Quand "Les Animaux Fantastiques" répondent à un militant du Front National

Le cinéma peut cacher bien des surprises. En effet, le Blockbuster réalisé par David Yates et écrit par J.K. Rowling fait un pied de nez à la politique illibérale que souhaite mettre en place Marine Le Pen. Nous allons le démontrer.

Le 20 avril dernier dans l'émission Quotidien présentée par Yann Barthes, la journaliste Valentine Oberti suivait le dernier meeting de la campagne de Marine Le Pen avant le premier tour de la présidentielle. Des militants ont été interrogés sur les propos tenus par la candidate. Pour justifier sa volonté de renforcer les frontières françaises et de durcir la loi sur l'immigration, une métaphore est apparue. Il s'agit de celle prononcée par un partisan qui compare la France sans frontière à une maison à laquelle il manquerait les portes et les fenêtres. En cette période d’élection, rien de mieux que de regarder le film de David Yates Les Animaux Fantastiques sorti en 2016 en France comme contre-exemple du programme de la candidate d'extrême droite pour vous faire votre propre opinion.

En effet, le principal protagoniste, un jeune sorcier anglais, appelé Newt, arrive sur le territoire américain avec une valise remplie d’animaux. Dans cette société qui redoute les créatures étrangères, il est accusé de rependre le mal à son arrivée à New-York. Pourtant ce qui terrorise les New-Yorkais vient en fait d'un habitant de leur propre ville.

Le film n’est seulement qu’une adaptation du court livre de J. K. Rowling. Le scénario est une invention propre au réalisateur. Non seulement le film recherche la "captatio benevolentiae" du spectateur avec des créatures fantastiques, des baguettes, et des formules magiques, mais aussi il s’engage dans la description d'une Amérique en crise tournée avant l’élection de Trump en 2015. Cette description est semblable à l'état actuel de la France. Le propos du film est engagé dans l’acceptation de l’immigration et dans la dénonciation du danger de la radicalisation. Ainsi, comment ce caractérise la métaphore des animaux fantastiques ? 

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I. Schéma d’une société en crise semblable à la France 

La société présentée au spectateur dès l’ouverture du film est une société new-yorkaise terrorisée par un mal inexpliqué qui a lieu dans la ville. Les scènes parcourent New-York à mesure que Newt s’y enfonce. Plusieurs scènes de la vie quotidienne des habitants sont présentées pour plonger le spectateur dans ce contexte de crise.

1. la présence du terrorisme

Dès les premières minutes du film, un plan montre les ruines des maisons détruites par ce que l'on soupçonne être ces nouvelles créatures venues d’Europe. En effet, les "No-Maj" ne sont pas habitués à croiser des sorciers. Ils soupçonnent leur existence mais ne les voient pas. Leurs suppositions les amènent à avoir peur d’eux. La foule se réunie. Elle est terrorisée. Quelques-uns se distinguent parmi eux, ce sont les conservateurs.

2. la montée de l’extrémisme 

En effet, la montée des partis conservateurs et extrémistes s’expliquent pour David Yates par la peur engendrée par le terrorisme. Ceux-là prennent la parole dans les rues publiques. Ils annoncent à ces « No-Maj » désemparés que le mal qui les terrorise est parmi eux. Ils inspirent la haine. Ils réclament la délation. Il s’agit de femmes pour la plupart dont le visage est partiellement visible car elles portent toutes un chapeau.

3. les mesures de sécurité

Newt, le personnage principal arrivé en bateau depuis l’Angleterre passe par un check-point qui semble être Ellis Island. Il doit faire patte blanche et réussit à passer la douane malgré sa valise surchargée de créatures magiques. À peine arrivé, il est intercepté par la police dispersée partout dans la ville. Ces mesures de sécurité témoignent de la crise que traverse cette société. Cela installe un climat de peur sur tout New-York qui est à l’affut de n’importe quel danger.  

Le schéma que fait David Yates de la ville qu’il met en scène est celui d’une société chaotique. Les foules terrorisées se retranchent dans ce qu’ils connaissent. Elles sont de plus en plus conservatrices. Et l’omniprésence de la sécurité ne les rassure pas. Si cette société fantastique n’existe pas dans la réalité, David Yates cherche à confondre celle-ci avec notre monde pour défendre un propos engagé.

 

II. La distinction entre le terrorisme lié à la radicalisation islamique et le phénomène d’immigration

Il ne faut pas oublier que le cinéma est une tribune politique par le simple fait qu’il va faire l’objet de discussion dans la cité. Pour David Yates, il est alors nécessaire de délivrer un message engagé. Il fait l’éloge de l’immigration. Et il utilise l'atmosphère fantastique pour plaire aux spectateurs et démultiplier le nombre d’entrées dans les salles de cinéma pour sensibiliser le plus de personnes possibles (1 420 401 entrées en une semaine en France).

