Il y a 170 ans, Marx et Engels écrivaient le manifeste du parti communiste

Il y a 170 ans jour pour jour, le premier chef-d’œuvre de la théorie communiste voyait le jour sous la plume de Marx et Engels. Je vous propose ici de relire les moments les plus caractéristiques et les plus importants du manifeste.

Petite introduction :

Ce billet est un hommage au Manifeste du Parti Communiste sorti il y a maintenant 170 ans et qui aujourd'hui, continue toujours  à faire militer des hommes et des femmes à travers le monde de l'idée d'une société communiste comme nécessité, mais également comme le naturel développement de l'Humanité et des sociétés. Ici, pas d'analyse, juste une relecture commune de l’œuvre écrite par les deux premiers piliers du mouvement communiste Marxiste.

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C'est donc en 1848, dans l'imprimerie Burghard à Londres que pour la première fois, sortait la brochure du manifeste du parti communiste. Il est écrit par le jeune Marx mais réfléchi dans son intégralité avec Engels. Ces derniers ont à travers ce livre essayé de doter la classe ouvrière de connaissances historiques sur l'évolution des sociétés, l'exigence et le développement de l'acte révolutionnaire qui ne peut être engagé que par eux : le prolétariat. Cet acte permettra l'établissement de la société communiste qui ne serait que le résultat naturel de leur évolution personnelle et de l'évolution des sociétés tout entières dans leur libération de l'exploitation, de l'aliénation et de la domination de la Bourgeoisie.

 

Marx et Engels engage leur œuvre par cette phrase pleine d'assurance : « Un spectre hante l'Europe – le spectre du communisme »

 

Quelques extraits :

Page 74/75 sur le développement de la bourgeoisie

« La société bourgeoise moderne, issue de la ruine de la société féodale, n'a pas aboli les oppositions de classes. Elle n'a fait que substituer aux anciennes des classes nouvelles, des conditions d’oppression nouvelles, de nouvelles formes de lutte. Notre époque, l'époque de la bourgeoisie, a cependant pour signe distinctif qu'elle a simplifié les oppositions de classes. La société entière se scinde de plus en plus en deux grands camps hostiles, en deux grandes classes qui se font directement face : la bourgeoisie et le prolétariat. (…)

La manière féodale ou corporative dont avait jusqu'alors fonctionné l'industrie ne suffisait plus à couvrir les besoins qui croissaient à mesure que s'ouvraient les marchés nouveaux. La manufacture s'y substitua. Le maître des corps de métier fut supplanté par la classe moyenne industrielle ; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein des divers ateliers. Mais les marchés grandissaient toujours, les besoins continuaient à s’accroître. La manufacture à son tour ne suffit plus. Alors la vapeur et les machines révolutionnèrent la production industrielle. A la manufacture se substitua la grande industrie moderne, à la classe moyenne industrielle se substitua les millionnaires de l'industrie, les chefs d'armées industrielles entières, les bourgeois modernes. La grande industrie a crée le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial a donné un immense développement au commerce, à la navigation, aux communications terrestres. Ce développement a réagi à son tour sur l'extension de l'industrie et à mesure que l'industrie, le commerce, la navigation et les chemins de fer prenaient de l'extension, la bourgeoise se développait, elle accroissait ses capitaux, elle rejetait à l'arrière plan toutes les classes héritées du Moyen-Age. Nous voyons donc que la bourgeoisie moderne est elle même le produit d'un long processus de développement, d'une série de bouleversements dans le mode de production et de circulation. »

 

Page 77 sur la création des crises comme moyen d'existence du capitalisme

« La bourgeoisie a révélé comment la manifestation de la force brutale que la réaction admire tant dans le moyen-âge trouvait son complément approprié dans la fainéantise la plus crasse. Elle a été la première à montrer ce dont est capable l'activité des hommes. Elle a accompli de tout autres merveilles que les pyramides d'Egypte, les aqueducs romains et les cathédrales gothiques, elle a réalisé de tout autres expéditions que les grandes invasions et les croisades. La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner en permanence ses instruments de production, donc les conditions de la production, donc l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était au contraire la condition d'existence première de toutes les classes industrielles antérieures. Le bouleversement constant de la production, l'ébranlement incessant de toutes les conditions sociales, l'insécurité et l'agitation perpétuelle distinguent l'époque bourgeoise de toutes les époques antérieures. »

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Page 81 sur l'accumulation de ces crises, la Bourgeoisie arme le prolétariat de l'âme révolutionnaire

