La semaine ou l'Etat a tremblé...

Entre l'acte 3 et l'acte 4 des gilets jaunes, tout semble indiquer que l'Etat a tremblé sur ses bases. Dans cette semaine folle, la fragilité du pouvoir macronien est apparu en plein jour.

Les leaders d'En Marche sont parfois très maladroits. Ce sont souvent eux qui mettent les premiers en mots les narratifs fragilisants le Président. Lors de l'affaire Benalla, on s'en souvient, Castaner avait parlé de tentative de "destitution" du Président de la République, à propos d'une commission d'enquête sénatoriale certes pugnace (sous l'impulsion d'un Philippe Bas qui ne ressemble guère à un factieux), mais dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'est pas apte à renverser le Président dans le cadre des institutions de la 5ème.

Le même Castaner, désormais Ministre de l'Intérieur a commis coup sur coup deux boulettes du même acabit. La première, en faisant état de ses craintes d'une "tentative de putsch" de la part des gilets jaunes (quelques milliers de manifestants non organisés) et en dramatisant les violences. La seconde, en annonçant candidement avoir engagé toutes ses ressources policières durant ce week-end fatidique : une manière de reconnaître que l'Etat n'avait plus de marge.

Au Puy-en-Velay, l’accueil hostile réservé à Emmanuel Macron l'aurait profondément choqué. Si l'on en croit les divers échos dans la presse, émanant de ses proches et de ses conseillers, certains membres du gouvernement ou de leurs entourages n'étaient pas bien sûr de "passer le week-end" (ce qui montre, après l'avoir sous estimé, combien ils peinent à prendre la réelle mesure de ce mouvement). D'où le sentiment de soulagement qui a été perceptible dès le lendemain. Un soulagement (et un exercice d'auto-satisfaction) que n'est pas parvenu à doucher le rappel (émanant d'Anne Hidalgo), du fait que les dégâts avaient en fait été plus importants que la semaine précédente. 

Résultat : il semblerait que le Président n'ose plus organiser de déplacement en public. Il a annulé Biarritz dans la foulée, et n'a plus effectué depuis que des sorties dans des lieux ultra sûrs (une base militaire) ou discrètes, comme récemment dans un centre de traitement pour enfants malades du cancer. Discrète, si l'on peut dire : l’œil acéré des photographes de Mimi Marchand a immortalisé certaines scènes, en mode "photo volé"... Pour tenter de remonter la pente dans les baromètres d'opinion ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.