La perversité narcissique

La perversité narcissique est une violence encore méconnue. Le pervers ne ressentant aucune compassion ou culpabilité, manipule ses victimes en soumettant leur psychisme. La violence subie est similaire aux troubles des rescapés de guerre, d’où la nécessité de s’intéresser aux conséquences de ces agressions sur le psychisme et la santé des victimes de la perversité narcissique.

Encore méconnue du grand public, la perversité narcissique frappe chaque jours des femmes, des hommes et des enfants, réduisant leur psychisme en esclavage. Cette violence est incomprise par une proportion conséquente de la population. La violence ne se résume pas à la seule contrainte physique. Elle peut se créer de manière plus fine, plus souple. Les pervers narcissiques ne sont pas violents physiquement, mais jouent sur une autre agressivité : la destruction du psychisme de leur victime. Les mécanismes de perversion utilisés par le pervers sont incompris. Il peut être fréquent que l'entourage de la victime ne comprenne pas sa dépendance envers son agresseur, malgré la violence reconnue.

 

1. Le pervers narcissique

Le pervers narcissique utilise tous les liens possibles pour asservir sa proie : la famille, les amis, la vie sentimentale, le travail.... Le cœur de sa violence, c'est la destruction de l'image de sa victime. Il va la fragiliser, la rabaisser, éliminer les mécanismes de défense de sa victime pour l'asservir à ses désirs. Il va se nourrir de son image. Tout ce qui est positive en elle, il va se l'approprier.

Plus il détruit sa victime, plus il gagne en puissance.

Plus il dévalorise sa victime, plus il se valorise.

Avec elle, il est fourbe, culpabilisateur, il ne se remet jamais en cause malgré ses torts. Il ne peux supporter la faute, il la projette sur sa victime. Cependant avec les autres, il est aimant, accueillant, amusant. Il soigne son image. Il essaye de faire intérioriser à l'entourage de sa victime que tous les maux du couple viennent d'elle. Le but étant de la séparer de ses proches et de son monde social pour mieux l’assujettir.

 

2. Ses techniques

Le pervers narcissique a des pulsions qu'il ne peut pas contenir, il refuse de subir le conflit intérieur entre les bons et les mauvais sentiments. Il va donc expulser toutes ses émotions nocifs : son hostilité, sa haine, son mépris, sa culpabilité, sa fureur... chez sa victime. On appelle cela l'identification projective. Le pervers projette sur l'autre une partie de lui-même, sa partie négative pour être en accord avec lui-même. Plus besoin de culpabiliser si c'est autrui qui porte son fardeau. Ce premier mécanisme, étant le plus important chez le pervers narcissique, permet d'endurcir un second mécanisme : le déni, (ce mécanisme peut être utilisé par tout le monde. Par exemple lors d'un décès, nous refusons de croire la réalité, on l'a déni). Le pervers refuse la responsabilité de ses actes, et renvoie systématiquement la faute sur autrui, Le pervers ayant réussi à affaiblir sa victime, elle acceptera et culpabilisera des fautes que son agresseur en ce les appropriant.

La violence de la perversion narcissique crée chez la victime une dissociation traumatique. Elle sera coupée de ses émotions, elle sera comme anesthésiée. Elle vivra les scènes de violence comme étant spectatrice de ses événements. Grâce à l'identification projective, elle portera tous les travers du pervers, qui lui, pourra l'accuser de tous les problèmes afin de se mettre a l'abri que toute responsabilité. Un des derniers mécanismes fort utilisé par le pervers est le collage. Il va maintenir sans cesse sa proie à une distance limitée, afin d'éviter qu'elle lui échappe. 

 

3. Le langage, une arme indispensable des pervers

« Le terrain de prédilection, l'instrument majeur de la perversion narcissique, c'est la parole »   Paul-Claude Racamier

Il va se servir de phrases antagonistes. Il va blesser sa victime pour ensuite la valoriser. La confusion de sa victime permet sa toute puissance. Il est conscient de ses pulsions négatives, de ses mauvais sentiments et de l'intégrité de sa victime. Il va donc détruire sa victime en lui prenant ce qu'elle a de plus positif, et lui expulser ce qu'il a de plus mauvais. Le rôle de l'agresseur et de la victime est échangé. L'agresseur n'a jamais à se justifier, mais c'est à la victime de rendre des comptes sur ces mauvais sentiments (appartenant en fait à l'agresseur mais projeté chez sa victime par l'identification projective).

La dévalorisation de sa victime permet de réduire son angoisse sur le possible départ de sa victime. Mais pour éviter cela, il crée un lien fort et durable entre lui et elle : un mariage, un enfant, un crédit de voiture/maison... Le pervers vit constamment sur sa peur d'abandon. S'il est seul, il ne pourra plus transférer sa haine, sa rage. Il a donc besoin de détruire l'autre pour se valoriser et survivre. La construction d'un lien durable lui est nécessaire.

 

4. Les conséquences chez la victime

Les répercussions sur la victime sont carabinées et perdurent dans la durée. Elle a tellement été dévalorisé qu'elle ressent une détestation de son image, de son corps. Son pare-excitation (protégeant l’organisme contre les excitations en provenance du monde extérieur qui, par leur intensité, risqueraient de détruire la personne) est fragilisé. La moindre petite attaque peut submerger la victime et être ressentie comme un choc d'une violence inouïe. 

La victime est également dissocié, c'est à dire que ses émotions sont anesthésiées. Elle peut également développer une mémoire traumatique mélangeant la réalité avec ses émotions (mépris, haine, dégoût...). Avec cette mémoire traumatique, elle pourra revivre les moments de violence avec le même degré d'intensité. C'est pourquoi, si elle arrive à quitter son agresseur, cette mémoire traumatique va la submerger en lui faisant revivre les agressions du pervers. Ne pouvant pas lutter contre cette violence, elle repartira avec lui pour qu'il puisse la dissocier, c'est à dire anesthésié son circuit émotionnel en la rendant spectatrice des événements. C'est un mécanisme de survie fréquent dans les agressions violentes, notamment sexuelles. Ce mécanisme permet de supporter l'insupportable. Cette dissociation traumatique est la frontière entre la normalité et la folie.  La victime subit donc cette dépersonnalisation, cet effet étrange d'être absent de soi-même. C'est le symptôme le plus fréquent chez les victimes de pervers narcissique.

Toutes ces conséquences peuvent amener des conduites à risque ainsi que des mises en danger : isolement, angoisse, phobie, addiction, trouble dépressif et suicidaire...

 

Pour finir

La violence de la perversité narcissique doit être connue, ainsi que ses conséquences sur le psychisme de ses victimes. Nous pouvons tous en être victime un jour, que ce soit dans la famille, dans le couple, à l'école ou dans notre travail.

Les victimes de ces agressions ont des troubles similaires à celles des rescapés de guerre. En conséquence, nous devons être sensibilisé à la violence du harcèlement dans toute sa généralité et sa complexité. C'est un sujet qui est de plus en plus discuté, bien qu'aucune vraie politique n'a été prise pour lutter contre ce fléau.

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