La Décroissance: quand le «journal de la joie de vivre» courtise la fachosphère

« Indigénistes, décolonialistes, racialistes… » « Basta ! », dit la pancarte d’un personnage représentant la Terre. Est-ce Minute, Valeurs actuelles, Marianne ? Non, il ajoute sa contribution au débat sous les auspices des pires caricatures, de ce récit venu de l’extrême droite et désormais propagé presque unanimement par les classes dominantes. Il me semble qu’il y a dans ce monde-là mieux à faire que de nourrir les panique morales racistes: il y a à articuler les questions socio-économiques aux luttes féministes, anti-racistes et écologistes. 

La Décroissance est un journal mensuel édité à Lyon, lié à l’association Casseurs de pub, qui se décrit comme le journal « de la joie de vivre » et des « objecteurs de croissance », dédié à la critique des modes de consommation contemporains et prônant une société de sobriété. 

C’est in extremis que j’ai pu me procurer un numéro de La Décroissance d’avril dans ma petite ville prospère, en bordure du bois de Vincennes, où l’on ne croise presque jamais de Noir·es ou d’Arabes et qui a réélu l’an dernier son maire de droite dès le premier tour. D’habitude, m’explique le monsieur qui tient le kiosque sur la grand place, les numéros de ce journal arrivent puis repartent et c’est la première fois qu’il en vend un… et même deux quand j’achète le dernier. Le buraliste de la rue de la Poste, qui en commande à peine plus chaque mois, a été dévalisé.

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À quoi donc ressemble la une du mensuel pour produire un tel effet ? « Indigénistes, décolonialistes, racialistes… »« Basta ! », dit la pancarte d’un personnage représentant la Terre. Est-ce Minute, Valeurs actuelles, L’Express ou Marianne ? Non, c’est le « journal de la joie de vivre » qui tente un élargissement de sa cible à la fachosphère, rejoignant dans le concert national(iste) une extrême droite jadis isolée mais désormais rejointe par les plus grands esprits du pays, de la gauche républicaine à la droite la plus moisie, emmenés par un chef de l’État qui a ouvert les hostilités le 11 juin 2020 : « Le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux. » (Voilà qui était tellement plus vital que de préparer sa campagne de vaccination hyper centralisée qui en quatre mois, malgré un nombre de doses suffisant au moins à cet usage, n’a toujours pas réussi à faire vacciner toutes les personnes de plus de 70 ans.)

Leur récit, on le connaît : importé des États-Unis, un vent malsain a réussi à mettre la pagaille dans notre beau pays des droits de l’Homme où tous sont égaux en droit et où jamais, au grand jamais, des populations issues de notre ancien empire colonial n’auraient été victimes de discriminations de la part de l’État ou de ses fonctionnaires. Les ennemi·es à abattre ne sont donc pas les racistes qui nuisent à l’égalité entre les personnes mais les musulman·es qui osent laisser voir en public des indices de leur pratique religieuse ; les sociologues qui constatent des discriminations de fait, qu’il s’agisse de violences policières ou de traitement inégal à l’école et dans les services publics ; les historien·nes qui rappellent les principes de la laïcité républicaine tels qu’ils ont été pensés et énoncés en 1905 ou bien l’horreur de la colonisation, moment mal connu de notre histoire mondiale et qu’en France on préfère fantasmer en entreprise humanitaire ayant apporté la civilisation et le confort moderne à de pauvres gens qui sans nous seraient morts de faim. Il faut rappeler, je l’ai notamment fait ici, la couche d’ignorance bien crasseuse sur laquelle prospère ce récit, dont l’élément le plus emblématique me semble être l’oubli du statut de l’indigène. Dans la France coloniale, les populations locales n’étaient pas citoyen·nes mais sujets de la République, et ça change tout.

