Lecture du monde politique et des élections en cours par Augustin le chat

Moi, Augustin, engendré chat par ma défunte mère de la semblable espèce, je vis aujourd’hui dans une maison relativement confortable. Ma démarche souple et légère, mes mouvements agiles et discrets viennent d’une propension toute instinctive à l’amour du beau. Les chats lisent, les chats s'intéressent à tout, même à la politique, et l’humanité toute entière l’ignore.

Moi, Augustin, engendré chat par ma défunte mère de la semblable espèce avec laquelle j’aurais dû périr par la faute de la cruauté des hommes, je vis aujourd’hui dans une maison relativement confortable et jouis de promenades quotidiennes. Ma nourriture est convenable bien que mes hôtes de bonne volonté n’aient pas compris que je préférais la subtilité des saveurs à la quantité de l’insipide.

Malgré cela, la couche reste agréable et j’ai eu la chance d’être recueilli dans un foyer qui porte la lecture en haute estime. La maison est ordonnée mais des piles de livres s’amoncellent un peu partout. De cette façon, je peux, à ma guise, me livrer à mon activité favorite, la lecture. 

J’ai parfait mes connaissances en anatomie, physiologie et sémiologie humaine. J’ai lu les œuvres complètes de Dostoïevski pour lesquelles j’avoue un petit faible. Je suis toujours avec un plaisir non dissimulé les nouveaux récits de Paul Auster. J’ai évidemment lu avec attention notre patrimoine littéraire français, de l’immense travail de Marcel Proust aux écrits contraints de Georges Pérec. Je me suis arrêté longuement sur l’œuvre d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann et plus particulièrement sur l’histoire d’un de mes aïeux, le chat Murr.

Pour de nombreux êtres humains, je ne suis qu’un vulgaire animal qui, pour se mouvoir, utilise ses quatre membres. Je suis recouvert de poils bien que j’aime à penser qu’ils sont plus doux et plus soyeux que la peau vieillie de certains hommes.

Ma démarche souple et légère, mes mouvements agiles et discrets, mon élégance, ma grâce viennent pourtant d’une propension toute instinctive à l’amour du beau, des belles phrases, des belles histoires, des belles images. Les chats lisent, les chats aiment lire et l’humanité toute entière, excepté ce monsieur Hoffmann, l’ignore.

La médiocrité me donne la migraine, chaque fois que je lis un ouvrage qui manque de sincérité, d’humilité, dans lequel l’agencement des mots n’est pas fluide mais rugueux, je ressens immédiatement des douleurs violentes qui, partant de mes orbites, résonnent jusque dans mes oreilles. Selon la faiblesse du récit et l’entêtement que j’ai pu mettre à poursuivre ma lecture, les maux de tête peuvent durer plus ou moins longtemps. On frappe dans mon cerveau pour me dire de cesser, les pulsations m’informent de la médiocrité, puis si j’insiste un peu, elles redoublent d’intensité et le martèlement n’est plus alors un avertissement mais une punition de m’être égaré dans le passable, l’insuffisant ou l’insignifiant.

Depuis quelques jours, des accès migraineux violents me gagnent et me laissent sans repos. La faute à votre actualité qui m’a amené à m’intéresser un peu plus à la politique, au fonctionnement de votre Etat et ses institutions.

En ce moment on vote, enfin non, que dis-je, personne ne vote, mais des élections ont lieu.

Mais pour quelles raisons devez-vous ou devriez-vous voter ? Parce que c’est un devoir ? Parce que des hommes ont donné leur vie pour que vous ayez ce droit ? Si vous voulez mon avis de matou, ils auraient mieux fait de s’abstenir, comme l’ont font la majorité des Français au premier tour. 

Car de quel droit parle-t-on ? De celui de choisir vos chefs, qui vous auront fait mille promesses, séduisantes, contradictoires et manipulatrices. Promesses qui disparaitront au profit de l’amour du pouvoir, de l’argent, de petits ou grands arrangements entre amis et des égos surdimensionnés et totalement déglingués.

Mesdames, Messieurs vos dirigeants ne sont pas vos concitoyens, vous êtes leurs moyens pour accéder à une place plus que confortable. Voyez la façon dont ils s’y cramponnent. Voyez tous les stratagèmes qu’ils imaginent pour y rester.

S’ils avaient mis leur esprit et leur cœur à l’édification d’un monde meilleur, je ne crois pas que vous seriez dans cette triste situation qui légitime la misère d’un nombre toujours plus grands de vos concitoyens, l’enfer pour les non humains et le génocide du vivant.

En outre, ces gens n’ont aucun sens de l’orientation, les uns prétendent venir de droite, les autres venir de gauche. Foutaises, ils viennent tous de la haute bourgeoisie et comptent rester bien installés pendant que vous galèrerez.

Je n’ai fait aucune différence significative entre leurs partis. Les valeurs défendues sont des étendards brandis qui servent vos chers politiques à avancer masqués ou cachés. Ils vous disent ce que vous voulez entendre. Leur devise n’est pas liberté-égalité-fraternité mais plutôt diviser-contrôler pour mieux régner.

J’en ai rapidement conclu que les noms des partis étaient simplement des étiquettes, comme celles des croquettes bon marché, insipides et dangereuses pour la santé. Les ingrédients à l’intérieur sont mauvais, toujours les mêmes, il n’y a que la mention et le logo qui changent. Pour le reste, ils sont tous aussi immangeables les uns que les autres.

Mesdames et Messieurs, cessez de croire au père-noël… Dans vos paquets cadeaux, vous aurez beau demander de la fraternité, de l’écologie, du partage et vous recevrez toujours de la croissance, de la mondialisation et des inégalités maquillées. Croyez-moi, fuyez cette mascarade.

Moi, Augustin, engendré chat, je peux affirmer cela car j’ai observé tant d’humains que je sais reconnaître l’honnête homme de celui qui essaie, par un jeu machiavélique, de se faire passer pour tel.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.