Lettre à un ami journaliste

De février 2013 à avril 2014, avec Olivier Mukuna, nous avons créé et alimenté un site d’informations alternatives en Belgique francophone : www.femmesdechambre.be (FDC). Ce site s’est arrêté car je n’étais pas d’accord qu’il publie un article sur le procès opposant Georges-Pierre Tonnelier à Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau.

Pour rappel, le premier cité est un ex-membre du FN belge, repenti et honteux de son passé d’extrême-droite ; le second se dit « journaliste » - des guillemets sont de rigueur, j’y reviendrai - pour le site http://resistances-infos.blogspot.com ; le troisième, après avoir été sous l’emprise d’Abramowicz durant 13 ans, s’est retourné contre celui-ci en 2017 et estime désormais “problématiques” ses méthodes.

A l’époque, en 2014, trop jeune et complètement à la masse politiquement, je n’ai pas du tout saisi l’importance de ton papier, Olivier. Je pensais avec passion, d’une part, que Manuel Abramowicz était un activiste sans grande importance médiatique et, d’autre part, que tu t’attaquais à lui par « vengeance personnelle ». Je t’ai ensuite psychiatrisé et, de manière agressive, ai mis fin à notre amitié et à notre collaboration.

Or, il faut pouvoir reconnaître ses erreurs. Et lorsque c’est fait : s’excuser.

Cher Olivier, je me suis trompée comme une idiote. Non seulement, Manuel Abramowicz possède un réel pouvoir de nuisance dans notre petit milieu journalistique belge mais, de surcroît, tu n’agissais pas du tout par vengeance : tu agissais pour de nobles et légitimes raisons. Tu agissais, en bon journaliste, par souci de déontologie. En effet, dans « l’affaire Tonnelier », M. Abramowicz a récupéré ce qu’il a estimé être des informations par des moyens inacceptables : des méthodes de faussaire. Tel que l’a analysé et condamné le Tribunal Correctionnel de Bruxelles en 2014 ainsi que l’AJP (Association des Journalistes Professionnels)1. Soit un délinquant qui ne mérite pas le statut de journaliste. Pour en savoir davantage, j’invite les lecteurs à lire ton article intitulé « Procès Abramowicz : le faussaire bientôt condamné ? », que tu as, à l’époque et par ma faute, diffusé ailleurs que sur FDC : https://bruxelles-panthere.thefreecat.org/?p=1968.

Mais ce n’est pas tout. Face à l’imposture Abramowicz, tu as, à travers ton excellent travail d’enquête, montrer comment ce genre d’individu limite la liberté d’expression et la possibilité d’exprimer des opinions critiques dans notre plat pays. Ce qui, tu le sais mieux que quiconque, est impossible sans avoir sur le dos une police de la pensée politiquement correcte voire une pseudo-justice. Ainsi qu’une mort sociale et professionnelle. Celles et ceux qui lisent cette lettre l’ignorent peut-être : tu as payé extrêmement cher le fait d’avoir couvert avec honnêteté et intelligence « l’affaire Dieudonné ». A cet égard, je rappelle ton très bon livre : « Égalité Zéro - Enquête sur le procès médiatique de Dieudonné » (éditions Blanche, Paris, 2005).

 

Aurore Van Opstal et Olivier Mukuna à un concert du groupe IAM à Bruxelles en 2012 Aurore Van Opstal et Olivier Mukuna à un concert du groupe IAM à Bruxelles en 2012

 

J’étais ton amie. Et j’ai vu l’ostracisation socioprofessionnelle, la négrophobie - oublient-ils, ces imbéciles, que tu es blanc et noir et que cela ne mérite JAMAIS d’être discriminé ? -, la condescendance, l’acharnement des adeptes du terrorisme intellectuel (le CCOJB2, entre autres), le boycott des médias mainstream. Tu as souffert. Énormément. Ton courage intellectuel t’a pourri la vie. Et j’ai contribué à cela par bêtise et immaturité. Voici donc le temps de te l’écrire, Olivier : je suis désolée.

Même si je ne soutiens pas tes opinions politiques (je ne rejoins pas du tout la ligne du parti Be One pour lequel tu as été candidat aux dernières élections régionales ; j’estime leur programme trop indigéniste et contre-productif pour la lutte antiraciste), je me dois de t’adresser cette lettre car la jeune femme que je suis aujourd’hui prend - enfin ! - conscience de ta valeur en tant que journaliste. Du courage que tu as eu, en 2014, de me proposer ce papier. Et la bêtise énorme que j’ai faite de te censurer. En cela, j’ai contribué à ta mise au ban systématique et, encore une fois, j’en suis sincèrement désolée. Je le regrette. Car tu avais raison sur toute la ligne : s’opposer fermement à Manuel Abramowicz et sa clique est non seulement sain, nécessaire mais aussi courageux.

Post Facebook d'O. Mukuna en 2014 Post Facebook d'O. Mukuna en 2014

Apparemment, avoir défendu la liberté d’expression de Dieudonné selon le premier des préceptes journalistiques génère un « ni pardon, ni oubli » de la part des chiens de garde du système. Qu’ils aillent au Diable parce que l’enfer, c’est eux.

J’espère qu’on pourra à l’occasion en discuter autour d’un café et peut-être, à nouveau, converger nos cœurs contre le discours dominant des médias soumis à la bien-pensance car tu connais le proverbe congolais, móníngá : « La colère d'un homme sage se trouve dans son cœur ».

1http://www.ajp.be/telechargements/dossiers/160_dossier.pdf

2 CCOJB = Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique

 

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