Gilets Jaunes : Où Macron va t-il trouver l'argent ?

Macron a commencé à se plier face à la crise sociale qui secoue le pays et d'ores et déjà, certains médias-éditorialistes s'inscrivent dans une passion trouble avec le gouvernement. Ou va t-il trouver l'argent écrit BFM ? La réponse est dans l'assistanat des riches.

Le 8 décembre 2018, BFMtv mettait en ligne un article dont le titre même semble questionner l'intelligence de ses lecteurs. Ainsi le billet tentait d'expliquer comment trouver des solutions pour sortir de la crise sociale actuelle, avec toute la pédagogie néolibérale dont la société BFM est capable : « Gilets jaunes: où le gouvernement va-t-il trouver l'argent pour financer les mesures annoncées ? ». Cet article traitait seulement de la sur-prime à la conversion, de l'augmentation de l'indemnité kilométrique et de la suppression de la hausse des taxes sur les carburants. Deux jours plus tard, c'est l'heure de la prestation burlesque d'Emmanuel Macron afin de calmer la colère légitime des Gilets Jaunes. De nouvelles promesses ont été formulées telles que la suppression du 1,7 % de plus de la CSG pour les retraités qui gagnent moins de 2000 euros. L'augmentation du SMIC de 100 €, la défiscalisation des heures supplémentaires, ou encore la demande d'aide aux entreprises de verser une prime de fin d'année à leurs salariés. De quoi donner un vertige encore plus grand aux nouveaux chiens de garde dont BFMtv est représentatif. Cependant ceci est relatif puisque l'augmentation du SMIC se fait par l’intermédiaire de la prime d'activité. Or tous les smicards ne remplissent pas toutes les conditions pour l'obtenir. Ainsi Macron continue son hypocrisie qui la rendu si célèbre. De plus, en affirmant que « Le salaire d’un travailleur au Smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur », il donne l'impression que de l'argent magique va apparaître, personne ne va payer ! Alors si ce n'est pas l'employeur qui payera c'est bien évidemment les ménages. Si ce n'est pas par la fiscalité, ce sera par la réduction de dépense publique donc moins de répartition pour les prestations sociales (santé - chômage- famille - logement...) ou encore pour le service public. Pour terminer, Macron avait déjà prévu une revalorisation de cette prime de 100 euros sur les cinq années de son mandat, il va donc accélérer cette augmentation pour 2019. C'est donc non pas un changement de politique majeure du président mais seulement une accélération de promesse déjà formulée.

 

   Un enfant au abois

Pendant l'allocution présidentielle, ce n'est pas le même homme que nous avons vu à l'écran. Ce n'est plus ce personnage arrogant, sans considération et méprisant envers la population : ceux qui ne sont rien, les feignants, les illettrés, les gaulois réfractaires, les cyniques, les égoïstes, ceux à qui on donne un pognon de dingue mais qui restent toujours pauvres, ceux qui refusent de traverser la rue pour trouver un travail, à ceux qui veulent venir le chercher s'ils ont quelque chose à lui demander. Ceci étant dit, des Gilets Jaunes ont répondu présent à cette demande du président et ont voulu aller le chercher à l'Elysée, mais ils n'ont trouvé que des blindés et pas moins de 4500 CRS pour protéger l'homme qui leur a donné RDV. Bref ce nouveau personnage que nous avons vu a changé de visage.

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De la prétention, il est passé au visage modeste, humble, fébrile posant un genoux à terre la fin de la crise sociale et de la violence. La violence est certes être condamnable mais elle résulte dans l'indiscutabilité des conflits sociaux. Quand la mise en action de la conflictualité sociale ne peut se faire au sein d'institutions politiques, elle se produit naturellement en conflictualité physique. Lorsque que l'on refuse d'écouter les voix de la souveraineté (celle du peuple). Que l'on refuse de les mettre en délibération pour l'arbitrage politique. Ou en acceptant un pseudo dialogue social consistant d'une part à ne rien changer, et d'autre part à expliquer plus convenablement la chose politique au peuple qui ne comprend rien à rien. Alors la violence passionnelle de la multitude (celle du peuple) se met naturellement en action au grand dam des puissants.

