Pour Macron et Castaner, le problème, c'est les sans-abris !

Macron, Castaner, Denormandie (secretaire d'Etat) , Maillard (député LREM), devant une telle hypocrisie, un tel sophisme consistant à masquer votre échec politique en matière d'hébergement, je ne peux plus me taire. Messieurs, je vous accuse de démagogie, de mépris social et de manquement éthique à la fonction politique. Cette fois-ci, c'est trop !

L'indécence des politiciens d'En Marche

En juillet 2017, Louis XIV avait fait la promesse que d'ici la fin de l'année 2017, il n'y aurait plus de personnes dans la rue. Pure démagogie de la part d'un représentant de l’État qui est de plus, le mandataire de la nation. Quiconque sait qu'une problématique comme le mal-logement ne peut se régler en quelques mois. Des années de travail sont indispensables avec des financements colossales, des politiques de logement et des politiques sociales à re-travailler en coopération avec tous les acteurs sociaux et associatifs. La question du mal-logement et même du sans-logement ne peut être réfléchi sans l'implication majeure de la société civile, qui est l'avant-garde de l'aide et de l’accompagnement effectué auprès des personnes à la rue.

Mais surtout n'oublions pas que nous sommes tous ensemble réunis sous la bienveillance d'Emmanuel Macron : « Il y aura des difficultés, des choses que sans doute nous n'avons pas prévues. Vous aurez peut-être dans vos vies personnelles des moments de doute ou des drames, mais n'oubliez jamais que nous sommes la Nation Française. »

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Donc après une pure démagogie de la part de notre monarque, son disciple Jules Mazarin que l'on va nommer Christophe Castaner en remet une couche dans l'indignité. Le 29 décembre 2017 il justifie l'échec politique d'En Marche en matière de logement et d'hébergement. Pour lui, l’État a totalement assumé ses responsabilités en matière d'accueil. Si l’État n'est pas coupable, si elle n'a pas de culpabilité, la faute revient donc aux sans-abris. Selon notre Mazarin National, : "des individus dans le cadre des maraudes refusent d'être logés". Une partie de cet argument est vraie, mais voila...d'une part cet argument ne reflète qu'une minorité de la réalité sociale, et d'autre part, il ne prend pas en compte le pourquoi certaines personnes refusent l'hébergement, à ne pas confondre avec le logement qui sont deux choses différentes que j'explique ici.

Mais continuons dans le mépris de classe. Le 30 janvier 2018 au micro de Léa Salamé sur France Inter, le secrétaire d'état à la Cohésion des territoires Julien Denormandie continue la petite chanson d'En Marche : le non-logement, c'est la faute aux sans-abris. Selon lui, il ne reste plus qu'une cinquantaine d'hommes isolés en Île-de-France. Quel cynisme, quelle arrogance ! Rien que la gare du Nord, de l'Est et de Lyon explose ce chiffre mensonger.

Comment un représentant de l’État peut-il avoir de tel propos ?!

  • Soit le secrétaire d’État a une ignorance totale sur le sujet, bien que n'importe qu'elle personne qui se ballade dans les rues de Paris prend conscience du nombre important de personnes à la rue.

  • Soit le secrétaire d’État assume un discours totalement fallacieux, dénué de toute notion objective, dénaturant le réel dans le seul objectif de masquer le naufrage politique du gouvernement en matière d'hébergement/logement pour les sans abris Le lecteur choisira la réponse qu'il trouvera juste à ses yeux. 

C'est ce même secrétaire d’État qui a présenté le 22 septembre 2017 le plan logement du quinquennat. Un plan néolibéral dont j'ai fait une critique ici.

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Mais nous pouvons encore aller plus loin dans l'absurdité, dans l'irrationalité du discours d'En Marche ! Une absurdité qui n'est qu'une violence de plus à mettre à l'actif du parti. Effectivement, ce 5 février 2018, le député de LREM Sylvain Maillard s'est exprimé sur RFI. Selon ce dernier valet de Louis XIV, « l'immense majorité d'entre eux dorment dehors par choix ». Bon, Sylvain Maillard n'est pas qu'un député, il est aussi un élu local et il aime le répéter pour consolider sa rhétorique. Il argumente donc sa parole de manière empirique en déclarant : « Je suis aussi un élu local parisien et ce qu'il faut savoir, c'est que même dans les cas de grand froid, certains SDF ne souhaitent pas être mis à l'abri (…), c'est leur choix ». Encore une fois, cette réalité est également juste mais elle ne reflète pas du tout l'immense majorité des personnes à la rue, avec la diversité et la complexité des problématiques.

Je ne referais un ici une argumentation afin d'expliquer pourquoi certains sans-logis ne préfèrent pas se faire héberger (je l'ai déjà fait ici), mais à partir de mes expériences associatives donc empiriques, et par les données théoriques que nous avons à travers les rapports des associations, le discours du gouvernement d'En Marche n'est qu'une pure hypocrisie, et je mets quiconque du parti politique LREM au défi de me prouver le contraire. Leur enfumage est prodigieux, prendre pour alibi la minorité des sans-logis refusant de se faire héberger afin de mettre un écran de fumée, d'une part sur la réalité carabinée du mal logement, et d'autre part afin de masquer l'impuissance, l’insuffisance ou l’indifférence politique du gouvernement, je trouve qu'une telle arrogance, qu'une telle insolence et qu'un tel mépris, devrait obliger le gouvernement à démissionner sur le champ pour mensonge au peuple, manquement éthique à la fonction politique et non-assistance à personne en danger.