« Chaque crise anéantit régulièrement une grande partie non seulement des produits existants, mais mêmes des forces productives déjà créees. Avec les crises éclate une épidémie sociale qui serait apparue à toutes les époques antérieures comme une absurdité : l'épidémie de la surproduction. La société se trouve brusquement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu'une famine, une guerre générale d’anéantissement lui ont coupé tous les moyens de subsistance : l'industrie, le commerce semblent anéantis, et pourquoi ? Parce qu'elle possède trop de civilisations, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne servent plus à faire progresser la civilisation bourgeoise et les rapports de propriétés bourgeois ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ces rapports, elles sont entravées par eux ; et dés qu'elles surmontent cet obstacle, elles désorganisent toute la société bourgeoise, elles mettent l'existence de la propriété bourgeoise en péril. Les conditions bourgeoises sont devenues trop étroites pour contenir la richesse qu'elles ont produite. - Par quel moyen la bourgeoisie surmonte-t-elle les crises ? D'une part en imposant la destruction d'une masse de forces productives ; d'autre part en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. Par quel moyen donc ? En ouvrant la voie à des crises plus étendues et plus violentes et en diminuant les moyens pour les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se tournent maintenant contre la bourgeoisie elle-même. Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui lui apportent la mort ; elle a aussi engendré les hommes qui porteront ces armes – les ouvriers modernes, les prolétaires. Dans la mesure même où se développe la bourgeoisie, c'est à dire le capital, se développe le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent que tant qu'ils trouvent leur travail et qui n'en trouvent que tant que leur travail augmente le capital. Ces ouvriers, obligés de se vendre par portions successives, sont une marchandise comme tout autre article du commerce et sont donc exposés de la même manière à tous les aléas de la concurrence à toutes les fluctuations du marché. »

 

Page 93/94 sur l'abolition de la domination bourgeoise par la société communiste

« Être capitaliste ne signifie pas seulement occuper une position purement personnelle dans la production, mais une position sociale. Le capital est un produit collectif et ne peut être mis en mouvement que par une activité commune de nombreux membres de la société, voire en dernière analyse que par l'activité commune de tous les membres de la société. Le capital n'est donc pas une puissance personnelle, il est une puissance sociale. Si donc le capital est transformé en une puissance collective, appartenant à tous les membres de la société, ce n'est pas une propriété personnelle qui se transforme en propriété sociale. C'est seulement le caractère social de la propriété qui se transforme. Il perd son caractère de classe.

Venons-en au travail salarié. Le prix moyen du travail salarié est le minimum du salaire, c'est à dire la somme des moyens de subsistance nécessaires pour maintenir en vie l'ouvrier en tant qu'ouvrier. Ce que l'ouvrier salarié s'approprie donc par son activité est tout juste suffisant pour reproduire sa pure et simple existence. Nous ne voulons nullement abolir cette appropriation personnelle des produits de travail nécessaires à la reproduction de la vie quotidienne, une appropriation qui ne laisse aucun profit net susceptible de conférer un pouvoir sur le travail d'autrui. Nous voulons seulement abolir le caractère pitoyable de cette appropriation qui fait que l'ouvrier ne vit que pour accroître le capital et ne vit qu'autant que l'exige l’intérêt de la classe dominante.

Dans la société bourgeoise, le travail vivant n'est qu'un moyen d’accroire le travail accumulé. Dans la société communiste, le travail accumulé n'est qu'un moyen pour élargir, enrichir, faire progresser la vie des ouvriers. Dans la société bourgeoise le passé règne donc sur le présent, dans la société communiste, le présent règne sur la passé. Dans la société bourgeoise, le capital possède une indépendance et un caractère personnel tandis que l'individu actif n'a ni indépendance ni personnalité. Et c'est l'abolition de cette situation que la bourgeoisie appelle l'abolition de la personnalité et de la liberté ! Elle a raison. Il s'agit en effet d'abolir la personnalité, l’indépendance et la liberté bourgeoise. Par liberté, on entend dans le cadre des actuels rapports de production bourgeois la liberté du commerce, la liberté d'acheter et de vendre. »

 

