Un accueil réticent pour les réfugiés

Aux quatre coins du monde, les exilés sont confrontés aux durcissements des politiques migratoires des États. Les violences physiques et psychologiques s'accumulent devant l'impuissance d'une époque qui détourne le regard. Entre la montée nationaliste et la réticence néolibérale, l'Europe se retrouve dans une impasse crée par des politiques lacunaires.

Depuis le début de l'année, environ 1000 hommes, femmes et enfants se sont noyés en Méditerranée, que l'on appelle désormais « Le cimetière des oubliés ». Jour après jour la situation ne fait que s'aggraver, 200 personnes se sont noyées ces dernières 48H. En conséquence, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés a demandé une « action internationale urgente pour renforcer les efforts de sauvetage en mer ». Au sein de ce communiqué, le HCR se dit « Choqué par l'ampleur des noyades » et affirme que « Face au nombre sans précédent de personnes qui fuient leur foyer, il n’a jamais été aussi urgent de lutter contre les causes profondes de cette situation, d’améliorer les conditions de vie en Libye et dans d’autres pays le long de la route, de fournir des alternatives sûres, et de toujours sauver les personnes en mer ». Face à la gravité de la situation, les dirigeants des pays Européens se retrouveront à Bruxelles les 28 et 29 juin 2018 afin de discuter de la politique européenne en matière de migration et d’asile. Une rencontre pleine d'espoir pour les associations et les demandeurs d'asile devant un accueil réticent et inapte.

Dans l'histoire européiste, la construction Européenne s'est basée à partir d'une grande utopie, celle de la coopération des États pour une fraternité entre les peuples, afin d’éradiquer toutes possibilités de guerre et de haine entre les nations. Cependant, il est toujours plus confortable de s'allier dans la facilité que dans l'incertitude. En d'autres termes, la fraternité Européenne n'a été qu'un leurre. En effet, la Communauté Européenne n'a pas réussi à se partager les responsabilités en matière d’asile, chaque gouvernements se renvoyant le devoir d'offrir l'hospitalité aux exilés. La France ne fut pas épargnée par cette discrétion. Il aura fallu attendre que les socialistes au pouvoir se prennent une leçon d'Humanisme par une politicienne de droite, Angela Merkel afin d’accélérer une politique d'asile envers les réfugiés, pour que la France soit ainsi en accord avec ses principes fondamentaux issues des Droits de l'Homme.

Après cette pudeur inquiétante de la France à offrir l'hospitalité aux exilés, Emmanuel Macron reste dans le conservatisme avec la future loi Asile déjà fortement controversé. Mais le nouveau président connait bien l'art de la manipulation communicationnelle. Sous couvert de délivrer la naturalisation à Mamoudou Gassama, il engage ce que même Nicolas Sarkozy n'a pu réaliser comme politique rétrograde en matière d'asile. Avant tout et afin de retirer tout amalgame, je ne suis pas contre la naturalisation de M. Gassama, je suis contre cette mystification Macronienne consistant à masquer la violence de ses réformes sur l'Asile derrière l'acte héroïque d'une personne. Faut-il faire une action de bravoure pour que la nation nous accorde sa bienveillance ? Poser la question c'est déjà y répondre.

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Au sujet de cette nouvelle loi Asile, la commission des lois du Sénat l'amplifie négativement. En effet, les sénateurs sont revenus sur les petites ouvertures positives accordées telles que le permis de quatre ans pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire, au lieu d’un an actuellement. Puis également la réunification familiale pour les enfants recevant une protection internationale en France, qui ne sera pas élargie aux parents, frères et sœurs. Pour terminer, le déni de solidarité est passé sous silence. La protection qui devait être accordée pour les personnes apportant une aide humanitaire aux exilés contre les poursuites judiciaires a été retirée par les sénateurs. Cependant, un élément reste positif puisque la commission a supprimé le délai d'appel et de recours pour un refus de l'OFPRA, devant la Cour Nationale du Droit d’Asile qui est actuellement d'un mois. Or la loi prévoyait de diminuer ce délai de moitié, soit 15 jours.


