Comprendre la présence française en Afrique

Pour comprendre la présence française en Afrique, il faut comprendre les intérêts économiques qui assurent sa position de leader mondial. En l'espèce, une économie basée comme la totalité des pays du G7 sur le contrôle de l'énergie et le commerce de l'armement. Ces données sont malheureusement souvent absentes des rapports économiques français et même parfois cachées, comme les chiffres du commerce d’armes, qui n’apparaissent pas dans le total des recettes de l’Etat et utilisent des valeurs rendant impossible une quantification financière (tel que le TIV ou trend indicator value pour les ventes d’armes).

L’armement et de l’énergie sont étroitement liés. La France est engagée, depuis plusieurs années, sur plusieurs fronts de guerre en Afrique où opèrent également des entreprises françaises telles qu'Orano (ex Areva) au Niger, Total au Mali etc… Sous fond de lutte antiterroriste, notre armée et un ensemble de compagnies militaires privées françaises, assurent la sécurité des installations industrielles et des salariés français travaillant sur le sol africain. Plusieurs entreprises de sécurité privée ont été crées par des anciens membres d’Etats majors français et emploient d'anciens militaires français. Dans une interview datant du 1er décembre 2020, Marc Eichinger, ancien agent de la DGSE, évoque les conditions de vie des salariés salariés d’Areva au Niger. Ces personnes s’abritent dans des villages grillagés, dans des conditions plus que confortables et protégés par des troupes paramilitaires françaises d’où ils ne sortent que pour aller travailler. Rappelons qu’Orano est un acteur majeur du commerce d’uranium que l’entreprise extrait au Niger à hauteur de 2167 tonnes /an (2018).

L’entreprise Gallice qui est une SMP française opérant en Afrique. Les fondateurs de l’entreprise, tels que présentés sur le site internet officiel, sont : Gilles Maréchal, Gilles Sacaze (ancien cadre du service action de la DGSE), Frédéric Gallois (commandant du GIGN de 2002 à 2007) et Luc Vaireaux (« ancien security manager au sein d’une compagnie pétrolière en Afrique » et ancien cadre instructeur spécialisé au sein du service action de la DGSE). L’entreprise remplit des missions de sécurisation de sites industriels en Afrique. Rattachée au groupe Centaure France, ce n’est qu’une des nombreuses entreprises françaises fondées par d’anciens cadres du renseignement ou hauts gradés à pouvoir payer des gens, pour la plupart d’anciens militaires français, dans le but de mener des opérations militaires privées en Afrique et d’engranger à l’occasion de sérieux profits sous forme d’accords de protection avec des Etats étrangers et autres acteurs capables de se payer leurs services. Inutile de préciser les conditions de vie à l’extérieur des villages Areva que nous évoquions précédemment qui sont installés dans des zones d’extrême pauvreté et de misère. Cela est non seulement indécent au vu des prétendus engagements de la France mais participe aussi activement au développement de pratiques telles que le terrorisme en répandant la haine de la France et de l’Occident à travers le monde. La pauvreté relative (c’est-à-dire être pauvre dans un environnement ou on peut côtoyer des riches) étant l’un des comburants les plus efficaces pour développer la criminalité dans une région.

De nombreuses voix se sont élevées depuis les interventions Euro-Américaines du début des années 2000 pour dénoncer une supposée guerre du pétrole. Nous ne nous étendrons pas ici sur la question du pétrole et la véracité de ces thèses. Il semble cependant que nous ayons aujourd’hui dépassé l’ère du pétrole et que nos puissances mondiales aient réorienté leurs efforts vers de nouvelles ressources. Le contrôle de la région Syrie-Iran offrirait à la coalition un monopole intéressant sur l’un des plus gros gisements de gaz naturel au monde situé en Iran (North Dome, aussi appelé South Pars). Cela pourrait éventuellement permettre à l'Europe de s'émanciper du gaz russe et ainsi bouleverser les rapports de force en Eurasie. La coalition est également présente au Congo, au Niger et au Mali. Ces deux régions disposent de trois ressources en quantités abondantes : tantale (ou coltan, indispensable à la fabrication de matériel électronique), le lithium (composant principal des nouvelles générations de batteries) et l’uranium (combustible utilisé dans les centrales nucléaires, situé principalement au Niger qui est contigu au Mali).

Nous constatons tous depuis plusieurs années l’arrivée fulgurante de l’écologie comme thème central dans le champ des politiques internationales. Une des maximes de l'écologie moderne est la rédutction des « émissions de CO2 » qui proviennent en grande majorité de moteurs à combustion thermique fonctionnant au pétrole. Voilà pourquoi nous serions en train de transitionner, notamment sur le plan des transports, vers des technologies permettant de réduire lesdites émissions de CO2. Or, en regardant de plus près les enjeux, on se rend compte que cette transition énergétique s'inscrit dans une configuration beaucoup plus complexe qui implique une somme d'intérêts parfois contradictoires. Freiner le développement du terrorisme, s'affranchir du gaz russe, développer l'industrie de la sécurité privée en Afrique, signer des contrats d'armement, assurer la prospérité des entreprises publiques françaises etc... Ce sont autant de raisons qui poussent la France et l'Europe à intervenir sur le continent africain.

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