1. le parallèle entre les sorciers et les humains 

En effet, le public s’il est attentif peut distinguer le parallèle entre le monde des sorciers et celui de la réalité. La caméra filme les scènes d’action au coeur de la ville. Celles-ci ne se passent pas dans des endroits insolites et méconnus du monde réel mais plutôt dans des places pratiquées quotidiennement comme la rue, la banque, les bureaux des journalistes ou la bouche de métro lors de la scène finale. Comparé à la saga Harry Potter, le film comporte beaucoup moins de scènes fantastiques. Ceci favorise l’identification du spectateur avec ces sorciers. La période à laquelle se passe l’histoire n’est pas anodine non plus. En 1926, lorsque Newt arrive à New-York l’état de l’immigration est comparable à celui d’aujourd’hui. D’après l’article tiré de L’Obs en 2015 « Immigration : cinq chiffres pour en finir avec les idées reçues » qui reprend les chiffres de l’INSEE, il y avait cette même année une proportion de 8% d’immigrés en France comme celle d’aujourd’hui. D’ailleurs, le personnage Jacob Kowalski - juif immigré évidemment - symbolise l’immigration lorsqu’une banque lui refuse un prêt pour qu’il puisse ouvrir une boulangerie alors qu’il s’agissait de son métier en Europe. L’époque reprend le même contexte historique que celui de cette année. D’ailleurs, il aborde des sujets comme la radicalisation.

 2. la radicalisation des jeunes

Sans l’attacher à une religion, le réalisateur insiste sur la vulnérabilité des jeunes face à des personnes paternalistes et sécurisantes. Le spectateur apprend que le terrorise de New-York est un enfant rejeté par sa mère et la société qui vit une adolescence difficile. Appelé Credence, il trouve refuge en la personne d’un sorcier malfaisant qui lui promet de s’occuper de lui. Il est enrôlé et va agir sans réfléchir en faisant ce que ce sorcier lui demande. David Yates sensibilise le jeune public de ce film. Il démontre que le danger ne venait pas de l’extérieur mais bien de l’intérieur du pays. L’immigration n’est pas liée au terrorisme et n’a rien à voir avec la radicalisation. 

3. l’éloge de l’immigration

Les spectateurs découvrent la chute de l’histoire en même temps que les sorciers. Ils apprennent que les animaux fantastiques ne sont pas la cause du terrorisme. Au contraire, l’immigration de celles-ci n’est en rien dommageable d’après le réalisateur. Newt les transporte non pas pour terroriser New-York mais avec une grande bienveillance. La valise ouverte au check-point laisse apercevoir une boussole et un plan de la ville avec la statue de la liberté. Celle qui est décapitée par Trump à la une du Spiegel du 4 février 2017, symbolise l’espoir de Newt. De plus, ces animaux qu’ils transportent sont adorables. Cela cherche à montrer aux spectateurs qu’ils ne font de mal à personne sauf, dit leur maitre, si l’on s’approche trop prêt d’eux. La valise est un lourd symbole. Partout dans la ville les habitants transportent des valises si bien que le personnage principal perd la sienne quelques fois. Cela met en avant le bagage culturel et la mixité ethnique que chacun transporte. Tout le monde, d'après les rélisateur est immigré. Il s’agit de l’éloge de l’immigration. Pour finir, le nom du personnage principal n’est pas anodin. S’appelant « Newt », nouveauté sans le « t »,  il transmet un renouveau dont il ne faut pas s’effrayer. 

 

Le réalisateur David Yates propose donc à travers un film fantastique de crée une métaphore de la crise américaine before-trump qui résonne avec celle que la France traverse au terme de ces élections présidentielles. Le parti français d’extrême droite rassemble actuellement prêt de 25% d’intention de vote des suffrages. Avant de synthétiser votre opinion dans l’acte du vote, il serait préférable que vous passiez 2 heures et 13 minutes à regarder l’antithèse de la thèse de Marine Le Pen. 

Ce revival nostalgique du monde d’Harry Potter tient un propos engagé subliminal. Il le cache si bien que l'on peut se demander s'il est nécessaire au cinéma d'organiser tout une dramaturgie autour du discours politique qu'il porte. Pourtant, sans cela l'audience serait réduite et l'attention du spectateur risquerait de ne pas être captée par le film. Le cinéma a cela de commun avec le théâtre qu'il est une tribune politique. Le spectateur ne doit pas être passif mais tenter de déceler le propos qui y est tenu en s'essayant à l'interprétation. 

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