se rappelle du Mediator, le coup-faim qui a beaucoup rapporté à Servier, et qui aurait provoqué 1800 décès.

 L'objectif de ce projet de décret c'est «d'obliger Servier à détailler ses offres et à dire s'il applique totalement, ou non, l'avis des experts ». En effet le laboratoire, selon Le Canard Enchaîné «fait croire que le montant est conforme à l'avis des experts indépendants qui ont étudié le dossier. Et des malades acceptent, sans comprendre qu'ils auraient dû toucher des dizaines de milliers d'euros en plus ».

C'est l'Oniam (Office national d'indemnisation des accidents médicaux) qui rembourse certaines victimes du fait des manœuvres du Laboratoire qui retarde les indemnisations, sachant que le procès en justice n'est pas encore à l'ordre du jour. Servier présente des offres sous l'estampille « définitives » alors que la santé des patients n'est pas encore stabilisée. Le laboratoire n'informe pas les patients de la méthode de calcul et certaines victimes signent, après avoir beaucoup attendu, des offres en deçà de leurs droits. Le Laboratoire qui est dans l'obligation d'informer l'Oniam, le fait tous les deux ou trois mois, par gros bordereaux, c'est à dire trop tard pour que l'organisme régulateur puisse réagir.

«C'est hallucinant ! Après des années de procédure, il faut encore un décret pour obliger Servier à agir proprement», commente Irène Franchon, rapporté par le Canard. Il s'agit du médecin pneumologue à l'origine de la dénonciation de ce médicament-assassin.

Et l'hebdo sans pub du mercredi de conclure « en septembre, le labo se vantait d'avoir « déjà versé près de 12 millions d'euros aux victimes du Mediator» Une générosité qui donne le vertige: en France, son coup-faim [Mediator] lui avait rapporté plus de 1 milliard de recettes...». On peut légitimement se demander jusqu'où ira l'impunité de Servier.   Sa direction utilisant toutes les arguties du droit pour retarder les procès et le cours de la justice comme n'importe quel délinquant.

On sait que M. Servier était conseillé par un éminent socialiste, Henri Nallet, ancien ministre de l'agriculture et de la justice, avant, pendant et après (1997-2013) la révélation du scandale Mediator. On sait aussi que le conseiller-Servier est le Président de la Fondation Jean Jaurès. On sait également que son actuel directeur-général, est très occupé avec le lancement de son livre Piège d'Identité: «J’ai écrit cet essai pour vous. Vous qui vous inquiétez de l’état de la démocratie. Vous qui vous interrogez sur ce qui reste du clivage entre la gauche et la droite. Vous qui redoutez de voir notre vie publique tout entière restructurée autour du populisme». Que penser de ce système "démocratique" d'anciens-ministres-conseillers-présidents-directeurs-propriétaires-de-labos? Le populisme naît de ces corruptions de la démocratie. Le clivage ici n'est pas entre la gauche et la droite mais plutôt entre les usurpateurs des valeurs d'intégrité et d'humanisme représentées par Jean Jaurès et ceux qui, d'une façon ou d'une autre en tirent profit.

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