40ème jour de marche: 40 heures de déconfinement!

Ce 25 avril, c'est le 40ème jour de confinement. C'est aussi pour moi le 40ème jour de marche et j'ai à mon “profit” 40 heures de déconfinement. D'une façon un peu obsessionnel, autour de 7 heures du matin je mets mes chaussures de rando et je marche, après avoir mis à jour, au crayon, la date sur le sauf-conduit obligatoire... Et aujourd'hui j'ai pris un œillet rouge!

25 de Abril: um património de todos 

Certes j'habite pas loin d'un coin de verdure, je respecte les rubans de la police nationale même si le km est parfois un peu élastique... mais toujours une heure à quelques minutes près. Ça me permet quand même d'apprécier le chant des oiseaux, les odeurs du bois, voir le printemps pousser en vrai depuis quarante jours, cueillir des orties pour la soupe ou ramasser des feuilles de lierre pour la lessive.

Je croise des joggeurs (pas mon genre ni de mon âge...), des cyclistes, quelques autres caminantes. Les premiers jours on ne se regardait pas, quelques uns masqués cachaient vraisemblablement leur mine habituellement fermée, progressivement, au hasard des heures ou des petits sentiers et à distance plus que réglementaire, on finit par se saluer d'un regard, après d'un bonjour et même quand on est plus loin d'un signe de la main.

Et c'est vrai que cette heure de “liberté” me permet de dire que le confinement dure 23 heures et ces à-peu-près 60 minutes m'autorisent à me déconfiner... chaque jour!

Le proverbe suisse (ou vendu comme tel) ''quand on sait ce qu'on sait, quand on voit ce qu'on voit, on a raison de penser ce qu'on pense'', me confirme dans cette escapade qui fait de moi un “privilégié” dans cette histoire, devant ce “virus” qui se manifeste ou est utilisé comme tel, comme un “virus de classe” .

Le virus et les “laissés pour compte”

Les conditions faites à une part importante de la population, notamment celles des “barres” des années 60 et 70, dans des cités où des jeunes, souvent des “laissés pour compte” de l'éducation nationale, devenus des “laissés pour compte” tout court, comme leurs parents ou leurs grands-parents-chibanis des retraités au minimum vieillesse, n'est pas indifférente dans ce quotidien. Et à cela s'ajoute, mais ça va de pair, des comportements intolérables de violence et de mépris des forces de l'ordre : en quelque sorte, le pouvoir se sert de leur malaise, des inégalités instituées... les dérives des uns “justifiant” les excès des autres, et vice-versa!

C'est que de même que depuis plusieurs quinquennats on démantèle l'hôpital, l'école, les services publics, on abandonne aussi des pans entiers de la population qu'on s'est habitué à classer dans la rubrique des populations à risque, précaires, fragiles, vulnérables... bref en difficulté (multiples sans l'expliciter vraiment).

Peu intéressantes parce qu'elles ne constituent un corps électorale influent, mais dont il faut s'en occuper dans le sens de les “confiner” dans leur statut et leurs quartiers, ce qui était déjà le cas avec le “virus” d'avant. En temps de crise on peut s'évertuer à applaudir la solidarité mais c'est le sort et les conditions de vie des personnes avant la crise qui déterminent leur état de santé, leur accès à l'école, au savoir, au droit...

Comme la culture, actuellement confinée, qu'on étale par tout dans le virtuel, livres, films, théâtre, expositions, opéra... et là aussi c'est avant qu'on aurait du la considérer comme un élément essentiel de la vie des personnes.

Mais une fois qu'on a dit ça, qu'on le constate, qu'on le vit, chacun de nous essaye de faire face au mieux pour soi et, c'est selon, en manifestant de la solidarité active, engagée, formelle ou d'applaudissements... (pour important qu'il soit de s'assembler tous les soirs à 20 heures, de loin, dans cette manifestation collective, je reste tout de même perplexe devant cette unanimité d'apparat, comme si notre geste compensait toutes les insuffisances et négligences voulues par les décideurs politiques de tout poil).

Restent les 23 heures quotidiennes de confinement..., de lectures, de messages, de coups de fil, de cuisine, de rangement au choix entre les corbeilles ''divers'' et ''autres'', d'inutilités-utiles et son contraire, de TSF, de Mediapart avec quelques contacts réguliers parmi lesquels cette Playlist d'un confiné, qui me fait progresser en connaissances musicales, ou les émissions «À l’air libre»* ou avec des nouvelles de l'Auvergne signée Georges-André* qui prépare une chanson-mosaïque pour 1er Mai – Making of* ou les récits par ceinna coll sur le Confinement des Gilets Jaunes - Au balcon.5* et combien d'autres encore, ainsi que la découverte quasi quotidienne de nouveaux blogs... d'autres formes de raconter, de commenter, d'analyser, de créer et sans doute faire de nouvelles connaissances!

Et maintenant, que vais-je/ qu'allons-nous faire?

Les tribunes, les commentaires, les live, les discours nous parlent d'après et, s'il y avait une expression-clé ce serait “plus jamais ça” qui sonne comme un vœu pieux. L'impérieux besoin de modifier en profondeur le rapport à la nature qui ne peut pas être dissocié du rapport au social et à l'économique. Qui ne peut être qu'un nouveau rapport à la politique de l'environnement et aux conséquences du dérèglement climatique sur la vie, la santé, le devenir des personnes et du monde. Qui ne peut que questionner le système du capital-roi qui est la source de bien de "virus"!

L'après ce sera un peu ce que nous en ferons, comme l'avant c'était un peu ce que nous avons fait. Certes on se bat contre plus fort que nous, mais cela dépendra pour beaucoup de notre capacité de mobilisation et d'engagement. Sachant cependant que ceux qui sont, en partie, les acteurs de nos maux sociaux, économiques, sanitaires d'hier et d'aujourd'hui ne seront pas ceux qui changeront demain l'état des choses. Et là où il y aura des amorces de modification c'est, vraisemblablement, parce que les intérêts du marché y voient une possibilité à explorer.

En attendant, je vais continuer à marcher tôt le matin, au moins pour que je puisse être le plus possible en forme, au moment du déconfinement, pour pouvoir contribuer aux engagements de demain.

Et ce samedi 25 avril, à 16 heures (15h au Portugal), puisque il n'y aura pas de manifestations publiques, on entendra aux fenêtres ouvertes de tout le pays, la belle chanson de José Afonso, le signal radiophonique pour le déclenchement de la Révolution des Œillets.

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