 

   Une politique de classe anti-sociale

Depuis 18 mois, les classes populaires et moyennes subissent une dégradation de leurs conditions d'existence. En témoigne l'augmentation de 1,7 point de CSG au 1 janvier 2018. La diminution des APL de 5 € en 2017 marquant un geste économique, sociale et symbolique fort contre les classes populaires. Cependant, l'agression contre les aides au logement continue puisque le gouvernement gèle cette année le taux d'APL coûtant également 5 € en plus. Pour terminer, il sera mis en place pour l'année 2019 un nouveau mode de calcul pour cette aide pouvant faire économiser environ 800 millions d'Euros sur les aides au logement. Pire encore, c'est une baisse d'environ 2 milliards € pour l'année suivante qui est également citée, soit une régression inédite depuis la création des APL à la fin des années 70.

Afin de répondre à la réticence, En Marche a mis en place deux ''grandes réformes'' pour le pouvoir d’achat : la fin de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages et la suppression de la cotisation-chômage. Ainsi le pouvoir d'achat a augmenté de 4 milliards € en 2018 selon eux, ce qui sera vite contredit par l'INSEE : le pouvoir d'achat a baissé de 4,5 milliards d'euros en 2018 à « structure de consommation » identique à 2017. Il faut également pointer du doigt la supercherie des députés et les éditorialistes pseudo-experts qui affirment que le salaire va augmenter grâce à la suppression des cotisations. Cependant la cotisation est une partie intégrante du salaire appelé  salaire indirect – différé ou socialisé. C'est une circulation monétaire qui va directement aux chômeurs, aux retraités, aux malades, aux parents, aux aides soignantes. Comme le dit Gérard Filoche : « le salaire net sert pour le mois, le salaire indirect sert pour toute la vie ». Augmenter le net en supprimant les cotisations sociales revient donc à abaisser les droits à la santé, au chômage, à contraindre les personnes à prendre des assurances privées plus coûteuses, moins efficaces et plus instables. En d'autres termes, Macron veut nous faire racheter notre salaire brut avec notre salaire net.

 

   Une politique pour les riches

Tout juste arrivé au pouvoir, Macron s'est empressé de remercier ceux qui ont financé sa campagne, ceux qui l'ont soutenu, ceux qui l'ont formé aux déboires heureux, aux tristesses bons marchés, à l'illusion économique néolibérale. Ainsi, en plus de la violence économique et sociale que vit son peuple au quotidien, Macron modifie l’ISF (4 milliards € en moins pour l'Etat) - Diminue les impôts sur les entreprises (11 milliards € en 5 ans) - supprime la taxe sur les dividendes (1,8 milliard €) dont Édouard Philippe a promis de rembourser les actionnaires (5,7 milliards € en 5 ans) – mise en place de la Flat Tax sur les revenus du capital (1,3 milliard €) - allègement du dispositif contre l’évasion fiscale Exit Tax - Fin du CICE (dont il est pourtant l'initiateur inavoué) qu'il fait coïncider la même année avec une baisse des cotisations sociales afin de le remplacer (40 milliards €) - Dividendes records de plus de 47 milliards € faisant de la France la championne d’Europe

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   Assistanat des pauvres ? Plutôt un véritable assistanat des riches

L’aide sociale et les minima sociaux coûtent environ 70 milliards d’euros annuel dans les dépenses publiques et garantissent une réduction nette des inégalités contrairement aux idées reçues. L'assistanat des riches dépasse l'ordre des 300 milliards € depuis de nombreuses années. Jean Gadrey, Professeur honoraire d'économie à l'Université Lille 1 utilise trois grands champs pour expliquer cela.