Aujourd’hui, la plus grande atteinte aux principes républicains, ce ne serait donc pas l’importation depuis les États-Unis des avatars du trumpisme, comme les théories complotistes ou la mauvaise habitude de faire intrusion en bande dans les hémicycles. Vous vous souvenez ? Il faut dire que c’était il y a déjà deux mois, un groupe d’extrême droite a fait irruption par la violence dans un conseil régional pour interrompre la plénière qui se tenait dans l’hémicycle. Ah oui, tiens. Deux mois plus tard, le tweet revendiquant cet acte séditieux est toujours hébergé par la plateforme – la même qui exclut un 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le Sida, des militant·es ayant utilisé les mots « pédé » et « gouine » pour se définir (1). Et Carole Delga, présidente de la région Occitanie ciblée par cette attaque, a des mots très durs contre les officines qui ne respectent ni la loi ni l’esprit de la République… en organisant des réunions syndicales non-mixtes. Ces organisations (associations et syndicats) voient leur liberté politique s’éroder sous les menaces de dissolution, parfois suivies d'effet comme dans le cas du Collectif contre l'islamophobie en France (je vous laisse juger de leur parole, c'est ici). Pendant ce temps, des fachos paradent dans les hémicycles et leurs associations ne sont pas inquiétées. Une mise à jour, arrivée après la publication de ce numéro de La Décroissance : pour commémorer les soixante ans d’un putsch militaire, des généraux en retraite engagent le gouvernement à un bon tour de vis autoritaire contre les « hordes de banlieue » et « un certain antiracisme » (« indigénisme », « racialisme » et « théories décoloniales », bingo). Si « rien n’est entrepris », ils menacent de l’« intervention » de leur « camarades d’active », ce qui est à proprement parler une menace de sédition (2)…

Voilà le contexte dans lequel s’inscrit la une de La Décroissance : un recul inquiétant de la tolérance (de tous côtés d’ailleurs), une explosion des inégalités depuis les politiques d’austérité qui ont fait suite au sauvetage des banques en 2008 et une classe politique majoritaire qui est dans le déni et des antagonismes de classe et des inégalités, discriminations et violences subies par certains groupes sociaux mais qui mise sur une guerre culturelle pour faire oublier une guerre économique qui fait rage. Nous assistons, impuissant·es ou diverti·es par une panique morale savamment entretenue, à une vaste entreprise de prédation des biens communs (des services publics à la capacité à seulement encadrer l’activité économique par quelques principes sociaux et écologiques) au service de quelques intérêts capitalistiques et aux dépens des intérêts du plus grand nombre et de la préservation de notre milieu. Il me semble qu’il y a dans ce monde-là mieux à faire que de nourrir cette panique morale, il y a à articuler les questions socio-économiques aux luttes féministes, anti-racistes et écologistes/technocritiques. C’est d’autant plus urgent qu’en matière de technique, il n’y a pas de balancier, il n’y a que des cliquets qui verrouillent notre avenir. Et c’est parfois compliqué, quand les tenant·es de ces luttes sont trop occupé·es par des questions symboliques plutôt que matérielles (2), mais c’est un objectif qui devrait nous rassembler.

Au lieu de ça, le rédacteur de La Décroissance Raoul Anvélaut (c’est le pseudo du rédac chef) pose sa contribution au débat sous les auspices des pires caricatures, de ce récit venu de l’extrême droite et désormais propagé presque unanimement par les classes dominantes. Il n’y a plus d’anti-racistes, car ce serait supposer que leurs opposant·es anti-anti-racistes sont plus simplement racistes. Il n’y a plus que des « indigénistes », « décolonialistes » et « racialistes » dans un gloubi-boulga peu ragoûtant. Sont mis dans le même sac :

