Pauwels : "J'étais la personne médiatique la plus connue en Belgique"

Il était une star du petit écran en Belgique et aussi en France puis il a été arrêté, en 2017, pour un « home jacking »...à tort. Aujourd’hui, Stéphane Pauwels, animateur, raconte sa vérité dans un livre intitulé : « De la lumière à l’infamie » co-écrit avec le journaliste Michel Matton. Rencontre avec un homme, actuellement, boycotté pratiquement partout en Belgique.

Pour le public français qui ne s'intéresse pas du tout au sport et/ou qui n'a jamais entendu votre nom, pouvez-vous vous présenter et dire qui vous êtes ?

Je suis quelqu'un issu à la base du monde du football. J'ai travaillé dans des clubs ainsi que dans des sélections nationales, en l'occurrence la sélection d'Algérie. J'ai beaucoup travaillé à Lille, ainsi qu’à Monaco, Metz, Valenciennes, dans des postes de recruteur. Venant donc du sport, j'ai ensuite basculé dans le monde des médias : au début en relation avec le football, ensuite dans des émissions plus sociales comme « les Orages de la vie » (RTL-Tvi, en Belgique) où j’ai notamment pu interviewer des personnalités comme Martin Gray ou encore Charles Aznavour. J'ai donc eu l’occasion de m’entretenir dans le cadre d’émissions télé des gens qui ont eu un parcours de vie difficile, et cela représente 10 ans de ma carrière. Depuis le début de ma première télé et "le début de mes histoires", cela fait précisément 13 ans de carrière.

 

Pouvez-vous expliquer le titre de votre livre : « De la lumière à l’infamie ? »

Le 28 août 2018, je suis en interview avec Eric-Emmanuel Schmitt en radio, une longue interview de 2 heures. Et c’est précisément à ce moment-là que la police débarque pour venir me chercher ! Je ne comprends évidemment pas pourquoi ni ce qui se passe... Je pense à des raisons familiales où il serait arrivé quelque chose à des proches, et en fait non on vient m'arrêter ! Le lendemain au JT de 13h, la RTBF (ndrl : chaîne de télévision publique belge) titre "De la lumière à l’infamie", ce qui est un titre d'une violence inouïe, sans connaître le dossier ni même savoir de quoi on parle !

 

Justement ce dossier, si vous deviez le résumer au niveau des faits, rétablir votre vérité et expliquer aux gens qui n'ont pas suivi cette affaire, que diriez-vous ?

Eh bien, je me fais arrêter parce que j'aurais été complice avec une ancienne petite amie d’une vengeance envers son ancien mec et que j'aurais aidée à réaliser son forfait. Ce que je conteste formellement : je n'ai aucun lien avec les auteurs, de ces violences, ni de près ni de loin. Je ne les ai jamais vus, pas plus qu'ils ne me connaissent. Je suis arrêté pour 2 SMS qui auraient été envoyés par cette ancienne relation avec mon téléphone, de surcroît à une tierce personne, pas même aux voyous présumés ! L'idée était de demander à cette tierce personne d'aller voir les gars pour cette femme dont j’aurais été complice (car, pour l'anecdote, elle était harcelée). A un moment je dis effectivement au fameux Jamal d'aller trouver les harceleurs pour leur demander d'arrêter. Sauf qu'ils ne font pas ça et s'organisent – mon ancienne relation et Jamal, accompagnés de voyous – pour aller casser la gueule au gars et commettre un vol. 

Quand on lit le livre, on se rend bien compte qu'il n'y a aucun intérêt ni aucun mobile pour m'impliquer dans cette histoire alors que je dois commenter le match de l'équipe de France pour M6 trois jours après et que ma carrière est à ce moment-là au sommet. Ce qui est surréaliste dans cette histoire c'est que le chef d'enquête qui me charge à mort est en attente de jugement pour corruption présumée ! Je vais donc être jugé pour un dossier où cette personne a signé 95% des PV. Il y a une juge d'instruction qui l'écoute mais qui à un moment lui enlève le dossier parce qu'on se rend bien compte qu'elle s'est fait avoir par son chef d'enquête. Pour finir il y a la crise du COVID, et 2 ans après je me retrouve au tribunal avec une presse qui s'est déchaînée, qui a inventé des choses...

