La «lucidité» pour le 7 mai!

Dans son livre La lucidité, l'écrivain portugais, José Saramago, racontait l'exploit électoral invraisemblable dans la capitale d'un pays imaginaire, où le vote blanc atteignait plus de 70% des voix exprimées. Le rappel a contrario du résultat de Chirac (82%) contre Le Pen en 2002, m'a fait beaucoup réfléchir à cette expression du vote, à travers une fiction, une sorte de roman-essai.

Aujourd’hui il s'agit d'un autre enjeu, même si nous sommes, notamment les électeurs se réclamant de la gauche, «convoqués» à répéter le même acte: voter, sans adhésion, pour un candidat sensé servir de rempart à l'extrême-droite.

Il n'est pas inutile de rappeler l'évolution du vote pour le Front National dans les derniers quinze ans. De 2002, Le Pen-père (4 804 713 électeurs) à 2017 Le Pen fille (7 679 493). Entre ces dates, plus de 2 millions 800 mil de nouveaux votants et trois quinquennats, Chirac, Sarkozy, Hollande. On peut dire que leurs politiques ont contribué à cette progression. Une extrême-droite banalisée, s’engouffrant dans le corps social et politique, comme une lepenisation des esprits.

Même si pour le second tour on a choisi le moins "pire", il fait partie de ceux qui ont contribué à engendrer ce "pire"... Ainsi il ne semble pas avoir d'autre alternative que de «supporter» le candidat de l'économie-financière et du pouvoir établi, pour empêcher que l'héritière d'une dynastie fascisante s'installe à l’Élysée.

On peut dire que le candidat de la finance, pas très différent des trois présidents précédents, aura vite fait de «favoriser», par ce qu'on peut anticiper sur sa politique, la rampante progression de la «peste brune»!

Longuement tenté par le vote blanc, Vote debout! , refusant l'abstention dont la signification me paraît moins explicite, je suis arrivé à la conclusion que cette fois-ci, pour paraphraser Saramago, la lucidité c'est de voter en mai 2017 contre Marine Le Pen, ce qui revient à voter pour le candidat en marche...

Certes, je serai associé à ses multiples nouveaux «amis» (dont Sarkozy, après Hollande, qui vient de dire qu'il votera Macron). Mais aujourd'hui ma conviction est faite.

Hier soir, ma petite-fille est venue dîner après le rassemblement place de la République (Paris), bien arrosée au gaz lacrimo par la police dépêchée autour de la place. Et, entre outres choses, elle racontait que «certains de mes potes, ayant voté Mélenchon n'imaginent pas de voter Macron, les Insoumis ayant toujours dit qu'il fallait refuser les hommes du système». Quelques uns, votant toujours anti-système, s’apprêtent même à voter Le Pen!

Hier aussi des lycéens ont bloqué les établissements et manifesté dans la rue contre l'affiche du 7 mai, me paraissant qu'ils exprimaient surtout une défiance envers la démocratie en prônant l'abstention. Et là je crois qu'il y a une certaine responsabilité militante pour faire barrage au FN même si la question c'est surtout de le combattre.

Le troisième tour qui constituent les législatives, ne vont pas nous sauver et on ne rattrape jamais le temps perdu. Mais elles vont peut-être nous permettre de mettre en avant la défense des valeurs de la démocratie et surtout de défendre et faire élire des programmes pour modifier ce «système électorale» sur lequel reposent des ingrédients de l'exclusion et de la non représentation de toutes les expressions politiques.Résultat de recherche d'images pour "mafalda français"

Mafalda, dessin de Quino

*  Quelques jours de randonnée (j'allais écrire de "marche", même le mot nous est volé...) m'éloigneront de l'ordi, mais je serai là dimanche 7, pour voter Macron, quoique cela me coûte.

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