Page 95, le communisme n'est pas la destruction de l'individu

« Dés l'instant où le travail ne peut plus être transformé en capital, en argent, en rente foncière, bref en une puissance sociale susceptible d'être monopolisée, en d'autres termes dés l'instant où la propriété personnelle ne peut plus se convertir en propriété bourgeoise, dès cet instant vous déclarez que ce serait la disparition de la personne. Vous avouez donc que par personne vous n’entendez rien d'autre que le bourgeois, le propriétaire bourgeois. Or, cette personne là, il faut assurément la supprimer. Le communisme n'ôte à personne le pouvoir de s'approprier des produits sociaux, il n'ôte que le pouvoir de s’assujettir le travail d'autrui grâce à cette appropriation. On a objecté que l'abolition de la propriété privée signifierait la cessation de toute activité et l'instauration d'une paresse générale. S'il en était ainsi, la société bourgeoise devrait avoir depuis longtemps péri de paresse ; car dans cette société ceux qui travaillent ne gagnent pas et ceux qui gagnent ne travaillent pas. Toute cette objection aboutit à cette tautologie qu'il n'y a plus de travail salarié dés qu'il n'y a plus de capital. Tous les arguments invoqués contre le monde communiste d'appropriation et de production des produits matériels ont été également étendues à l’appropriation et à la production des produits de l'esprit. Tout comme, pour le bourgeois, la fin de la propriété de classe signifie la fin de la production elle-même, la fin de la culture de classe s'identifie à ses yeux avec la fin de toute culture. »

 

Page 100, le prolétariat à la conquête de la démocratie

« La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec les rapports de propriétés traditionnelles ; rien d'étonnant à ce que la marche de son développement engraine la rupture la plus radicale avec les idées traditionnelles. Mais laissons là les objections de la bourgeoisie contre le communisme. Nous avons déjà vu plus haut que le premier pas des ouvriers dans la révolution, c'est le prolétariat s'érigeant en classe dominante, la conquête de la démocratie. Le prolétariat utilisera sa domination politique pour arracher peu à peu à la bourgeoisie tout capital, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c'est à dire du prolétariat organisé en classe dominante et pour accroître le plus vite possible la masse des forces de production. »

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Page 110 sur la diversion des réformateurs socialistes bourgeois contre la classe ouvrière

« Une partie de la bourgeoisie souhaite remédier aux anomalies sociales pour assurer la durée de la société bourgeoise. Ici se rangent : des économistes, des philanthropes, des humanistes, des gens qui veulent améliorer la situation des classes travailleuses, organiser la charité, abolir la cruauté envers les animaux, des fondateurs d'associations de tempérance, des réformateurs véreux du genre le plus disparate (...). Les bourgeois socialistes veulent des conditions de vie de la société moderne sans les luttes et les dangers qui en résultent nécessairement.(…) Ils veulent la bourgeoisie sans le prolétariat. La bourgeoisie se représente naturellement le monde où elle règne comme le meilleur. Le socialisme bourgeois élabore cette représentation consolante en divers systèmes plus ou moins complets. Lorsqu'il invite le prolétariat à faire passer ses systèmes dans la réalité pour entrer dans la nouvelle Jérusalem, il ne réclame au fond qu'une chose : qu'il s'en tienne à la société actuelle, mais qu'il se défasse des représentations haineuses qu'il en a. 

Une seconde forme, moins systématique et plus pratique de ce socialisme, a cherché à dégoûter la classe ouvrière de tout mouvement révolutionnaire en lui démontrant que ce n'est pas tel ou tel changement politique, mais seulement celui des conditions matérielles de vie, des rapports économiques qui peut lui être de quelque profit. Or, par changement des conditions matérielles de vie, ce socialisme n'entend nullement l'abolition des rapports de production bourgeois, laquelle n'est possible que par la voie révolutionnaire, mais des améliorations administratives qui s'opèrent sur la base de ces rapports de production, ne changent donc rien au rapport du capital et du salariat, mais, dans le meilleur des cas, diminue pour la bourgeoisie les frais de sa domination et simplifie son budget public. (...) Son socialisme consiste précisément à affirmer que les bourgeois sont des bourgeois... dans l’intérêt de la classe travailleuse. »

 

Page 118, l'Appel de Marx et Engels aux ouvriers du monde

« En un mot, les communistes soutiennent partout tout mouvement révolutionnaire contre l'ordre social et politique établi. Dans tous ces mouvements, ils mettent en évidence comme le problème fondamental du mouvement, la question de la propriété, quel que soit le degré de développement qu'elle ait pu atteindre. Les communistes enfin travaillent partout à l'union et à l'entente des partis démocratiques de tous les pays. Les communistes se refusent à dissimuler leurs opinions et leurs intentions. Ils déclarent ouvertement que leurs fins ne peuvent être atteintes que grâce au renversement par la violence de tout l'ordre social du passé. Que les classes dominantes tremblent devant une révolution communiste. Les prolétaires n'ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. »

 

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS,

UNISSEZ-VOUS !

 

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