Jacky, sans-abri entame une grève de la faim

Jacky Pouillard est un homme sans-abri depuis maintenant 4 ans. Il enchaîne seul des opérations "coup de poing" dans le but de se faire entendre. Le journal Nice Matin lui a consacré deux articles relatant les faits.

Jacky est en guerre contre le système judiciaire. Il veut obtenir justice contre son ancien employeur et ses anciens avocats. En effet, il accuse son employeur de ne pas l'avoir réellement déclaré et d'autre part, il accuse ses anciens avocats d'escroquerie. Dans le premier fait, nous avons connaissance d'un jugement datant du 21 avril 2015 dans lequel le tribunal avait reconnu le travail dissimulé. Il lui avait accordé en première instance un dédommagement d'environ 28.000 euros. Jacky, interviewé par Nice Matin avait déclaré : « C'était très inférieur à mes demandes. De plus, je n'ai perçu qu'un peu plus de 3.600 euros. Aujourd'hui l'affaire est en appel ».1

Pour ce qui est du deuxième fait, soit l'accusation d'escroquerie sur ses avocats, il montre à Nice Matin une facture de plus de 13 000 euros pour une assistance pénale sans que des actions réelles ne soient mises en œuvre. Jacky conclut : « Aujourd'hui je demande que l'un des avocats me restitue mes pièces afin de pouvoir continuer les procédures en cours ».

Selon Nice Matin, Jacky a déposé devant la justice 56 plaintes mais aucune n'a abouti à une condamnation. Mais il continue à poursuivre ses démarches et notamment à travers des opérations "coup de poing". Le 14 mars 2017, il est monté sur un échafaudage de l'hôtel Aston à Nice pendant 3 trois heures. Cette action avait pour but d'attirer l'attention quelle qu'elle soit.

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Photo Reporter Mobile Léa Laurent

 

D'ailleurs quelques jours auparavant, il s'était enchaîné à la grille de la promenade du paillon : « J'ai jeté les clés des cadenas, je vais rester là aussi longtemps que nécessaire. Et puis si on me déloge, j'irai m'enchaîner devant le palais de Justice. Si on me déloge encore, devant la mairie… ». Il avait à l'époque menaçait d'entamer une grève de la faim. Aujourd'hui, soit un an plus tard, il a mis sa sommation en oeuvre. Depuis vendredi, Jacky entame une grève de la faim sur la promenade des Anglais.

Jacky est déterminé contre le système judiciaire qui selon lui ne reconnaît pas les faits avérés. Il vaut continuer à se battre : « Pour moi mais aussi pour tous ceux qui ont été escroqués par un employeur, un huissier, un avocat » affirme t-il à Nice Matin.

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Photo DR

Jacky Pouillard fait parti de ces personnes à la rue qui ne peuvent entamer ou construire convenablement une démarche judiciaire. Les difficultés pour les sans-abris de faire reconnaître certains de leurs droits les plus élémentaires s'avèrent commun et habituelles, que ce soit par une méconnaissance des mécanismes institutionnels, une complexité dans les démarches administratives, un sentiment défaitiste dû à leur situation extrêmement précaire, la motivation d'aller jusqu’au bout devant la barbarie de la rue vécue au quotidien... Même si Jacky a dépassé ces difficultés, il n'arrive toujours pas à recevoir une réponse favorable et doit se mettre à jeûner sous la contrainte.

Un sans-abri faisant une grève de la faim, c'est tout de même un comble...

En espérant que Jacky puisse aller au bout de son combat et qu'il obtienne justice.

 

1 http://www.nicematin.com/greve-mouvements-sociaux/jacky-le-sdf-en-guerre-contre-le-systeme-judiciaire-a-lance-une-greve-de-la-faim-sur-la-promenade-des-anglais-210578

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