 

          1.  Niches fiscales et sociales (réductions ou exonérations de cotisations sociales).

Un rapport parlementaire de 2010 estimait que depuis 2000, il y avait un manque à gagner pour l’État de l'ordre de 100 à 120 milliards d’euros en 10 ans. Il faut rajouter le pacte de responsabilité et de solidarité de Hollande consistant à pomper 40 milliards aux ménages pour les redonner aux entreprises. Le CICE (70 milliards depuis 2014) et le nouveau dispositif de réduction des cotisations sociales (20 milliards €). Puis les niches sociales estimées 52 milliards de pertes pour la Sécurité Sociale. Toute cette masse d'argent représente depuis les années 2000 pas moins de 300 milliards €. Certains diront que certaines niches permettent le don aux associations, l’investissement et la création d'emplois. Cependant depuis la suppression de l'ISF, on constate une diminution de la moitié des donations des plus riches (130 et 150 millions d'euros). Puis les CICE ou Pacte de Responsabilité ont d'une inefficacité effarante.

 

          2.  Baisse de la fiscalité pour les plus riches et les entreprises.

Selon Jean Gadrey : « On peut estimer à 50 milliards d’euros au moins le cadeau fiscal accordé aux riches, par rapport aux taux, seuils et tranches qui existaient encore au milieu des années 1980 ». Sous Macron on a la suppression de l'ISF, la taxe sur les dividendes, la Flax Tax soit environ 8 milliards par an en moins pour l'Etat. Rajouter à cela la diminution d'impôts sur les entreprises (11 milliards € en 5 ans).

 

          3.  Evasion et fraude fiscale.

Nous pouvons définir l'évasion et la fraude fiscale comme des cadeaux puisque peu, si ce n'est rien, n'est mis en place contre ces délits. En témoigne l'allègement de l'Exit Tax, le refus de faire sauter le verrou de Bercy ou encore la suppression de 20 000 postes au sein du fisc. Ainsi, on estime que le coût de la fraude est comprise entre 80 milliards et 100 milliards d’euros par an. Cependant, les scandales éclatent et s'enchaînent régulièrement et le montant ne cesse d'augmenter. En témoigne la nouvelle enquête d'évasion dévoilée il y a quelques semaines avec la découverte d'un mécanisme d'évasion fiscale sur les dividendes qui à coûté 55 milliards € en Europe dont 17 milliards pour la France.

En conclusion, l'assistanat des riches nous coûte plusieurs centaines de milliards d'Euros depuis 2000, dont au moins 100 milliards par an pour la fraude et l'évasion fiscale. C'est donc sans compter les aides formelles de l’État telles que les exonérations de cotisations et diminution d'impôts et taxes.

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   Alors BFM, où trouver l'argent ?

Loin de la référence gouvernementale consistant à faire accepter l'austérité pour le ''redressement financier'' du pays, qu'il faut engager avec ''rigueur'' mais dans la ''justice sociale''. Loin de cette complaisance médiatique à accepter la rhétorique néolibérale du pragmatisme et de réalisme. Or s'il faut utiliser ce vocabulaire pour simple d'esprit, alors le vrai réalisme serait la fin de l'austérité - Ne pas rembourser une partie de la dette publique – Faire payer les riches.

Tout d'abord si les Gilets Jaunes ont inondé les rues de France, c'est contre cette politique d'austérité budgétaire et salariale qui violente notre pays. Sous couvert d'équilibre budgétaire, l’État enlève les moyens financiers, matériels et humains indispensables pour que nos services publics puissent fonctionner correctement. Cette austérité contre la dépense publique qui déséquilibre notre système de répartition et de sécurité sociale, qui gèle les prestations sociales et augmentent les taxes sans contrepartie de valorisation de salaires. Contre le diktat de Bruxelles, c'est une autre vision qu'il faut espérer. Par exemple par une relance économique avec intervention publique pour lutter contre le chômage, et retrouver la croissance. Faudrait-il encore un État fort devant le marché libre et non-faussée et la puissance privée ?