    1.  Les réfugiés fuient la violence...pour en retrouver une autre

Aux quatre coins du monde, la dignité intrinsèque à l'existence humaine est déniée que ce soit par la violence physique/psychologique ou la réticence de l'asile. En Jordanie, l'accueil est totalement insalubre et les conditions de vie sont rudimentaires. Ce pays accueille tout de même 635 000 personnes soit un tiers de ce qu'a vécu l'Europe en 2015/2016. Comme nous le verrons, ce ne sont pas les pays riches qui accueillent toute la misère du monde, mais bel et bien les pays pauvres. Pour les exilés Afghans, ils sont majoritairement installés au Pakistan en étant persécutés par le pouvoir d'Abdallah II. D'ailleurs, les mineurs Afghans constituent la première population des MNA au niveau européen. En Iran, de nombreux pères de famille et de jeunes hommes sont contraints par la force de combattre au coté de Bachar el-Assad ou avec le Hezbollah dans la guerre civile syrienne. Au Yémen, l’agressivité du pouvoir dépasse l'entendement. Des demandeurs d'asile africains venant de la Corne de l'Afrique ont été victimes de tortures, de viols jusqu'aux exécutions sommaires par des fonctionnaires yéménites dans un centre de détention situé dans la ville portuaire d’Aden. « Les gardiens du centre de détention pour migrants d’Aden s’en sont brutalement pris aux hommes, ont violé des femmes et des garçons, et renvoyé des centaines de personnes à bord d’embarcations surchargées », a déclaré Bill Frelick, directeur de la division Droits des Réfugiés à Human Rights Watch. Puis il poursuit « La crise au Yémen ne justifie en rien cette cruauté et cette brutalité. Le gouvernement yéménite devrait mettre fin à cette situation et faire en sorte que les responsables rendent des comptes. ». Les témoignages récoltés par les associations démontrent que les gardiens pratiquaient des agressions sexuelles et des viols sur des femmes et des enfants. « Chaque nuit, ils en prenaient un (un enfant), pour le violer »...« Pas tous. Les plus petits. Les garçonnets. J’en connais sept qui ont été agressés sexuellement... Vous pouviez entendre ce qui se passait. Les témoignages des anciens détenus glacent le sang et la guerre qui sévit au Yémen, sponsorisé par l'Arabie Saoudite n'excuse en aucun cas ces comportements inhumains. Le 2 avril, le ministère de l'intérieur Yéménite a affirmé avoir entamer des procédures afin d’enquêter sur les plaintes ou les preuves d’abus.


   2.  Et l'Europe ?

La violence envers les réfugiés ne concerne pas que les pays pauvres ou en grandes difficultés économiques, des pays occidentaux peuvent également s'inscrire dans une dimension du mauvais accueil. En Grèce par exemple, les femmes sont enfermées dans des centres de rétention avec des dizaines d'hommes sans lien de parenté, les exposant à de nombreux dangers. En effet, nombres de témoignages mettent l'accent sur le fait que de nombreuses femmes souffrent de troubles tels que l'anxiété chronique et l'insomnie. En Italie, le combat du nouveau gouvernement contre les ONG se poursuit. Matteo Salvini a demandé l'arrestation de l'équipage du bateau de sauvetage appartenant à l'organisation Lifeline qui compte 224 réfugiés. L'entrée des ports se ferme partout dans le pays. Devant l'accusation du gouvernement Italien d'intervention humanitaire illégale, Axel Steier, un responsable de l'ONG se défend « Nous sauvons des personnes en état de nécessité. Avec des vestes de sauvetage à distribuer et des bateaux rapides, nous sommes mieux équipés que les gardes-côtes libyens. C’est notre rôle d’intervenir, nous n’avons rien fait d’illégal ».

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Navire Lifeline. | Photo : EPA

En Autriche, le gouvernement Kurz du Chancelier Fédéral prépare un projet de loi afin de confisquer l'argent et les téléphones des demandeurs d'asile. En effet, la coalition Autrichienne majoritairement de droite et d’extrême droite veut décourager les exilés de déposer leurs demandes dans le pays. Cependant la confiscation des biens n'est pas propre à l'Autriche, le Danemark avait déjà mis en place ce type de mesures en 2016 afin de rembourser des dépenses publiques. Herbert Kickl, nouveau ministre de l'intérieur Autrichien et membre du parti d’extrême droite FPO a notamment demandé de confiner les demandeurs d'asile de façon « concentrée » dans des centres spécialisés. Cette demande a suscité une grande polémique dans le pays et l’opposition a qualifié cette sortie de langage comme une référence aux camps de concentration nazis. La FPO, crée d'ailleurs par d'anciens nazis s'inscrit dans une visée de nationalisme-socialisme, se battant au quotidien afin de réduire au maximum le droit d'asile, fermant les yeux sur le devoir d’État d'accueillir des personnes en situation de détresse au titre de la Convention de Genève. En effet, le FPÖ désire l'arrêt totale des allocations pour les demandeurs d'asile et l'enfermement systématique des personnes dans des centres dans lesquels ils ne bénéficieraient seulement de nourriture et d'une aide matérielle...

