« On ne peut pas être féministe quand on se soumet au patriarcat arabo-musulman »

Fatiha Agag-Boudjahlat est âgée de 39 ans, elle est née le 29 décembre 1979 à Montbéliard (Franche Comté). Elle est enseignante en collège depuis 14 ans, elle a été secrétaire du MRC (chevenementiste) en charge de l’éducation de 2015 à 2017. Elle a démissionné pour ne pas soutenir Benoît Hamon. Militante française féministe universaliste, elle a cofondé « Vivre la République » avant de le quitter.

Elle a publié une soixantaine de tribunes et de textes d’analyse dans des médias https://www.mediapart.fr/abo/confirmationdivers ( Revue des deux mondes, Marianne, Figaro Vox), avec des passages télés (France 5, Cnews, LCI).

Son premier essai, Le Grand Détournement s’est vendu à 8000 exemplaires et a été finaliste du prix du livre politique de l’Assemblée Nationale en 2018. Début 2019, elle publie Combattre le voilement, toujours aux Éditions du Cerf. Elle assure aussi la fonction de juge-assesseure au Tribunal pour Enfants et a intégré cette année le comité pluralisme, indépendance et honnêteté de l’information du groupe Next Radio. Elle promeut une dignité universelle pour toutes les femmes du monde et s’engage dans la protection de l’enfance. Irritée par les féministes intersectionnelles qui présentent le port du voile des musulmanes comme un « habit comme un autre », Fatiha Boudjahlat se montre vindicative dans son combat contre la religion islamique qu’elle estime machiste. Nous avons voulu en savoir plus sur son ouvrage. Rencontre.

Votre essai s’intitule « Combattre le voilement ». Est-ce que combattre le port du voile ce n’est pas par extension stigmatiser les femmes musulmanes qui le portent ?

Si on veut être logiques, en le portant, c’est elles qui se stigmatisent toutes seules puisque c’est leur choix. Je m’attache au stigmate volontaire, le voilement, en quoi il signifie le consentement à suivre une orthodoxie stigmatisante en elle-même pour les femmes. Et je dis que les femmes qui se voilent stigmatisent les femmes musulmanes qui ne se voilent pas et apparaissent ainsi comme mauvaises musulmanes.

« (...) l’obsession du voile chez les féministes blanches qui veulent bien être solidaires d’autres femmes à condition de rester leurs grandes sœurs. C’est le propre d’un féminisme civilisationnel et impérialiste » (Françoise Vergès). Que pensez-vous de cette citation ?

Je dirai à cette femme millionnaire dont la famille s’est emparée de l’île de la Réunion et y a régné en colons qu’elle doit donc savoir de quoi elle parle. Mais l’obsession du voile est du côté des indigénistes et des islamistes qui vont devant toutes les institutions pour en faire l’alpha et l’Oméga de la liberté de la femme. Que fait Mme Vergès à part être la grande sœur condescendante qui prétend me dire comme vivre authentiquement mon identité de fille d’immigrés ? Enfin, les féministes blanches bourgeoises sont plus nombreuses du côté de R. Diallo et de F. Vergès que du mien ou de celui de Zineb El Rhazoui. C’est fou comme elles traquent le patriarcat blanc partout et absolvent son pendant arabo-musulman. Les hypocrites.

"Combattre le voilement" - F. Boudjahlat / Editions du Cerf - mars 2019 "Combattre le voilement" - F. Boudjahlat / Editions du Cerf - mars 2019

Son premier essai, Le Grand Détournement s’est vendu à 8000 exemplaires et a été finaliste du prix du livre politique de l’Assemblée Nationale en 2018. Début 2019, elle publie Combattre le voilement, toujours aux Éditions du Cerf. Elle assure aussi la fonction de juge-assesseure au Tribunal pour Enfants et a intégré cette année le comité pluralisme, indépendance et honnêteté de l’information du groupe Next Radio. Elle promeut une dignité universelle pour toutes les femmes du monde et s’engage dans la protection de l’enfance. Irritée par les féministes intersectionnelles qui présentent le port du voile des musulmanes comme un « habit comme un autre », Fatiha Boudjahlat se montre vindicative dans son combat contre la religion islamique qu’elle estime machiste. Nous avons voulu en savoir plus sur son ouvrage. Rencontre.

