Merkel versus Steinbrück: Nul

Qu'on me permettre ici de porter à la connaissance (c'est comme çà que l'on dit) ou à la bienveillante attention (encore) de nos lecteurs cette  nouvelle d'Outre-Rhin. Il s'agit  bien sûr d'une analyse des élections par un journaliste allemand  parfaitement bilingue. Quelques doux germanismes authentifient parfois sa germanicité.

Qu'on me permettre ici de porter à la connaissance (c'est comme çà que l'on dit) ou à la bienveillante attention (encore) de nos lecteurs cette  nouvelle d'Outre-Rhin. Il s'agit  bien sûr d'une analyse des élections par un journaliste allemand  parfaitement bilingue. Quelques doux germanismes authentifient parfois sa germanicité.

Kaï Littmann, car il s'agit bien du créateur du premier journal on line, bilingue européen (eurojournal.net) auquel il m'arrive de contribuer, est très proche de Médiapart, dans l'esprit et la démarche. Voici donc son édito du jour, sans concession. 
Les tenants d'une VI° République chez nous doivent y réfléchir.

Le duel – un match nul. Mais vraiment nul.

2. September 2013 ( eurojournal.net)

 

On s'attendait à un bras de fer. On a eu droit à un somnifère télévisé. Foto: Rike / www.pixelio.de

On s'attendait à un bras de fer. On a eu droit à un somnifère télévisé.

Foto: Rike / www.pixelio.de

(KL) – Toute l’Allemagne avait attendu le seul face-à-face de cette campagne électorale entre la chancelière Angela Merkel et son challenger Peer Steinbrück. Pas moins de cinq chaînes télé ont retransmis ce duel en direct, mais les 90 minutes, les deux candidats, le cadre – tout était ennuyeux au possible. Après ce «duel», personne ne changera d’avis et surtout, ceux qui hesitent encore d’aller voter, n’y ont certainement pas trouvé une motivation supplémentaire pour se déplacer le 22 septembre prochain.

La chancelière Angela Merkel, qui se voulait sereine, internationale, femme du pouvoir, ne pouvait pas répondre aux questions «bilan», se refugiant dans des platitudes du genre «l’Allemagne va très bien» – tandis que son challenger Peer Steinbrück était tellement pris par son rôle «d’aggresseur» que lui non plus, ne pouvait pas convaincre. Et du coup, on se posait la meme question que lors des dernières elections présidentielles en France : est-ce que ces deux-là sont vraiment le meilleur et le plus fort qu’un pays comme l’Allemagne a pu trouver ?!

Une vrai difference entre les deux candidats se montrait dans la question des finances. Si le SPD veut augmenter les impôts, la chancelière s’y oppose. Du moins pendant la campagne électorale. Sur les chiffres de la précarité croissante en Allemagne, la chancelière n’a trouvé d’autre réponse que de marteller que tout le monde va plus ou moins bien dans le pays. Mais une chancelière qui nie les problèmes sociaux en Allemagne qui touchent environ 15% de la population, peut-on croire qu’elle améliorera les condition de vie de cette population, en niant les problèmes brûlants ?

En ce qui concerne les aides pour les pays du Sud de l’Europe, Angela Merkel a défendu sa position d’austérité : «De l’aide oui, mais en maintenant la pression de réformer ces pays.» Peer Steinbrück, lui, propose un «Plan Marshall 2.0», sans toutefois expliquer comment le financer.

Après, Angela Merkel a souligné à plusieurs reprises les positions identiques avec le SPD, au point que certains observateurs se posaient la question si ceci n’était pas une proposition ouverte de se lancer dans une nouvelle Grande Coalition. Qu’elle a, bien entendu, rejeté tout comme Peer Steinbrück, mais selon les résultats du 22 septembre, il se peut que les deux n’auront pas d’autre choix que de se mettre ensemble, surtout dans la mesure où Peer Steinbrück a catégoriquement exclu une coalition avec Die Linke.

Dans le domaine de la santé, la chancelière s’est montré fière des progrès réalisés. Mais quel progrès ? Les Allemands vivent dans un système de santé à deux vitesses – les assures privés ont un accès rapide et privilégié aux meilleurs soins, tandis que les assurés «normaux» se voient refuser des médicaments, des soins, des équipements et ce, en devant souvent attendre des semaines ou des mois avant qu’un docteur ne leur accorde un rendez-vous. L’ignorance de cet état des choses disqualifie, en principe, les deux de parler de ce système de santé. Entre les dents, les deux candidats avouaient être assurés privés – ils ignorent donc tout de ce que le citoyen lambda doit endurer quotidiennement.

Idem pour le scandal d’écoute des services secrets. Pour Angela Merkel, tout va bien, puisque aucune loi allemande n’est violée sur le sol allemand. Une fois de plus, la chancelière a montré qu’elle ne comprend rien au monde des nouvelles technologies, en essayant de minimiser le scandale. Peer Steinbrück, lui, s’est un peu indigné contre ces pratiques – mais il n’aurait pas accordé l’asile à Edward Snowden. Et lui aussi était content qu’on allait vite aborder un autre sujet – après tout, le dernier accord entre l’Allemagne et la NSA avait été signé par Frank-Walter Steinmeier du SPD…

Les seuls gagnants de ce «duel» sont ceux qui prônent l’abstentionisme. Car la prestation des deux candidats était de nature à dégoûter les citoyens de la politique. En noyant chaque sujet dans des platitudes technocratiques, la chancelière et son challenger n’ont vraiment pas donné envie de voter pour l’un des deux. Dire que l’Allemagne sera gouvernée par l’un des deux pendant les quatre ans à venir, cela fait vraiment froid dans le dos….

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