Tout cela est prouvé dans mon bouquin : ils ont inventé des faux SMS ("prends la voiture", "prends la Mercedes", etc.), il s'agit d'une presse qui s'est comportée comme un procureur, évidemment exclusivement à charge. J'étais la personne médiatique la plus connue du pays et ils s’en sont donné à cœur joie. Pour l'anecdote, le procureur a commencé son réquisitoire en disant : « je n'ai pas la télé et je n'aime pas le foot ». On sent qu'il fallait tuer la bête médiatique que j'étais. Du jour au lendemain ma carrière s'est arrêtée, ma vie s'est arrêtée ! Mon employeur, plutôt que de faire preuve de présomption d'innocence stoppe mon émission du jour au lendemain, mais quand Charles Aznavour décède ; cela ne les dérange pas de me remettre à l'antenne !

 

Stéphane Pauwels Stéphane Pauwels

 

Vous êtes-vous senti utilisé ?

Non pas vraiment, je pense vraiment qu'il fallait tuer la bête médiatique que j'étais, ensuite ça faisait vendre ; je parle des articles « putaclic », pas des journalistes qui font des bons papiers. Je ne m'attaque qu'à une certaine presse car il y a une presse de qualité qui s'est relativement bien comportée.

 

Comment analysez-vous cette presse actuelle qui cherche l'immédiateté, ce que vous appelez le « putaclic », ça vient d'où selon vous ?

Ça vient que la presse écrite souffre depuis les réseaux sociaux et le numérique. Et plutôt que de rester sur une ligne de conduite sérieuse, comme le font certains qui écrivent des papiers de qualité, il faut faire du clic et donc on est prêt à sortir n'importe quelle connerie (sic) sans recouper. Et ce qui est terrible c'est que lorsque c'est fait, il n'y aucun retour en arrière qui est réalisé. Un seul magazine l’a fait, en l'occurrence le Vif/L'Express où ils se sont trompés, et où une rectification a été faite. C'est évidemment appréciable au regard de cette presse qui est prête à tout pour vendre, y compris de dire n'importe quoi, sans se soucier des dommages collatéraux.

 

Je voudrais vous poser une question un peu plus solaire. La question est la suivante : comment allez-vous aujourd'hui ?

J'ai le sentiment d'une injustice et d'un acharnement ça c'est sûr. Mais j'essaie de positiver en me disant que ça m'a permis de faire un nettoyage autour de moi, de tous ces gens qui vous fréquentent parce que vous êtes une personnalité publique et médiatique. Le téléphone qui ne sonne plus du jour au lendemain, ça permet d'avancer, de réorienter sa vie et son plan de carrière. Mais j'ai aussi évidemment en travers de la gorge ce qu'on m'a enlevé et pour quoi je me suis battu pendant 30 ans, à savoir parvenir à exercer un job qui me plaisait : j'étais sur la chaîne l’Équipe tous les jours, je prenais beaucoup de plaisir, ce n'était pas que la notoriété et gagner sa vie. Il a fallu retrouver ensuite du plaisir avec des amis, avec du sport, avec le quotidien,… Ce livre est une thérapie pour moi : il a été écrit pour dire ce qui s'est passé. Ma démarche m'a conduit à être boycotté par les deux télés et des deux journaux du pays mais je m'en moque complètement.

Un rédacteur en chef qui avait osé me faire du chantage m'a même dit que maintenant que l'affaire était terminée on pourrait à nouveau aller manger ensemble. Les gens sont fous en fait ! Donc ils peuvent tout faire et ensuite il faudrait faire comme si rien ne s'était passé... Je ne suis pas d’accord. Un autre journaliste m'a parlé de rédemption. Mais quelle rédemption ? Je n'ai tué personne ! 

 

Propos recueillis par Aurore Van Opstal

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