Dutroux : Psychopathe un jour, psychopathe toujours !

Des Belges en colère se mobilisent. Ils ont décidé d’organiser une « marche noire » en écho à la « marche blanche » historique du 20 octobre 1996. 300 .000 personnes avaient défilé dans les rues de Bruxelles en mémoire des victimes de Marc Dutroux. Cette « marche noire », synonyme de deuil, se déroulera ce 20 octobre 2019.

Cette « marche noire », synonyme de deuil, se déroulera ce 20 octobre 2019. La Belgique entière se donne rendez-vous à 11h00 à la gare du Nord de Bruxelles. Les organisateurs, issus de la société civile, désirent protéger notre enfance. Ils ne comprennent pas que notre système judiciaire envisage de remettre Marc Dutroux en liberté. Ils craignent pour la sécurité de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Il n’est pas le bienvenu dans notre société.

3285 enfants violés en Wallonie chaque année. C’est le chiffre dramatique révélé par l’IWEPS. Un déni sociétal existe et perdure : des enfants sont violentés, chaque jour, dans l’indifférence presque générale des institutions censées les protéger. Enjeu de santé publique, s’il y a un visage qui symbolise dans notre plat pays l’horreur subie par les enfants, c’est bien le multirécidiviste violeur et tueur, le « monstre » de Marcinelle, Marc Dutroux. Une audience se tiendra ce 17 octobre prochain au TAP (Tribunal d’Application des Peines). Le tribunal devra statuer sur la demande de libération conditionnelle du détenu le plus haï de Belgique.

Pour rappel, le 17 juin 2004, Marc Dutroux est condamné à l'emprisonnement à perpétuité pour cinq assassinats, pour être le chef d'une association de malfaiteurs impliquée dans des enlèvements d'enfants, de séquestrations, de viols sur mineurs avec torture et de trafic de drogue. Dans cette carte blanche, nous exposons les arguments scientifiques qui nous poussent à nous battre pour que ce détenu psychopathe ne soit pas libéré.

 

Maison de Marc Dutroux à Marcinelle (région de Charleroi) Maison de Marc Dutroux à Marcinelle (région de Charleroi)

Dutroux, l’incurable

Didier De Quevy, Carine Couquelet, Julien Pierre, Daniel Kahn, Martine Van Praet, Ronny Baudewijn, Xavier Magnée… le vestiaire pénitentiaire de Marc Dutroux déborde de robes noires et d’épitoges herminées, au gré, depuis vingt ans, de ses déboires judiciaires et de ses changements de tactique.

Dans cette valse provoquant à chaque fois des séismes, si d’aucuns, sollicités, ont refusé purement et simplement d’assurer sa défense, d’autres ont fini par se désister, souvent pour le même motif d’ailleurs, comme l’avait verbalisé pour sa part maître Kahn : « Dans le délire, arrive le moment de mettre un point final » !

Marc Dutroux condamné à la prison à perpétuité en 2004 Marc Dutroux condamné à la prison à perpétuité en 2004

 

Cher monsieur Dayez, depuis le printemps 2017, vous vous êtes mis en campagne pour faire sortir votre client de prison. Effet d’annonce médiatique, vous avez même instrumentalisé la date anniversaire de l’enterrement de Julie et Mélissa pour annoncer aux parents des victimes un courrier de Marc Dutroux à leur attention.

Vous dites qu’il faut se départir de l’idée de vengeance car aussi lourde que soit la peine, elle ne sera jamais suffisante pour être à la hauteur de la souffrance des victimes. Nous pouvons vous suivre. Vous parlez de seconde chance? Nous validons encore. Si l’on veut que la rédemption prenne place dans l’esprit d’un détenu, il doit pouvoir effectivement concevoir de finir sa vie autrement qu’enfermé dans une cellule. Ce sont les fondamentaux judiciaires piliers d’un État de Droit dit démocratique.

Là où votre raisonnement déraille, cher Monsieur Dayez, c’est que Marc Dutroux est le contre-exemple parfait pour faire passer les idées que vous portez en termes de politique carcérale. Vous avez pris le risque de « défendre l’indéfendable », mais avez-vous seulement évalué la mesure et l’impact de ce choix ? Pourquoi ? D’abord, parce que votre client a été irréfutablement diagnostiqué psychopathe et que la psychopathie est un trait de la personnalité qui en l’état actuel des connaissances scientifiques ne se soigne pas. Ensuite parce qu’il est doublé d’un prédateur sexuel. Enfin, et nous vous renvoyons aux archives criminelles, parce qu’en terme de récidive prédictive, les statistiques internationales sont cinglantes. 98% des psychopathes recommencent leurs méfaits en sortie de prison, avec, en outre, une gradation dans la lourdeur des faits commis et dans une perversité exponentielle dans l’agir criminel.

Vous estimez toutefois que Marc Dutroux se serait, comme par magie, amendé. Vous voulez donc faire expertiser votre client par un collège d’experts. Le 17 octobre prochain, le Tribunal d’application des peines statuera sur cette demande. Or, tous les experts psychiatres contemporains les plus émérites s’accordent à dire que les psychopathes ont la faculté perverse en thérapie de répondre de la manière dont vous espérez qu’ils vous répondent pour faire croire au corps médical qu’ils ont changé, allant même jusqu’à manipuler les entretiens. C’est ce que l’on appelle « The mask of sanity » (NDLR : le masque de la normalité).

Alors, à l’analyse de ce portrait, hautement particulier, nous nous devons de vous contredire. Votre client est l’exception qui confirme la règle. Et vouloir protéger la société civile d’un individu qui n’est pas curable en l’état actuel des connaissances psychiatriques, ce n’est pas vouloir « se venger » ou vouloir « lui faire subir un supplice chinois », comme vous l’avancez. C’est faire preuve de précaution légitime.

Vous dites que l’avocat de la défense est en « soins palliatifs » lorsqu’il défend un individu définitivement condamné. Par cette référence médicale dont nous percevons votre sens premier, vous ouvrez le vrai débat public, scientifique celui-ci, auquel nous vous invitons en ce qui concerne votre client. Marc Dutroux n’est pas ré-insérable car il n’est pas traitable.

Dès lors, si vous estimez, monsieur Dayez, que maintenir Marc Dutroux en prison serait un terrible aveu d’échec de notre système pénitentiaire, le libérer, avec le risque établi qu’il recommence, serait un douloureux constat d’échec de notre système judiciaire.

 

Alessandra d’Angelo

Journaliste d’investigation judiciaire

Auteure de : « Pourquoi il ne faut pas libérer Marc Dutroux – Un psychopathe n’est pas amendable » - Editions Nowfuture, 2018.

 

Aurore Van Opstal

Journaliste, réalisatrice et autrice

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