Votre essai s’intitule « Combattre le voilement ». Est-ce que combattre le port du voile ce n’est pas par extension stigmatiser les femmes musulmanes qui le portent ?

Si on veut être logiques, en le portant, c’est elles qui se stigmatisent toutes seules puisque c’est leur choix. Je m’attache au stigmate volontaire, le voilement, en quoi il signifie le consentement à suivre une orthodoxie stigmatisante en elle-même pour les femmes. Et je dis que les femmes qui se voilent stigmatisent les femmes musulmanes qui ne se voilent pas et apparaissent ainsi comme mauvaises musulmanes.

« (...) l’obsession du voile chez les féministes blanches qui veulent bien être solidaires d’autres femmes à condition de rester leurs grandes sœurs. C’est le propre d’un féminisme civilisationnel et impérialiste » (Françoise Vergès). Que pensez-vous de cette citation ?

Je dirai à cette femme millionnaire dont la famille s’est emparée de l’île de la Réunion et y a régné en colons qu’elle doit donc savoir de quoi elle parle. Mais l’obsession du voile est du côté des indigénistes et des islamistes qui vont devant toutes les institutions pour en faire l’alpha et l’Oméga de la liberté de la femme. Que fait Mme Vergès à part être la grande sœur condescendante qui prétend me dire comme vivre authentiquement mon identité de fille d’immigrés ? Enfin, les féministes blanches bourgeoises sont plus nombreuses du côté de R. Diallo et de F. Vergès que du mien ou de celui de Zineb El Rhazoui. C’est fou comme elles traquent le patriarcat blanc partout et absolvent son pendant arabo-musulman. Les hypocrites.

Dessin de Cabu mort assassiné le 7 janvier 2015 à Paris lors de l'attentat djihadiste contre la rédaction de Charlie Hebdo Dessin de Cabu mort assassiné le 7 janvier 2015 à Paris lors de l'attentat djihadiste contre la rédaction de Charlie Hebdo

On entend souvent que le voile musulman est le même que celui porté pas les sœurs catholiques d’antan. Qu’en pensez-vous ?

Les sœurs catholiques continuent de le porter, elles vivent ensemble, restent vierges - sauf si elles ont le malheur de tomber entre les griffes de certains prêtres prédateurs sexuels -, se consacrent à Jésus : elles font partie du clergé. Quel rapport alors ? Tant dans la signification et les obligations qui vont avec, que dans la proportion numérique ? Les sœurs sont les subordonnées des prêtres. Leur voile renvoie au même triptyque énoncé plus haut. Cette comparaison me donne donc plutôt raison. Je combats le voilement, quel qu’il soit : celui des femmes juives se rasant la tête et portant une perruque comme celui de ma communauté culturelle.

Comment réagissez-vous en voyant des petites filles, de moins de 15 ans, voilées?

Je suis toujours choquée, j’en veux aux parents de surjouer les pieux à peu de frais aux dépens de leurs enfants et j’en veux à nos politiques lâches. Il ne s’agit pas de laïcité. Il s’agit de protection de l’enfance et de dignité. C’est une façon de sexualiser précocement les filles, de leur faire comprendre que leur chemin est différent de celui des hommes, qu’elles sont à la fois des proies qui doivent se protéger et une vulnérabilité pour l’honneur de la famille. Ces fillettes veulent plaire à leurs parents. Où est le libre choix ? On est parvenu en France à interdire les concours de mini-miss au nom de la protection de l’enfance, on doit le faire aussi vis-à-vis du voilement qui habitue les filles à être secondes et secondaires.

@Christian Lemontey @Christian Lemontey

Le port du voile n’est-il pas un attribut identitaire et culturel avant d’être un attribut cultuel ?

C’est la grande arnaque. S’il est cultuel, on peut en réglementer l’usage et le critiquer. S’il est culturel et identitaire, on touche à l’anthropologie, à la communauté, à la transmission. Ce voilement ne vient pas du Maghreb mais d’Arabie. Donc il n’est pas identitaire ou culturel. Et la culture n’est pas figée. Elle doit évoluer. Au nom de quoi l’islam serait-elle à ce point une religion à part, dont la culture ne devrait pas évoluer ? Et quand je dis culture, je parle de ce que des hommes des siècles éloignés ont fixé comme règles qui les arrangeaient.