Ensuite la dette publique qui atteint presque 100 % du PIB, nous imposant donc l'austérité. Cependant c'est un leurre. Le problème de la dette n'en est pas un. Depuis quand devons-nous payer une dette contractée sur des années avec une seule année de production ? De plus, il faut discuter de la légitimité de la dette. En effet, avant la crise de 2008 elle était à 64,4 % du PIB, elle atteint 97 % aujourd'hui. Pourquoi a t-elle prise plus de 30 % en 10 ans ? A cause des dettes des banques privées ! En 2008 les banques s'effondrent, l’État est obligé de venir à leurs secours. Certes elles ont remboursé les prêts mais elles nous ont laissé l’expansion du chômage, la contraction du crédit, les plans d'austérité, l'explosion des déficits et de la dette publique. Après ces épisodes désastreux, les banques ont blâmé les États sur le niveau de leurs dettes trop élevés et ont ainsi infligé des plans d'austérité. Les pompiers (les états) sont désormais accusé par les banques d'avoir créer une inondation, en faisant augmenter sa dette publique pour éteindre l’incendie de la dette privée contractée par ces mêmes banques. On inverse les rôles de coupables et de victimes. C'est pourquoi cette partie de dette est illégitime et doit être annulée. En d’autre termes, il s'agit d'une annulation de dette d'au moins 624 milliards € (2007-2012 eurostat). Or depuis 2012, la dette a augmenté de 7 points, soit encore une centaine de milliards à annuler en plus. Ainsi avec 700 milliards € en moins, peut-on encore parler d'austérité ? La réponse est dans le titre.

Finissons sur la contribution des bourgeois avec la remise en place de l'ISF. Dans un pays où les 500 individus les plus riches gagnent en moyenne 1 670 fois plus que la moyenne des plus pauvres après impôts. Où les 3250 ménages les plus riches possèdent 140 milliards dans les paradis fiscaux, comment oser prétendre que la suppression de l'ISF est une réforme audacieuse et juste ? Surtout que les nantis ne partent pas en masse de France. En 2022 il sera le pays Européen dans lequel il y aura le plus de millionnaires et le 4ème du monde.

 

Alors où trouver l'argent ? Quelques hypothèses peuvent être émises : rétablissement de l'ISF – Lutte et sanction contre l'évasion et la fraude fiscale – Fin à l'austérité pour une relance par investissement public – Refuser le remboursement d'une partie de la dette contractée de manière arbitraire par la finance délirante - Augmentation des tranches pour l'impôt sur le revenu – SMIC à 1300 € net – Rétablir une vraie fiscalité sur les grosses entreprises – Fin du CICE et utilisation de cet argent pour la transition écologique – Salaire maximum fixé à 15000 €... Ceci ne sont que quelques revendications des Gilets Jaunes. Nous pourrions en rajouter d'autres de ses partisans ou non comme la récupération des 3 à 5 points de PIB, qui a été ponctionné par le capital contre le travail depuis les années 80 (soit environ 40 à 50 milliards € par an). Bien entendu, ces avant-projet sont ambitieux et se construisent sur le long terme. On pourrait ici apercevoir l'émergence d'une société plus juste que l'on pourrait mettre en place.

 

   Nous sommes souverain

Le pouvoir politique a eu peur, il continue à trembler. Il faut persévérer afin que le gouvernement puisse poser les deux genoux à terre. Ces petites réformettes déposées par Macron ce lundi 10 décembre pour calmer la crise doit être le premier pas d'une liste de revendications plus grandes et non d'arrêt soudain. On a l'habitude de sous-estimer la force de la multitude, celle des corps sociaux en mouvement, notre force, tout en surestimant celle du pouvoir. Pourtant depuis quelques semaines, les cathédrales des dominants commencent à s'ébranler et toutes leurs certitudes tombent avec elles dans le néant. Le mandat de Macron s'est terminé ce 10 décembre 2018 après 18 mois d'arrogance, de violence, de méprisance, de politique de classe anti-sociale. Jamais le parti LREM ne pourra reconquérir la légitimer de sa souveraineté sauf si nous le laissons se redresser. Les gaulois réfractaires sont sortis de leur somnambulisme. Éveillés, ils dorment disait Héraclite. Mais aujourd'hui, c'est la puissance de la multitude passionnelle qui s'est réveillée pour remettre en cause l'autorité suprême du pseudo-maître. Car même si les capitalistes ont les moyens d'arracher pour un temps nos espoirs, ils ne peuvent être les souverains de nos utopies. 

 

Ainsi disait le poète Chilien Pablo Neruda : « Podran cortar todas las flores, pero jamas detendran la primavera »,

« Ils pourront couper toutes les fleurs, mais jamais ils ne seront les maîtres du printemps »

 

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