  • des militant·es peu nombreux/ses mais très clivant·es (le Parti des indigènes de la République, PIR… ou pire, pour une grande part de la gauche radicale) sous une appellation confuse d’« indigénistes » qui dans le reste du monde est réservée aux luttes autochtones (4),
  • les pensées décoloniales portées par des intellectuel·les latino-américain·es (décrit·es ici par Irène Pereira), originaires d’un continent depuis longtemps décolonisé mais où le pouvoir politique et économique est resté majoritairement dans les mains des populations d’ascendance européenne et où les questions sociales et raciales sont bien plus imbriquées qu’en Europe,
  • et enfin des « racialistes » qui auraient le tort d’inventer des discriminations raciales et un racisme d’État (l’expression est systématiquement mise entre parenthèses, sans un mot pour reconnaître ni même nier la situation qu’elle décrit) là où tout va très bien, madame la marquise.

Cette confusion bien entretenue prend la moitié du papier, avec force citations indéfendables d’ennemi·es choisi·es avec soin et qui ne le sont pas plus (défendables), car critiquer les voix qui font vraiment autorité dans cette large nébuleuse aurait été un exercice plus compliqué. Cédant à la même facilité, Anvélaut (la bicyclette donne pourtant le goût de l’effort) s’attaque à l’ouvrage de Malcolm Ferdinand, Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen (Le Seuil, 2019, pas encore lu pour ma part), en en extrayant un segment de phrase (faire « de la fracture coloniale l’enjeu central de la crise écologique ») censé désavouer l’intégralité du propos. Plus loin, une note de bas de page précise que les écolos français ont assez été tiers-mondistes pour ne rien avoir à se reprocher. Voilà qui suffira sur le sujet.

Vient ensuite un concours de qui donc est le plus malheureux, entre les peuples colonisés et les populations paysannes occidentales décimées par le développement et la technique. L’autrice que je suis d’On achève bien les éleveurs ne va pas s’amuser à nier la gravité de ce que Pierre Bitoun et Yves Dupont appellent le « sacrifice des paysans », l’industrialisation puis la tertiérisation du pays à coups de modernisation agricole par en-haut, le tout aboutissant aujourd’hui à la prolétarisation d’exploitants agricoles (aux trois-quarts des hommes) exportant dans le monde entier, brassant des centaines de milliers d’euros dont ils ne garderont jamais qu’une infime partie souvent à peine suffisante pour vivre. Lire à ce sujet l’Atelier paysan, Reprendre la terre aux machines (Le Seuil, 2021, en librairie à partir du 6 mai). L’histoire de la destruction des paysanneries occidentales et celle de la colonisation ont des traits communs, certes (« les paysans (européens) vivant du fruit de leur travail, dans une économie locale de subsistance (…) eux aussi ont été emportés par le développement industriel, l’essor de la puissance technique, l’accélération des transports, l’élargissement des marchés »), mais d’autres qui divergent.

Car jusqu’ici les paysan·nes français·es, décimé·es en tant que groupe, sont pour la plupart passé·es dans l’ascenseur social, sont devenu·es prof de fac ou de collège, infirmièr·es ou vendeurs de chaussures, et non laveurs de voitures aux carrefours de métropoles hyper polluées (5). Il n’y a pas en Europe d’agriculture latifundiaire alors que dans les pays ayant une histoire coloniale la terre a toujours été considérée comme terra nullius, n’appartenant à personne (qu’elle soit couverte de forêts comme à Bornéo ou exploitée par une population nombreuse comme à Java) et donc offerte à l’accaparement, des planteurs coloniaux puis des grandes compagnies. Ignorer les spécificités de l’histoire coloniale, c’est non seulement une faute morale quand on s’exprime sur ces questions, mais c’est surtout se priver de comprendre les tendances du monde contemporain. Aujourd’hui le sort particulier que le capitalisme mondialisé a réservé aux colonies s’étend aux pays riches, comme l’explique brillamment Xavier Ricard Lanata dans La Tropicalisation du monde(Puf, 2019). La dévoration de l’autre, de l’inférieur, du sujet colonial, était acceptable mais ne l’est plus quand elle s’étend à la dévoration de ce citoyen occidental au centre du récit républicain, lui qui s’était fièrement rebellé contre son asservissement politique puis économique en 1789, tout le long du XIXe siècle et une partie du XXe. Inacceptable et incompréhensible, d’où des protestations qui peinent à toucher du doigt cette inféodation de l’État au Capital mais s’expriment avec beaucoup plus de facilité contre des boucs émissaires, les populations non-blanches des pays occidentaux ou (dans la version élégante des journaux) leurs porte-parole et leurs allié·es. Toujours prendre le chemin qui descend quand on est Anvélaut, et qu’importe où on va.

