“Mai, joli mai!”

“En mai fait ce qu'il te plaît...” Que des choses ont été dites, écrites, jouées, filmées, adressées au mois de mai. Et cette année 20.20 il nous a confiné-déconfiné, marqué à jamais, celui de la confirmation de nos inégalités sociales, scolaires, culturelles, économiques. Et surtout celles que le “virus” creuse dont les “maîtres” d'hier affinent leurs armes pour rester “maîtres” de demain.

Pour certains, et ils sont nombreux, il a été le dernier, sans pouvoir accompagner leur départ.

Le mois de mai c'est mon mois, et celui de la “fête -des luttes- des travailleurs” de ceux qui ont été en première ligne pendant cette crise et qu'on a nommé à juste titre les “premiers de corvée”.

Là d'où je viens, il n'y avait pas de 1er mai, une expression subversive, les travailleurs n'avaient pas le droit de commencer le mois de mai en fête. Mais le 1er mai c'est aussi le jour des typographes, et ils avaient réussi à le commémorer. Jour chômé et les journaux ne sortaient pas. Sous un régime totalitaire, version fasciste, ces petits symboles sont précieux et nous étions nombreux à nous joindre, là où c'était possible sans alerter la police, pour fêter les typographes...

Ironie de l'histoire, ces “ouvriers du livre” (comme on les appellerait en France), n'imprimait que ce que la Censure d’État autorisait. Mais parfois, sous-cape, certains imprimait les journaux clandestins qui nous rassemblaient et mobilisaient.

Genêt à balais | Balade : Randonnée près de chez vous

Il n'y avait pas non plus de muguet, mais une tradition de mettre à sa fenêtre dans la nuit du 30 avril au 1er mai un petit bouquet de genêts, qu'on appelle “gestas ou maias”. Les fleurs sauvages et jaunes du printemps dans une sorte de rituel pour éloigner les mauvais esprits.

Ce n'est qu'en France que j'ai pu “défiler” et commémorer le 1er mai pour la première fois dans les années 60 jusqu'à cette année, sans manif, où le Covid-19 s'est ''allié'' au pouvoir qui essaye de réduire ou minimiser les manifestations de la “fête du travail”!

Mai, c'est fini !

On nous promet, pour le mois de juin, des mesures d'assouplissement des contraintes imposées par le régime de la crise sanitaire. Tout en gardant masque, geste barrière, distance physique qu'ils ont commencé par appeler ''distance sociale'' comme pour mieux confirmer ce qui est déjà.

Même si on peut comprendre la difficulté que la virulence de ce “virus” et l'improvisation qu'il a suscité et obligé à faire face, le gouvernement a multiplié sa façon de faire, imposant des mesures et usant des pratiques dans la logique de ce quinquennat autoritaire et répressif. Comme si ce “virus” lui servait pour asseoir des dispositions et mensonges (notamment dans le secteur de l'économie, de l'éducation...) et les pratiques qu'il affine tous les samedis depuis novembre 2018 (l'exemple des drones du Préfet de Police de Paris ou l'acharnement de verbalisation contre les “mauvais citoyens” du 93, sont une illustration).

Le mois de mai c'est fini et on n'a pas pu faire ce qui nous plaît, au contraire on a fait ce qu'on nous disait qu'on nous tolérait!

La séquence électorale qu'on nous impose montre bien qu'à la suite du premier coup fourré du 15 mars, version pré-confinement, le gouvernement persiste et signe dans la même logique qui est, en quelque sorte un déni de démocratie sous couvert des propriétaires du bon vouloir démocratique.

La péripétie de Paris est révélatrice. Mme Buzyn, candidate "à l'insu de son plein gré", grande ministre de la santé (dixit Macron, avant) ayant quitté le navire à la veille du "tsunami" (ses termes), suite aux pirouettes vulgaires et médiocres du préféré du Président, après avoir tergiversé sur l'opportunité de se relancer dans la "mascarade" (ses propres propos) la voilà sur la piste... suite à ce qu'elle a nomme comme un “cauchemar”.
Cette bien triste séquence est révélatrice du choix de l’exécutif et du détournement démocratique que cet acte électoral -et le virus qui l'accompagne- lui permet.

Un ministre élu au premier tour (avec 74,62% d'abstention) et qui "ne lâche rien", ministère et mairie (Darmanin, tout en versant son indemnité aux animaux estampillés SPA). Un maire battu qui refuse toute information à la candidate élue au premier tour (J-P Beneytou à Chilly-Mazarin)...

On savait qu'un virus peut en cacher un autre, ici il semble bien servir pour que l'élection municipale ressemble un peu à l'image d'un quinquennat arrogant, s’arrangeant et manipulant une démocratie qui périclite!

Le “monde de demain”, formule incantatoire du monde d'hier, se présente finalement comme celui dont les “puissants” aux manettes se préparent à accommoder les restes pour nous les servir comme une nouvelle formule.

«…C’est l’année de la remise des compteurs à zéro, explique M. Senard le patron de Renault. C’est la fin d’une certaine ère, l’époque de la course à la taille et aux volumes». Ce n’est donc pas le fait du ‘’virus Corona’’ mais de celui qu’on pourrait appeler “virus Ghosn et consorts” (dont l’État français).
Et grâce au Covid-19, le même État français garanti un prêt de 5 milliards sans contrepartie sociale. Et donc 4 600 postes de travail qui disparaissent en France et deux unités industrielles qui ferment. Le monde d’après pour Renault, comme pour ce quinquennat, c’est le prolongement et une adaptation bienvenue aux méthodes du monde d’avant !

Reste cette conviction, partagée par beaucoup entre nous, que la justice, la fraternité, la solidarité... seront les leviers de nos engagements et de notre détermination. La Marche des solidarités a défilé à Paris , ce samedi est le signe qu'une flamme reste vive et présente. Et ça nous l'apprenons avec l'histoire des jolis et combatifs mois de mai!

* * [...] 

Le printemps est là

Le temps a tout effacé
(C'est le printemps)
Les muguets sont de retour
(Tout refleurit)
Mais les lilas vont passer
(Passe le temps)
J'attends mon amour
(L'amour s'enfuit)

Joli mois de mai
J'attends ma mie

Marcel Amont

** [...] Joli mai, c'était tous les jours fête
Il était né coiffé de muguet
Sur son cœur il portait la rosette
La légion du bonheur joli mai
Sur son cœur il portait la rosette
La légion du bonheur joli mai.

Chanté par Yves Montand

*** et le film  Le Joli mai de Chris Marker, Pierre Lhomme (1963) ...

Réalisation : Chris Marker  * Texte dit par Yves Montand

**** ou encore “Mai, mai Paris!” par

Claude Nougaro * 

Mai mai mai Paris mai
Mai mai mai Paris  [...]

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