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Billet de blog 30 nov. 2020

Un président “intraitable”...

«Je le redis ici, je serai intraitable, [sur les violences policières]…» C'est sur le plateau de Mediapart, que le ''presque'' président l'avait clamé haut et fort, le 5 mai 2017. Et tellement “intraitable” qu'il ne les a pas traité au contraire, «Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. […] Je refuse ce terme.» le 7 mars 2019.

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Et le futur président concluait, pour les lecteurs-auditeurs de Mediapart, “qu’il y ait des procédures judiciaires et il faut ensuite qu’il y ait une responsabilité policière et administrative quand il y a des comportements déviants”.

Or, les “comportements déviants” ne le sont pas vraiment. Ce ne sont pas des “intrus” parmi les forces de l'ordre qui auraient eu des moments de “faiblesse”, ce sont des fonctionnaires de police qu'on trouve sur tout le territoire et depuis longtemps, qui répondent aux ordres de leur hiérarchie, des Préfets et qui font partie d'un corps professionnel dont l’État ménage les intérêts de la corporation.

La liste est longue, mais trois exemples qui montrent que les pratiques sont anciennes et sur tout le territoire…

On se souvient de Geneviève Legay, poussée et tombée à terre par l'avalanche policière, en mars 2019 à Marseille, ou également en mars 2019 à Lyon, deux étudiants de 19 ans en DUT technique, violemment passés à tabac par deux agents des forces de l’ordre sans motif.

L'affaire Théo, victime de violences policières à Aulnay sous Bois en février 2017, pour laquelle la Défenseure des droits, Claire Hédon, “pointe une accumulation de comportements en contradiction totale avec la déontologie policière”. (d'après le Monde du 24 novembre 2020). Il a fallu plus de trois ans pour que l'affaire arrive en justice.

Les coups de pied dans les tentes occupées place de la République à Paris, la semaine dernière, qui ont “choqué” en haut lieu, sont régulièrement donnés dans les mêmes conditions à Calais, contre des réfugiés, des migrants, des demandeurs d'asile, contre des êtres humains tout simplement, sans que cela émeuve le moins du monde.

La "sauvagerie policière" contre le producteur de musique dans le 17ème, qui a donné "les images de la honte", selon Macron, est fréquente et “banale” dans les banlieues, notamment le 9-3, mais jamais filmées et donc jamais reconnues. “On ne va pas croire un bicot ou un nègre” sans registre de camera.

D'ailleurs, il est tellement acquis que le policier a toujours raison et le dernier mot, qu'un business est organisé permettant aux agents d'arrondir leurs fin de mois. Lors d'une interpellation dans un climat de tension et d'outrages à agent (vrais ou fabriqués), les policiers peuvent porter plainte car c'est un délit, et souvent perçoivent un minima de 300€ de dommages et intérêts. Les avocats dénoncent parfois ces pratiques et l'inspection général de la police, fin 2013, avait rendu un rapport soulignant ces méthodes : "Un policier avait déposé 28 dossiers. Avec a minima 300 euros de dommages et intérêts, ça commence à faire beaucoup", souligne Émilie Berengier, avocate pénaliste, citée par le Figaro du 2 avril 2019. Comme on sait, les frais d'avocats des agents sont pris en charge par l'administration. Un coût pour l'État de plus de 13 millions d'euros en 2012, toujours selon Le Figaro. Sans commentaires sur la police irréprochable !

L'ensauvagement de la police

Le DG de la police nationale, Frédéric Veaux, estime dans un entretien au JDD de dimanche dernier, que l'attitude des quatre agents fautifs "ce sont des comportements de délinquants".

Et le ministre de l'ensauvagement, Gérald Darmanin affirme : «Lorsqu’il y a des gens qui déconnent, ils doivent quitter l’uniforme de la République, ils doivent être sanctionnés, ils doivent quitter ce travail, ils doivent être punis par la justice».

Pas un mot sur la multiplication des “comportements délinquants” et une façon méprisante et complaisante de décrire ces agents de police comme “des gens qui déconnent.

Non, ce ne sont pas “des gens qui déconnent”, ce sont des agents de l’État, bras armé d'un gouvernement qui s'approprie de la démocratie pour imposer ses décisions sans concertation et sans respect pour ses propres élus.

La pirouette sur l'article 24 de la loi «Sécurité globale» si décriée, après avoir été votée par ses députes, le gouvernement décide de la confier à une commission pour la réécrire. Le président et son gouvernement confirment ainsi le titre de “godillots” aux élus ayant répondu aux ordres pour approuver la loi. En essayant maintenant de revenir en arrière.

C'est la même méthode, la même gouaille, la même vulgarité de la période Sarkozyste. Et au fond, “toute ressemblance d'un ministre-de-l'intérieur avec un autre ancien-ministre-de-l'intérieur, est une coïncidence voulue”. Ce sont des agents-de-nettoyage au karcher de la probité, du droit, de la dignité, du respect de la dignité humaine contre ceux qui ne leurs conviennent pas.

Et on se souvient, que devant les députés, en juillet dernier, ce ministre a affirmé avec cynisme: « Quand j’entends le mot violences policières, personnellement, je m’étouffe », ce verbe que Cédric Chouviat, a utilisé à sept reprises, pendant que la police s'acharnait contre lui, ayant provoqué sa mort.

Sarkozy-Darmanin même combat, mêmes accommodements avec les syndicats de la police et surtout utilisation de la police pour mener une même politique répressive, de rejet des populations les plus vulnérables et sans aucune efficacité contre ce qui est à l'origine des violences ou des actes délictueux comme le trafic de drogue.

Ils ont réussi à nous rassembler, à manifester (malgré la tentative provocatrice du Préfet de police de vouloir empêcher la manifestation) à faire savoir en France et au monde qu'une partie de la population de ce pays reste mobilisée contre les tentatives d'obstruction des droits et de la liberté d'expression notamment de la presse.

Il reste pas moins, que dans les conditions de vie de plus en plus précaires et inégalitaires ce pouvoir s'arroge tous les droits y compris celui d'imposer une “auto-justification”, que nous signons nous même, pour avoir le droit d'aller et venir, dans un rayon et un temps déterminés, et nous mettre en défaut ou dans la crainte, “on ne sait jamais”, dès lors que nous croisons les forces de l'ordre.

Quand le désordre policier règne en devenant l'ordre et qu'ainsi l'ordre devient diktat politique, il me semble qu'une attitude de mobilisation citoyenne s'impose”.

Merci Fred Sochard pour ce dessin

* Dernière révélation des performances policières : Interpellation par des policiers de la BAC La préfecture de police de Paris ment pour couvrir des tirs sur des jeunes innocents * Par Pascale Pascarielle et Armel Baudet

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