«MacroNalla: c'est moi!»

Voilà, le tour est joué. Au diable les commissions d'enquêtes, le travail des journalistes, les investigations de la justice. Moi c'est moi! Quatre jours de silence et une pirouette pour nous fermer le bec... "le seul responsable, c’est moi et moi seul"! a affirmé le Président devant les élus de son parti... tant pis pour les autres.

Ils se racontent, se disent, se contredisent, s'assument au détriment de l'autre, se congratulent d'avoir eu raison, se foutent aussi un peu de nous, en tournant autour du pot, devant la commission, alors qu'ils savent tous qu'ils sont sur une poudrière et nous sur le soupçon d'un scandale qui est révélateur du système que le Président veut imposer au pays... Et finalement MacroNalla c'est moi!

MacroNalla: qui dit mieux! Macron-Nalla, Ben-Macron, au choix ! Petits arrangements avec la vérité, accommodements avec les interrogations sur les présents à une réunion ultra-stratégique, dénégations, refus de réponses précises, petits mensonges … par omissions ou imprécisions, ils nous ont tout servi!

Et on constate que la Macronie dispose d'un ministre de l'intérieur pas au courant de tout y compris de ce qui se passe dans son secteur autour du Président (c'est humain), d'un préfet de police sûr de lui, renvoyant au ministre et à l’Élysée la patate chaude tout en ayant 'négligé' d'investiguer sur un personnage que le soir du 1er mai le surprend d'être présent à une réunion importante, que le lendemain est averti des forfaits de ce même Mr Sécurité et que depuis, jusqu'au 18 juillet, semble avoir oublié le forfait.

Un directeur de l’ordre public à la préfecture de police de Paris, qui se dit et se contredit à propos de la présence de l'attaché sécurité pendant sa période de suspension. Par ailleurs il n'aurait jamais été informé de la sanction fustigeant Benalla... normal que sa présence ne lui ai pas soulevé d'interrogations.

Le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, à son tour de s'exprimer : la sanction, « je l’ai prise seul, en mon âme et conscience. Je n’ai jamais parlé de ce sujet avec le chef de l’État, qui était à 10 000 km ».

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Coup de théâtre, dans un lieu privé, comme il les aime. Lors du pot de fin de travaux à l'Assemblée, ce 24 juillet, réunissant à la Maison de l'Amérique Latine les élus macroniens, la visite surprise du Président de la République est venue leur réchauffer le cœur. Il leur a dit, d'après Le Monde.fr :

« Ce qui s’est passé le 1ermai est grave, sérieux. Et ça a été pour moi une déception, une trahison. Personne, personne auprès de moi ou dans mon cabinet n’a jamais été protégé ou soustrait aux règles, aux lois de la République, au droit de tous les citoyens. S’ils cherchent un responsable, le seul responsable, c’est moi et moi seul. C’est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla. C’est moi qui ai confirmé la sanction. Ça n’est pas la république des fusibles, la république de la haine. On ne peut pas être chef par beau temps. S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français.»

Ainsi le Président de la République, qui se sait "irresponsable juridiquement, se complaît dans le discours: "Je ne suis pas pour la République des fusibles et j'assume", on ne sait pas exactement quoi, mais on comprend, que c'est son embauche. Si c'est une trahison et un fait aussi "grave et sérieux" comme il l'affirme, on peut se demander qui assume la tentative d’omission (de protection du fautif et d'obstruction à la loi) de cette affaire et que s'est-t-il passé entre le 2 -ou le 18- mai et le 18 juillet?

Le dire ainsi, supposé «acte courageux», le Président sait que ce qu'il assume ne sera jamais poursuivi au sens de la loi car il est «intouchable» pendant son mandat. Par ailleurs il cherche de cette façon à déconsidérer et annuler tout ce qui a pu être dit ou fait. Le Président contribue ainsi à l'opacité et à mettre à l'abri son système.

"S'ils cherchent... qu'ils viennent le chercher". C'est qui "ils" et le chercher où, pourquoi faire ?

C'est le peuple français, ce sont les citoyens qui doivent savoir, les tenants et les aboutissants de cette affaire. Ce n'est pas l'Affaire d’un officiel fût-il le Président, c'est une faute grave d'un État qui s'arroge tous les pouvoirs et s'estime au-dessus de toutes les structures qui fondent et sauvegardent la République et la démocratie. C'est cette exigence qu'on ne doit pas, qu'on ne peut pas, laisser sans éclaircissement, qu'on ne peut pas laisser corrompre l’État de droit.

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