Les scandales de l'industrie pharmaceutique 2

Depuis 60 ans,l'industrie pharmaceutique enchaîne les scandales : mauvais conditionnement, tests cliniques trop rapides, effets secondaires, manipulation de l'information...la conséquence est lourde : des centaines de milliers de décès à travers le monde.

Troisième billet consacré aux dérives de l'industrie pharmaceutique. Le premier est dédié à la rentabilité de la maladie (ici) ; le deuxième article aux scandales des firmes (ici) et ce billet le poursuit. Un quatrième traite des ententes frauduleuses, de la corruption et des dividendes actionnaires (ici).

« Depuis les années 50, l'industrie pharmaceutique a révolutionné le monde grâce aux nouvelles molécules mises sur le marché, permettant de soigner ou du moins, de soulager les personnes malades. Cependant, elle a aussi derrière elle (et toujours actuellement) un passé de controverses. Que ce soit le prix des médicaments qui ne cesse d'augmenter sur le marché, ne faisant plus planer de doute sur la volonté des firmes pharmaceutiques de faire du bénéfice à tout prix telle une multinationale, c'est également des doutes, parfois avérées et prouvées, de traitements qui sont mis sur le marché provoquant des effets secondaires allant jusqu'à la mort. De nombreuses causes sont à l'origine de ces scandales : conditionnement trop fragile, tests cliniques trop rapides, effets secondaires avec la prise d'autres molécules, manipulation de l'information... Ce billet retrace les grands événements noirs de l'industrie pharmaceutique. »

 

Mediator

Le plus grand scandale sanitaire en France de ces dernières années. Le traitement a été commercialisé par les laboratoires Servier en 1976 et prescrit pour les diabétiques en surpoids. Cependant, il peut provoquer de nombreuses atteintes aux valves cardiaques et une hypertension artérielle pulmonaire mortelle. Environ cinq millions de personnes ont consommé du Médiator et 1 000 à 2 000 décès pourraient lui être imputables. C'est seulement en 2007 que l'Afssaps (l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) publie une recommandation négative sur le Médiator comme coupe-faim. Cependant l'explosion du scandale, nous le devons à la pneumologue Irène Frachon. En effet, c'est elle qui va alerter l'Afssaps sur la possibilité de risques cardiaques liés au traitement. C'est donc logiquement en 2009 qu'il sera retiré du marché. De plus, une étude réalisée par la CNAM (Caisse nationale d'assurance maladie) en octobre 2010 a conclut que la prise du Médiator provoque 4 fois plus de risque de contracter une valvulopathie. Puis dans un dernier rapport rendu public en 2011, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) adresse au laboratoire Servier une « responsabilité première et directe » sur les milliers de morts qui lui sont attribués. Pour continuer dans le cynisme, les laboratoires Servier savaient dès le départ les risques des effets secondaires du médicament. Mais l’avidité de l'entreprise a pesé plus lourd dans la balance que la santé humaine de tous.

 

Levothynox 

Encore une fois, c'est le laboratoire Merck qui est en cause. Il a changé la formule de son traitement pour augmenter ses profits. Le Levothyrox est un comprimé devant corriger l’hypothyroïdie liée à l’insuffisance de production d’hormones par la glande thyroïde. Il a été prescrit à 3 millions de personnes. Cependant en mars 2017, la firme met en place une nouvelle formule du médicament. Officiellement l'objectif était de limiter les effets du lactose en le remplaçant par du Mannitol et de l’acide citrique. Il est encore très difficile de connaître le nombre de personnes touchées, cependant l’ANSM (L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a été débordé par le nombre d’appels qui dépassait les 70 000 en 2 jours depuis le changement du traitement. Les patients présentaient des crampes, des pertes de cheveux, des vertiges, de l'asthénie et environ 1500 cas graves pour la France. Cependant, il est difficile pour les médecins de savoir si le lien est réel avec le nouveau traitement du Levothyrox.

 

Dépakine

Commercialisé par Sanofi entre 1967 et 2016 à destination des femmes enceintes souffrant d'épilepsie et de troubles bipolaires, le traitement a produit des milliers de malformation chez les nouveaux-nés. En effet, selon l'Agence du médicament (ANSM) et de l'Assurance maladie, le Dépakine aurait causé entre 2.150 et 4.100 malformations infantiles. Cependant, le taux de victimes ne prend pas en compte les enfants qui souffrent d'un retard du développement. C'est pourquoi le taux pourrait s’élever entre 16 600 et 30 400 enfants touchés. Autre source, l'étude de l’Inspection Générale des Affaires Sociales estime que le Dépakine est responsable d’au moins 450 malformations à la naissance. En d'autres termes, les patientes avaient quatre à cinq fois plus de risques que leurs enfants soient atteints de troubles neuro-développementaux avant l'âge de 6 ans. Catherine Hill, épidémiologiste de renom va plus loin dans les allégations contre le laboratoire Sanofi avec l'hypothèse d'un taux de victimes possible entre 14.000 et 30.000 enfants.

