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Billet de blog 28 sept. 2022

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Déserteurs, devoir de soutien hier et aujourd’hui ! (Portugal/Russie)

Quand on a vécu hier, soi ou autour de soi, les conséquences de l’acte de déserter, on est en droit et en devoir de saluer et de soutenir le courage de ceux qui osent déserter aujourd’hui. Hier, les années 60/70 au Portugal. Aujourd’hui, année 2022 la Russie.

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La décision de Poutine d’une plus vaste incorporation obligatoire pour poursuivre la guerre contre l’Ukraine a déclenché un mouvement de désertion parmi la population. Pour les déserteurs portugais des années 60/70 qui refusaient la guerre coloniale, le devoir d’accueillir aujourd'hui des ‘‘combattants’’ contre la guerre (toutes les guerres) s’impose.

Dans un article sur Mediapart, Zafer Sivrikaya , rend compte qu’après le discours du président russe décrétant ‘‘la mobilisation partielle des réservistes pour faire face à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, de nombreux citoyens fuient le pays afin de ne pas être envoyés sur le front’’ /ici/des-russes-desertent-vers-la-turquie-pour-ne-pas-mourir-pour-poutine .

Mais "ça n’a rien à voir les deux conflits armés"... me disent certains Amis. Certes, il s’agit d’un autre histoire, d’une autre époque et d’un enjeu différent. Aujourd’hui c’est une guerre d’invasion des troupes de Poutine contre le peuple ukrainien, sur le territoire européen. Hier c’était une guerre coloniale conduite par un pays peu développé, le Portugal, contre les peuples de l’Angola, du Mozambique, de la Guinée-Bissau... pays africains colonisés par le Portugal depuis quelques siècles.

Dans les deux cas ce sont des guerres d'invasion, d'occupation et dans les deux cas une des façons de les combattre, quand on y est directement confronté, ça passe par le refus de la guerre et, si on est militaire c’est la désertion.

Les ‘‘comités de soutien aux déserteurs’’

Le Portugal, pays sous une dictature fasciste, (Salazar, après six ans comme ministre de l’économie, a pris le pouvoir en 1932 avec le ‘Estado Novo’), un pays avec un fort mouvement migratoire (avant vers son ancienne colonie en Amérique Latine, le Brésil) et depuis les années 50 vers les pays européens et en particulier la France. La guerre coloniale, surtout à partir de 1962, a intensifié cette immigration, avec une autre classe d’âge, celle des 18/20 ans, pour fuir le service militaire.

Il s’agissait des conscrits partis à l’étranger avant d’être embarqués vers les colonies, mais aussi des déserteurs, opposants déterminés à la guerre (quatre ans et combats en Afrique). Une des consignes des organisation politiques de résistance au fascisme, incitait les militaires à déserter après les classes d’entrainement (trois mois) ou sur le terrain de combat et dans certains cas avec les armes.

Selon diverses sources, notamment des officiels de l'armée portugaise d'alors, pendant les années 60 jusqu’à la chute de la dictature le 25 avril 1974, la révolution des Œillets, on compte 200.000 réfractaires portugais, dont des insoumis (les appelés qui ne se présentent pas lors de leur appel sous les drapeaux), et 8000 déserteurs (soldats qui quittent illégalement leur unité), partis clandestinement à ‘‘salto’’ (le saut, terme désignant le passage clandestin de la frontière).

Les déserteurs Portugais à cette période ont été accueillis et reconnus comme déserteurs et donc réfugiés, par la Suède, Danemark et Hollande.

En revanche, dans les autres pays européens où les Portugais ont cherché refuge, ils n’ont été acceptés que comme immigrés dits économiques (c’était une époque plus facile pour le marché de travail et les immigrés étaient une main d’œuvre bon marché et facile à soumettre) c’est le cas de la France, Belgique, l’Allemagne ou la Suisse. Pas reconnus comme réfugiés mais, sans être accueillis, ils n’ont pas été extradés vers le Portugal ce qui aurait entrainé leur incarcération et interrogatoires par la PIDE (police politique).

Aujourd’hui, au-delà des questions stratégiques d’alliances ou d’opportunités politiques, il me semble nécessaire une forte volonté sociale et humaine qui devrait permettre d’accueillir et de reconnaitre les déserteurs russes comme réfugiés.

Même si on sait que seul, à l’intérieur de la Russie, le combat du peuple contre le despotisme permettra de mettre fin à cette guerre.

Dessin de Siné, paru dans l’Express juillet 1960 (en France aussi il y a eu des déserteurs de la guerre d’Algérie, voir premier commentaire)

(reproduction du bulletin des réfugiés en Hollande et réf. au Comité de soutien aux déserteurs portugais en France 1974) In journal digital Sem Fronteiras, au Portugal 

https://semfronteiras.eu/index.php/2022/09/26/apoio-europeu-aos-desertores-russos/

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La révolution des œillets... et les déserteurs d'avant!  - 22 avr. 2015 -

Les déserteurs et insoumis de l'armée de Salazar. C'est en 1975 que les colonies sous domination portugaise ont conquis l'indépendance. Conséquence de la révolution des œillets du 25 avril 1974. La chute d'une des plus vieilles dictatures de l'Europe œuvre des «capitaines d'avril», mobilisés contre la guerre coloniale…

« Exils », un livre sur les exilés et déserteurs portugais  - 7 juin 2022 -

Raconter l’acte de l’exil, plusieurs décennies plus tard, c’est un exercice pour la mémoire, sur ce qu’on a retenu et surtout le récit de ce qu’il a laissé comme trace. C’est à cela que nous sommes conviés avec le livre « Exils, témoignages d’exilés et de déserteurs portugais 1961-1974 »…

La discrète rébellion anticoloniale des émigrés portugais-  - 5 août 2022 -

Par Mickaël Correia       *    Entre 1961 et 1973, 200 000 jeunes Portugais appelés à la guerre en Afrique ont pris le chemin de l’exil. 8 000 soldats auraient déserté. Les éditions Chandeigne publient des témoignages de ces  réfractaires à l’ordre colonial et à la dictature salazariste.

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