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Billet de blog 26 avr. 2010

Un héros décède, des lâches passent...

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Un homme s'est fait poignardé à New-York dimanche dernier, en empêchant l'agression d'une jeune femme. Il s'est effondré sur le trottoir et a agonisé durant des heures... sous les yeux de dizaines de personnes qui sont passées à côté de lui sans même réagir. Le film de vidéo-surveillance de la rue nous offre ces images terrifiantes. De quoi me faire réagir !

Hugo Alfredo Tale-Yax. Retenons ce nom pour aujourd'hui. Demain, nous pourrons passer à celui du candidat éliminé de la Nouvelle Star, ou à celui de la nouvelle bimbo qui chantera le tube de l'été... Higo Alfredo Tale-Yax avait un nom, mais pas de maison. Il était Sans Domicile Fixe, SDF. Enfin, "sans toit fixe", parce qu'en fait Hugo était tout de même un habitant de New-York.
Dimanche dernier, très tôt, aux alentours de 6h, alors que les premiers joggers mégalos pénétraient dans Central Park, Hugo était dans son quartier "Jamaica", dans le secteur du Queens. A ce moment là, dans la rue dans laquelle il se trouvait, Hugo a vu un jeune homme tentant d'agresser une jeune femme. Il est alors intervenu, pour empêcher le drame de se produire. Malheureusement, c'est un autre drame qui s'est alors abattu sur les rues de New-York, et sur la soit-disant civilisation humaine : Hugo s'est fait poignardé par l'agresseur, qui s'est enfuit ; Hugo est alors tombé sur le sol, seul ; et Hugo a agonisé durant plus d'une heure, sur le trottoir, avant de mourir suite à cette blessure.
Hugo Alfredo Tale-Yax est mort dimanche matin sur un trottoir de New-York. Et sur ce trottoir, pendant cette presque heure et demie d'agonie, ce sont des dizaines et des dizaines de new-yorkais, donc "d'humains", qui sont passés à côté de lui. Certains ont dû l'enjamber pour passer. Certains n'ont même pas baisser les yeux sur lui, tandis que d'autres ont regardé avec étonnement l'homme qui gisait en plein milieu du trottoir. L'un des passants l'a photgraphié avec son téléphone-à-tout-faire-sauf-à-appeler-les-secours. Un autre l'a même retourné sur le dos, s'apercevant encore mieux de l'état grave de l'homme couché au sol, inconscient et perdant beaucoup de sang : il est reparti sans appeler les secours, sans rien dire, sans rien faire.
C'est seulement aux alentours de 7h20 du matin qu'un passant s'est arrêté près d'Hugo, a pris son téléphone-qui-téléphone pour avertir les secours, qui arrivés sur place n'ont pu que prononcer le décés d'Hugo.
Hugo Alfredo Tale-Yax est mort le dimanche 18 avril 2010, à New-York, là où il habitait. La dernière action d'Hugo Alfredo Tale-Yax fut héroique : il a porté secours à un autre être humain en danger, s'opposant à un agresseur armé. La cause physique de la mort de Hugo Alfredo Tale-Yax est certainement due à l'hémorragie provoquée par les coups de couteau qu'il a reçu. La cause réelle de la mort d'Hugo Alfredo Tale-Yax est le comportement des dizaines de personnes qui sont passées autour de lui sans s'y intéresser, sans appeler les secours.
Eux ne sont pas des héros, bien sûr. Ce sont des lâches. Des humains de la pire espèce : celle qui méprise les autres, celle qui pense qu'elle est le centre du monde et que tout le reste n'est que perte de temps et futilité.
Tous les jours je croise des personnes de cette espèce. Tous les jours je me dis à moi-même que leur comportement est un signe de la pauvreté de leur vie, pour ne pas être trop touchée par leur attitude.
Sauf que la mort d'Hugo me rappelle combien cette espèce humaine est nocive, combien elle peut faire des dégâts autour d'elle, dégâts qui malheureusement toucheront ceux de l'autre espèce. L'autre espèce regroupe les personnes qui n'ont pas la lacheté d'ignorer le monde qui les entoure, composé de belles et d'hideuses choses, de difficultés et de bonheurs; les personnes qui lèvent la tête dans la rue, qui sourient à des inconnus; qui disent "Bonjour" aux chauffeurs de bus ou aux balayeurs, qui au supermarché attrapent des bouteilles de jus de fruits pour une dame agée et courbée par le poids du temps; qui aident un enfant qui est tombé à se relever; qui portent les sacs de course de leur voisin jusqu'au 3ème étage pour l'aider; etc. Bref, ce sont ces humains qui perdent leur temps à vivre en interaction avec le monde extérieur, avec les autres humains, avec les animaux, avec leur ville ou leur village, ... en intéraction avec la vie, tout simplement.
Ces lâches me donnent l'impression d'être sur des rails, qu'ils ont tracés selon leurs projets, leurs envies personnelles, leurs intérêts et leurs priorité, et pour atteindre le but supreme de leur satisfaction personnelle dans l'accomplissement d'objectifs corporels, professionnels, financiers ou autres. Bien évidemment, sur ces rails, le temps est compté, et tout arrêt ou tout écart qui ne profite pas à l'atteinte de l'objectif semble être des plus dangereux. Alors ils ne s'attardent pas sur l'homme tout sale qui gît sur un trottoir du Queens, ils ne s'embêtent pas plus longtemps avec les chats qui trainent dans les rues du quartier ou qui montent sur la belle carosserie de leur si précieuse machine à rouler, ils ne perdent pas de temps à dire "bonjour" à la "pas-très-stylée-petite-femme-rondelette-d'un-certain-âge" qui vient d'enlever les traces de merde sur la cuvette des toilettes du bureau, ils ne voient même pas le Doudou qui vient de tomber de la poussette de leur voisine, ils soupirent derrière la mamie du quartier lorsqu'elle prend le temps de ranger ses courses dans son cabas au surpermarché, etc.
Des considérations de diverses importances, dont l'impact, toujours néfaste, est plus ou moins grave. Mais toujours présent. Oui, selon moi, il regne une atmosphère que je trouve de plus en plus noséabonde dans les rues de ce monde... alors moi je préfére lever la tête, ouvrir les yeux, vivre en intéraction avec le monde et tous ses habitants. Et peut-être que je verrai Hugo me faire un signe de là-haut...

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