 

Dengvaxia

On reste chez le laboratoire Sanofi, cependant c'est sur le continent asiatique qu'un scandale a éclaté en 2017. Le gouvernement Phillipins a porté plainte contre le laboratoire suite aux décès de 14 enfants après la campagne de vaccination du Dengvaxia. Devant cet affolement et la volonté des autorités Philippines de rendre justice, Sanofi a accepté de rembourser l’État vis-à-vis de l’argent déjà versé pour les molécules qui ne vont pas être pas utilisées. Le laboratoire a bien évidemment enlevé le produit du marché en raison des sérieuses inquiétudes sur la dangerosité du Dengvaxia. Cependant il a affirmé que l'acceptation du remboursement était seulement dûe à améliorer des relations avec les autorités étatiques après ce drame. « Notre décision de rembourser les doses inutilisées est sans rapport avec d’éventuelles questions de sécurité ou de qualité du Dengvaxia». Aujourd'hui, Sanofi est accusé d'avoir mis le traitement sur le marché trop rapidement dans le seul intérêt de faire des bénéfices. Le Dengvaxia pouvant rapporter plus d'un milliard d’euros par an, au dépend même d’essais cliniques rigoureux.

 

Gardasil

Rarement une telle campagne de propagande n'a été effectué dans le monde pour un vaccin. En effet, le laboratoire Merck (encore lui) a mis en place une publicité sans précédent dans l'histoire pharmaceutique : « Chaque jeune fille vaccinée sera une victime du cancer du col et de l'utérus en moins ! ». En d'autres termes, c'est une campagne de culpabilisation décrétée par la firme. Diane Harper, professeur de médecine à Louisville University est reconnue comme l'une des plus grandes spécialistes des virus HPV, c'est pourquoi elle a fait partie des équipes qui ont mis en place les essais cliniques pour garantir la sécurité des patients. Elle s'exprime ainsi : « La peur fait vendre, si les mères ont peur de la maladie alors elles vaccineront leurs filles. ». D'ailleurs dés lors que Harper a émis les premières contradictions, la firme Merck lui a sèchement répondu : « C'est notre business pas le vôtre ».1

Le Gardasil soulève donc des controverses. Il est accusée de provoquer de graves effets secondaires comme la sclérose en plaque ou encore des décès (des milliers à travers le monde). Cependant, aucune preuve formelle n'a été démontrée. Il est disponible sur le marché français depuis 2006, destiné à la prévention du cancer du col et de l'utérus. A la fin de l'année 2013, 9 nouvelles plaintes ont été déposés par des femmes âgées de 18 à 24 ans ayant contracté de graves maladies après la vaccination : maladie de Verneuil (affection chronique de la peau ), lupus (maladie chronique créant des lésions), et la maladie de Guillain-Barré (maladie provoquant une atteinte aux nerfs périphériques et une paralysie)

Depuis, des nouvelles plaintes ont été déposées en France mais également au Danemark et en Espagne. Ce dernier pays avait suspendu temporairement la campagne de vaccination avant de reprendre suite à l'impossibilité d'établir un lien de cause à effet entre le vaccin et des effets secondaires. Idem pour le Japon qui ne recommande plus la vaccination suite aux 1968 cas d'effets indésirables signalés sur 3 millions de vaccinées. D'un point de vue international, environ 26 000 effets indésirables graves ont été signalé aux autorités étatiques. Cependant, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) se veut rassurant en signalant que les effets secondaires les plus fréquents sont des malaises ou encore des migraines.

 

En conclusion

Les dérives de l'industrie pharmaceutique génèrent des drames humains sur l'ensemble du globe. En effet, le marché du médicament est similaire au marché du pétrole ou de l'immobilier. Leur finalité première est de faire du bénéfice sur la vente de produits. L'industrie pharmaceutique, prise dans sa contradiction élémentaire de faire du profit pour ses actionnaires tout en répondant aux besoins de santé des autres, peut-elle réellement souscrire au bien commun en garantissant un système sanitaire pertinent pour l'ensemble des êtres humains ?

Quelles solutions ? Dans un premier temps, créer un fond d’indemnisation pour les victimes des effets secondaires des médicaments. Comme l’écrivent Jean-Christophe Brisard, Antoine Béguin et le docteur Irène Frachon dans leur livre intitulé « Effets secondaires : le scandale français », il y a environ 15.000 décès par an liés à la prise du médicament (mauvaise association, surdose, effets secondaires etc.). Ils dénoncent le manque de transparence du système pharmaceutique : « Le fond de la question pour ce qui concerne les effets secondaires est un problème de communication. Les labos et les autorités sanitaires ont tendance à minimiser cela mais le grand public est capable d’entendre qu’il prend un risque. Un médicament est utile mais potentiellement dangereux. »

Il devient également indispensable que les États interviennent dans le rapport de force avec l'industrie pharmaceutique afin d'une part de soumettre les firmes à plus de transparence, et d'autre part pour réguler le marché en faisant baisser le prix des traitements. C'est une question centrale car les systèmes de santé seront bientôt dans la difficulté pour rembourser de nombreux traitements à cause de l’appétit vorace de l'industrie pharmaceutique.

 

 

1 - LCP – Les dérives de l'industrie pharmaceutique – 15,17 minutes

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