By Heart et Israël...

L'ambassadeur d'Israël au Portugal a accusé le dramaturge et metteur en scène portugais Tiago Rodrigues, d'être “otage du Hamas”, pour avoir retiré, début juin, son spectacle By Heart du programme d'Israel Festival à Jérusalem. “Si je suis otage de quelque chose, c'est seulement de ma conscience” a répondu le directeur du théâtre Dona Maria II de Lisbonne.

Résultat de recherche d'images pour "by heart théâtre images"   Présenté avec succès au Théâtre de la Bastille fin 2014, By Heart, est un spectacle de théâtre et aussi une expérience théâtrale pour les spectateurs. Apprendre par cœur un poème de Shakspeare et avec le cœur, comme l'a écrit dans Mediapart, Martine Silber, Expérience 1: By Heart de Tiago Rodrigues au Théâtre de la Bastille, en novembre 2014. Un autre billet y faisait référence, publié le 5 novembre par Véronique Klein intitulé By Heart.

Dans le Jornal de Letras, Artes e Ideias, (qui paraît à Lisbonne tous les quinze jours) édition du 23 mai 2018, Tiago Rodrigues s'explique et parle de l'engagement de l'artiste et de la culture.

Quelques extraits:

[…] Bien que depuis beaucoup d'années je m'oppose, de façon véhémente, à l'oppression du peuple palestinien, j'ai accepté de présenter le spectacle en Israël parce que je crois qu'il y a une différence fondamentale entre la société civile, les projets culturels des citoyens et l'administration d'un pays.

Ma conviction était que j'allais participer à un festival qui promouvait la pensée critique, une société démocratique et plurielle. Mais en lisant la communication officielle et à la suite des entretiens que j'ai donné aux journaux israéliens, j'ai remarqué quelque chose dont je n'avais pas été informé. Le festival s'insérait dans les commémorations des 70 ans de la création de l'État Israël, sans qu'il y ait un discours explicitement critique des actes et des violences commises et, en général, sur la discrimination envers les palestiniens et les violations délibérées des Droits Humains. Le jour où on protestait contre l'ouverture de l'ambassade des États Unis à Jérusalem, il y avait des dizaines de morts et plus de deux mille blessés”.

Le silence de l'organisation du festival par rapport à ces événements a accentué ma préoccupation. Et j'ai décidé de prendre cette position, que j'ai communiqué au Théâtre National Dona Maria II, qui se présentait à Jérusalem, pour la première fois.

“[...] La prise de position publique d'artistes et des intellectuels est la seule efficace pour faire pression sur l'État d'Israël pour qu'il arrête de violer des Droits Humains et de tuer, blesser et arrêter beaucoup d'innocents. Je crois que, comme par le passé, dans l'ère de l'apartheid, en Afrique du Sud, seul un boycott global, une pression collective, en termes internationaux, peut produire des effets. Donc je m'associe à cette ligne de pensée, ce qui n'était pas, jusqu'alors, ma position.

J'ai toujours cru qu'il y a un travail de fond que les artistes peuvent faire, que le théâtre, la danse, la musique, la littérature, toutes les formes d'art peuvent être des outils pour le changement des mentalités, et promouvoir le débat dans les sociétés. Je comprends ceux qui pensent que le boycott n'est pas la meilleure forme d'approcher cette situation, mais des réactions comme celle de Mr. l'Ambassadeur d'Israël, viennent renforcer ma conviction qu'il est tout à fait nécessaire pour que Israël comprendre qu'on ne peut pas continuer à opprimer des autres peuples.

*  *  *

L'engagement du théâtre et de tous les arts évoqué par Tiago Rodrigues me paraît important de le souligner étant une piste créatrice de réflexions. C'est une prise de position courageuse,  sans doute utile pour une partie des juifs portugais et pour les citoyens portugais. La virulence des propos de l'Ambassadeur d'Israël au Portugal, révèle comme une sorte de “terrorisme intellectuel” faisant passer pour des antisémites toux ceux qui expriment publiquement un point de vue critique sur la politique de l’État d'Israël et notamment sur son chef de gouvernement, poursuivi pour plusieurs chefs d'inculpation de corruption.

Je ne pense pas que les campagnes de boycotte à Israël obtiennent les résultats escomptés, me paraissant qu'au contraire cela renforce son côté “victime”, exploité -indignement en souvenir de la Shoah- par ses dirigeants et par certains secteurs de la diaspora à l'étranger. Mais je pense qu'il est nécessaire que la communauté internationale, et tous les citoyens épris de paix et de justice,  se maintiennent alerte et présents, pour faire connaître et dénoncer les actes discriminatoires et racistes que les actuelles autorités d'Israël s'enorgueillent de pratiquer,  aussi bien contre ses nationaux d'origine arabe que contre les Palestiniens ou les immigrés.

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