Le troisième argument de cet article facile, c’est : « La pensée occidentale, ça dépend ce qu’on en fait. » L’auteur défend l’héritage de la Grèce antique et celui des Lumières (6), en reconnaissant qu’il est ambivalent. L’article commence même avec une critique du développement en tant que « croyance occidentale » (Gilbert Rist) ou « occidentalisation du monde » par Serge Latouche, renouant avec cette dimension fondamentale de la décroissance. Mais ne prenons que le meilleur de cette pensée occidentale ! Pour un auteur qui oppose les pensées anti-racistes à une critique exigeante du fait technique, l’invitation est douteuse puisque c’est justement le discours commun sur la technique, qui aurait des bons et des mauvais usages entre lesquels on pourrait choisir. Or on ne peut pas choisir un couteau à couper le steak qui soit incapable de se ficher également dans une chair vivante, selon l’exemple consacré. C’est le même objet ambivalent qui contient tous les usages auxquels il est, sinon destiné, du moins adapté. Le droit d’inventaire est limité… C’est pourtant ce que semble vouloir faire Anvélaut, se rangeant derrière Jacques Ellul et Cornelius Castoriadis, maîtres à penser de l’écologie politique, tous deux louant certains aspects de la civilisation occidentale, vingt-cinq siècles d’une histoire qui est par ailleurs homogénéisée et mythifiée. Quand on y regarde de plus près, on découvre par exemple que la pensée de la Renaissance était analogiste alors que celle d’aujourd’hui est naturaliste, selon la typologie de l’anthropologue Philippe Descola, et ça change un tout petit peu le rapport au milieu naturel (7). C’est un peu plus compliqué que ce storytelling républicain glorifiant l’« Occident » (et c’est simplement l’envers du mythe du bon sauvage dont Anvélaut note avec pertinence la simplicité).

Anvélaut lance également quelques piques contre un mouvement intellectuel influencé par Bruno Latour et Descola et qui met au centre de la crise écologique le rapport anthropologique entre humains et non-humains. Je ne sais pas si ces piques ont été précédées d’attaques plus frontales. Ce serait utile et ça a été fait ailleurs, notamment par Aurélien Berlan qui a pris la peine d’argumenter. Chacun·e met au centre de cette crise ce qui lui semble le plus pertinent : le rapport colonial, le rapport entre humain et non-humain, les rapports de production capitalistes, la technique et même le patriarcat. Peut-être que personne n’a tout à fait tort, que ces différents éléments s’imbriquent : par exemple la technique est aussi la nouvelle frontière, sans cesse repoussée, du capitalisme. On peut ne pas être d’accord entre écologistes et se le dire sans s’aligner sur des fascistes.