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L'erreur anthropologique et politique d'En Marche

Le gouvernement d'En Marche sera bien la pire gestion politique des 40 dernières années. Bien plus rigide que l'UMP/Républicains, et bien plus démagogue que le PS. Sous la feinte d'avoir « moraliser » la vie politique, sous couvert d'avoir ouvert l'assemblée à une représentativité du peuple moins élitiste, En Marche cache son essence même, sa nature qui est elle-même une contradiction fondamentale et une erreur anthropologique majeure, car elle dénie la conflictualité intrinsèque du monde social. C'est à dire que le monde social est rempli de divisions, de conflits, de contradictions, d'antagonismes entre les individus et les groupes sociaux. Ces divisions sociales doivent s'exprimer à travers la conflictualité politique et l’opposition à travers les débats. Mais En Marche part du principe qu'il faut se rassembler tous ensemble avec la fameuse union nationale ; le fameux gouvernement national ; la grande réconciliation afin de transformer notre pays en profondeur.

D'ailleurs Macron assume totalement ne pas défendre sa population contre la prédation de la finance : « La société change, je vais vous armez pour trouver votre place dans ce changement, plutôt que prétendre vous protégez contre lui ». Macron, c'est la dénégation de la conflictualité sociale et donc la dénégation de la conflictualité politique. Il suffit de voir sa charge contre ses opposants et les intellectuels. L'occultation des contradictions, le refoulement de la conflictualité sociale est la pratique la plus dangereuse dans une démocratie, car le refoulement est toujours provisoire. La violence sous toutes ses formes reviendra et de manière plus puissante, plus brutale, en définitif sous sa forme fasciste, sous le modèle Trump... Macron est un grand danger pour la démocratie.

« Quelle est la rationalité et la cohérence dans le fait de donner les clés de la réussite à ceux qui mettent des verrous aux portes des solutions ».

 

Quelques chiffres pour finir

Pour conclure, je vais revenir sur quelques chiffres du mal logement pour essayer de réveiller nos somnambules de l'assemblée pourtant "en marche". Bien en marche d'ailleurs, courant tous afin de voter des lois néolibérales donc anti-sociales, et refusant de débattre des lois progressistes comme le burn-out (peut être que nos aristocrates de LREM sont un peu trop loin de l’épuisement pour comprendre la violence de l’aliénation au travail, et de sa charge mentale).

 

  • 70% des appels au 115 n'aboutissent pas, sur les 30% des appels traités, 1/4 est resté sans solution (Samu social)

  • Logements surpeuplés / sans confort → 2 819 000 personnes

  • En hébergement « contraint » chez un tiers → 643 000 personnes

  • Sans domicile fixe → 143 000 personnes dont 35 000 enfants

  • Habitations de fortune → 85 000 personnes

  • Résidents en foyer de travailleurs exilés non traités → 39 000 personnes

  • Résidence en hôtel → 25 000 personnes

Et la situation s'aggrave depuis 15 ans :

  • 2001 à 2012 : + 50 % de personnes à la rue

  • 2002 à 2013 : + 20 % vivent chez un tiers

  • 2006 à 2012 : + 44 % de locataires ont des problèmes sanitaires

  • 2006 à 2013 : + 26 % font un effort intensif pour payer le loyer (5 732 000 personnes + 1 210 000 personnes en impayés de loyers et charges) + 17 % sont en surpeuplement accentué (4 299 000 personnes)

  • 1996 à 2013 : + 72 % des locataires ont froid l'hiver (3 558 000 personnes)

  • Expulsion (chiffres 2015) 67 406 commande de quitter les lieux (augmentation de 16 % en 1 an) dont 49 783 avec demande de la force publique (augmentation de 13 % en 1 an), et 14 363 expulsions effectives avec le concours de la force publique (augmentation de 24 % en 1 an). A défaut de frapper les exilés à Calais et d’empêcher le travail humanitaire, la force armée a également le rôle de dégager des hommes, des femmes et des enfants de leurs maisons pour loyers impayés.

Source : Fondation Abbé Pierre 2017  

 

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Devant une telle situation, avec 14 millions de personnes qui sont fragilisées par le mal-logement, des dizaines de milliers de personnes qui dorment dans les rues dont des enfants, des femmes enceintes, des personnes âgées... l'imposture doit cesser. La rhétorique d'individualisation  de la responsabilité doit prendre fin. Les sans-abris ne sont pas responsables de leur situation, la pauvreté n'est pas naturelle, elle est le résultat d'un système économique amoral, d'une logique de prédation actionnarial et patronal criminelle, et d'une volonté politique de nourrir l'appétit financier de ceux-la.

 

Le changement c'est maintenant ?

Nous devons être ce changement. Marx disait : « L’histoire ne fait rien, c’est l’homme, réel et vivant, qui fait tout. Etre radical, c'est prendre les choses par la racine. Et la racine de l'homme, c'est l'homme lui-même. » Le mouvement social est essoufflé, il est impératif de le reconstituer afin de peser dans la balance de la décision politique, mais comment le revivifier ? Oui le changement doit être maintenant, mais laisser gérer ce changement à la seule classe dirigeante n'est qu'une défaite de plus. C'est la continuité de l'impuissance institutionnelle en matière de politiques de logement, de politiques publiques, de politiques sociales, mais que dis-je, simplement de politiques humaines. La Boetie écrivait au 16éme siècle : « C'est bien le peuple qui délaisse la liberté, et non pas le tyran qui la lui prend » Alors souvenons nous, le changement, c'est maintenant, mais quel changement et qui peut le faire ?

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Si vous voulez aller plus loin, j'ai fais un premier billet sur la situation du mal-logement en 2017 ici

Un billet sur les dispositifs inhumains de sans-abris ici

Un billet sur la mise en compétition des sans-abris et exilés/réfugiés ici

Un dernier pour dénoncer les propos honteux de notre Mazarin, notre Castaner National ici

Le 23ème rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre avec des synthèses/résumés du rapport ici 

 

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