Nous évoluons. Nos cultures aussi. Sinon, pourquoi combattre l’excision, les mariages précoces et forcés, la polygamie, tous présentés comme culturels ? Les cultures doivent évoluer, et elles ne se trahissent pas en le faisant, avec les progrès de la conscience humaine en matière de droit des femmes, des minorités, des enfants, des animaux. Je demande de la cohérence : ce qui a été arraché à l’Église catholique, le pouvoir qu’on lui refuse, à elle et aux évangélistes du Brésil, au nom de quoi devrions nous l’accepter pour l’islam ?

Porter le voile signifie-t-il se replier sur sa communauté ? N’est-ce pas justement le rôle de la république française d’être tolérante envers les croyances religieuses ?

Elle ne doit pas être tolérante, elle doit être neutre. La question du multiculturalisme, qui n’est pas la multiculturalité, est posée : des droits qui diffèrent selon les communautés auxquelles vous êtes assignées à la naissance.Le repli sur sa communauté est davantage le fait de la ghettoïsation, qui, de subie, devient normale et même désirable en termes d’accès à des services communautaires, tout en étant dans l’ostentation du bon musulman, ou du « surmusulman » pour reprendre l’expression de Fethi Benslama.

En quoi combattre le voilement est un acte politique selon vous ?

Parce qu’il ne s’agit pas de théologie, de biologie ou de race. Il s’agit de féminisme et de défense de la dignité humaine, ce sont des combats éminemment universels, donc politiques.

Faut-il légiférer contre le voile? Comment ? Pourquoi ?

Les attaques sont multiples pour faire évoluer la loi dans un sens plus accommodant pour les radicaux. Je préfère notre système à celui de la Belgique : que vous a apporté votre générosité ? Plus de mixité ? Moins d’attentats ? C’est l’inverse qui se produit, au Canada comme en Angleterre comme en Belgique, la Tolérance sert de tremplin aux leaders religieux les plus orthodoxes pour coaliser leur communauté autour d’une piété ultra-orthodoxe et séparatiste. Je demande à interdire le voilement des fillettes jusqu’à leur entrée au lycée. Pour le reste, notre Droit est bien fait, mais le Conseil d’État et l’Observatoire de la laïcité, le harcèlement judiciaire du CCIF contribuent à évider les lois de leur bon sens et de leur cohérence.

Le voile, le fait de le porter ou de le combattre, est-il un symbole féministe ?

Jamais, nulle part. On ne peut pas être féministe quand on se soumet au patriarcat arabo-musulman. Les cheveux ne sont pas un organe génital, une femme non voilée, une proie et les hommes, des violeurs incontrôlables.

Est-ce qu’il n’y a pas un individualisme favorable à la montée de l’islamisme en Europe ?

On présente souvent le religieux comme la seule source de transcendance face à ce monde occidental si individualiste. Le monde ouvrier, syndical, associatif, caritatif prouve que l’Occident est dans le bon individualisme : celui qui fait de l’individu un sujet de droit. A lui après de faire ses choix d’engagement. Le « Je » n’annule pas le « Nous ».

Que répondez-vous à ceux qui affirment que le voile serait souvent porté par choix et qu’exclure les femmes voilées de certains espaces nuirait à leur émancipation ?

Je réponds bien sûr, et je pars de cette base dans mon livre. Cet argument de la coercition est obsolète et contre-productif. Mais il faut s’interroger sur la construction du consentement. S’il est basé sur l’alternative : voilée=pure=bonne réputation, non-voilée=pute=mauvaise réputation et droit d’être importunée, où est la liberté de choix ? Et je considère que la dignité surpasse en valeur cette liberté détournée réduite à une puissance d’agir.

Ce ne sont pas les femmes qui sont exclues, ce sont des femmes qui ont fait un choix, parce que la religion est un choix, et que le degré d’orthodoxie de leur pratique est un choix aussi : ce n’est pas à la société d’assumer et de s’adapter à ces choix, mais à elles !

Quant à l’argument de l’émancipation, il est profondément paternaliste, ah le burkini serait une étape qui permettrait aux femmes de nager et de prendre le chemin de l’émancipation pour renoncer d’elles mêmes au voilement...c’est l’argument condescendant de l’extrême -gauche qui espère les faire évoluer. L’entrisme se fait toujours dans l’autre sens. J’ai plus de respect pour le choix de ces femmes. Qu’elles l’assument.

 

Propos recueillis par Aurore Van Opstal

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