En septembre 2019, La Décroissance me tombait dessus, m’accusant de « harcèlement » envers l’auteur de La Reproduction artificielle de l’humain contre qui j’avais échangé des arguments politiques sur un réseau social confidentiel (sans limite de signes). J’avais fini par comprendre et par dévoiler que mon interlocuteur était l'auteur, caché derrière un deuxième pseudo pour louer sans nuance son propre livre. La Décroissance me critiquait également pour ma présence sur Twitter avec l’« adulescent » Mickaël Correia, un bon camarade à qui l’ont doit une excellente série de reportages sur le détricotage de la loi climat par les lobbies – ce qui lui vaudra peut-être un jour de se retrouver en « écotartuffe » ou « saloperie que nous n’achèterons pas ce mois-ci » dans les pages de La Décroissance. Mais est-ce que le « journal de la joie de vivre » assure mieux que les réseaux sociaux en ligne (Facebook, Twitter et leurs alternatives) la qualité du débat public ou à tout le moins du débat dans la sphère écologiste radicale ? Pas vraiment, non, avec son manteau d’Arlequin de propos haineux ou diffamatoires et d’articles intéressants, sous la houlette d’un patron catholique et républicain borné qui à ma connaissance (mais je lis peu ce journal) n’a jamais laissé s’exprimer le moindre débat dans les pages de La Décroissance entre lui et ses rédacteurs plus anarchistes. Pas de quoi donner des leçons d’intelligence et de tolérance dans un monde où ces vertus commencent à bien manquer. À l’époque, il m’avait semblé déloyal de porter plainte pour diffamation car même si le harcèlement est un fait grave, nous ne sommes pas si nombreuses et nombreux à porter l’écologie radicale. Aujourd’hui, je n’aurais pas ces scrupules, après cette belle allégeance à l’extrême droite, d’Éric Zemmour à Emmanuel Macron et Manuel Valls. Et nul doute que les recettes de ce numéro spécial racisme, qui a séduit jusqu’à mes voisin·es très à droite, devrait pouvoir éponger la douloureuse.

NB : J'utilise le mot fascisme dans le sens que lui donne une amie historienne. C'est une idéologie qui tente de déchirer le corps social aux dépens de minorités et dans un intérêt bien compris.

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(1) Un petit mot sur cette fâcheuse décision des « algorithmes ». Cela fait des décennies que les linguistes qui travaillent avec l’outil informatique étudient les éléments du lexique dans leur environnement. Les robots de Twitter savent aussi faire la différence entre « fière + gouine » et « sale + gouine ». Quand la directrice de Twitter France en charge de ces questions est une LREM, les problèmes ne sont pas techniques, ils sont politiques. 
(2) « Assez d’atermoiements, l’heure est grave, le travail est colossal ; ne perdez pas de temps et sachez que nous sommes disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation. Par contre, si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. » Valeursactuelles.com, 21 avril 2021. 
(3) Elles se nourrissent les unes des autres, par exemple les violences de la pauvreté, mais je rêve que les féministes s’emparent mieux des questions économiques et que des contributions au débat comme Le Genre du capital de Bessière et Gollac (un ouvrage très important chroniqué ici) posent les bases de ce nouveau champ de bataille, dans lequel l’individualisation de l’imposition pourrait servir d’étendard. Mais je n’ai pas encore écrit dessus… 
(4) Le mot « indigène », marqué par notre histoire coloniale, signifie : sujet colonial concerné par le statut de l’indigénat. Or, il est souvent utilisé en France à la place d’« autochtone » qui est plus juste quand on parle de peuples sans État avant l’époque contemporaine. C’est souvent une traduction trop littérale des mots espagnol et anglais indígena ou indigenous
(5) Dans beaucoup de familles dont la mienne, ce passage a été vécu positivement et cette disparition d’une classe a été ambivalente. Depuis quelques décennies, elle n’est plus que tragique. Par exemple les départs en retraite sans transmission de la ferme, quand les terres sont simplement vendues au voisin, signifient une perte de sens pour le retraité et constituent l’une des raisons importantes des suicides en agriculture (lire Nicolas Deffontaines).
(6) J’ai la chance d’avoir été dix-huitiémiste dans une vie antérieure et d’avoir écrit dans le cadre de mes études sur un auteur des Lumières, Denis Diderot. La brochette de perruques poudrées parlant comme un seul homme et posant les bases de ce qui deviendrait la République est un mythe. 
(7) Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005.

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