Dans la lutte contre les organisations non gouvernementales, la Hongrie est sûrement l'un des pays européens le plus prolifique En effet, les humanitaires peuvent être interdit de s'approcher à moins de 8 km de la frontière extérieure de l'espace Schengen. De plus, le nationaliste Viktor Orban a réussi à faire adopter une loi qui permet d’emprisonner jusqu'à un an de prison les militants qui aident les exilés. Le pays ferme la porte aux injonctions européennes sur les responsabilités des nations en matière d'accueil. En effet, il refuse le quota de réfugiés imposé par l’Union européenne qui a été rendu inconstitutionnelle par le parlement. Marta Pardavi, membre de l'ONG Helsinki Committee témoigne qu'un sentiment de peur grandi chez les associations humanitaires : « Concrètement, c’est un nouveau chapitre dans les tentatives du gouvernement pour réduire à néant l’indépendance de la société civile et limiter l’Etat de droit. Cela va nous empêcher d’assister un demandeur d’asile dans la constitution de son dossier, rendre impossibles nos missions à la frontière pour s’assurer que les droits humains y sont respectés ou encore interdire la distribution de brochures d’information sur la procédure d’asile. Cela nous ramène à une époque de peur jamais vue depuis la chute de la dictature communiste ».

La Pologne vit également un glissement vers l'intolérance et une politique anti-réfugié. Comble du ridicule, c'est le pays qui n'a pas accueilli d'exilés. La Pologne a refusé le programme européen de répartition de demandeurs d'asile syriens et irakiens malgré l'obligation. Le ministre de l'intérieur Mariusz Blaszczak avait déclaré en 2017 « Nous croyons que la relocalisation attire davantage de migrants, elle est inefficace ». Le gouvernement autorise à bras ouverts les manifestations d'extrême droite revendiquant une politique dure en matière d'asile, au slogan de « La Pologne blanche, la Pologne pure », « contre le mélange « racial ».

Pour terminer avec les pays réfractaires, la République Tchèque tout comme la Hongrie et la Pologne a été renvoyés devant la Cour de Justice Européenne. En effet, tous ces pays n'ont pas respecté leurs obligations en matière d’accueil. La République Tchèque devait accueillir seulement 50 personnes et le résultat est loin des promesses formulées, avec seulement 12 personnes hébergées. Ces 3 pays (Hongrie Pologne et République Tchèque) font parties du groupe V4, avec notamment la Slovaquie refusant de mettre en place une politique d'asile favorable. Cela dit, la Slovaquie a annoncé dés 2015 qu'elle ouvrirait ses portes pour des réfugiés avec une seule condition : Aucun musulman ! Seuls les Chrétiens Syriens seront logés, soit 200 personnes depuis 2015 au nom de la préservation de l'identité nationale chrétienne.

 

  3.   L'Europe, entre nationalisme et libéralisme

La montée nationaliste en Europe doit nous inquiéter car le flux de réfugiés n'est qu'à son début. Les mouvements de population vont continuer avec une apparition des exilés climatiques suite à la déréglementation de l'anthropocène. Entre le nationalisme réactionnaire et le néolibéralisme destructeur de structures collectives, l'Europe se noie entre l'indifférence et l'individualisme. Les dirigeants nationaux des pays Européens se retrouveront à Bruxelles les 28 et 29 juin 2018 afin de trouver des « solutions » pour la répartition des réfugiés, or les militants ne sont pas crédules pour penser que des réponses durables et positives vont être donner pour accompagner toutes ces personnes fuyant l'arche de la mort. L'impossibilité pour l'Europe de s'inscrire collectivement dans une démarche d'effort commun est symptomatique d'un modèle démocratique qui s’affaiblit dangereusement. La percée des partis nationalistes de droite/Extrême droite en Europe sonne le glas de l'image humaniste et solidaire de l'UE, une représentation que l'on nous diffuse depuis trop longtemps.

Il y a peu, le Premier ministre Hongrois Viktor Orban affirmait dans un de ses discours que les réfugiés musulmans ne sont pas compatibles avec la démocratie « Chrétienne », source de notre identité commune, nationale mais également Européenne, « Nous croyons que le temps est venu d’une renaissance démocratique chrétienne, et non d’un front populaire anti-populiste. Contrairement à la politique libérale, la politique chrétienne est capable de protéger nos peuples, nos nations, nos familles, notre culture, enracinée dans le christianisme et l’égalité entre les hommes et les femmes : en d’autres termes, notre mode de vie européen, ... Chacun doit se rendre compte que l’Islam ne fera jamais partie de l’identité des pays européens ». Une dimension idéologique et dogmatique qui augmente dans la représentation politique des gouvernements des nations européennes mais également dans la conscience des peuples. Ce qui est le plus alarmant, c'est qu'aucun de ces partis nationalistes réactionnaires n'ont pris le pouvoir par la force, mais par des électeurs qui sont enfermés dans un somnambulisme inquiétant.

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2016 ANDREJ ISAKOVIC/AFP/Getty Images

 

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