Logement insalubre : "Notre famille malade craint le Covid-19"

Mounir Fikri et son épouse, Priscillia Lamy, vivent dans un logement inhabitable, insalubre depuis cinq ans à 6250 Aiseau-Presles (Province du Hainaut) avec leurs trois petites filles. Ils ont interpellé l’ensemble des autorités compétentes afin d’obtenir de l’aide : sans succès.

Une famille vit dans un logement insalubre, est malade et craint d’attraper le COVID-19

Alors que le confinement est prolongé jusqu’au 19 avril, Mounir Fikri craint pour sa famille qui tombe régulièrement malade. Reportage.

Le cadre du quartier situé près de l’administration communale d’Aiseau-Presles (Province du Hainaut) est verdoyant et laisse présager une vie paisible. Pourtant, à la Rue Pierre aux Rossignols, appartement n° 1/8 vit une famille de cinq personnes en plein désarroi. Monsieur Fikri nous raconte sa situation : « Nous sommes une famille belge : mon épouse, nos trois filles en bas âge et moi. Nous vivons depuis presque cinq années dans un logement insalubre situé dans une cité sociale. L’appartement nous est loué par « Sambre et Biesme », société wallonne de logement. Dès le premier mois d’installation, des champignons sont apparus dans la chambre des filles. Le père de famille ajoute : « Depuis lors, nous sommes toujours malades particulièrement nos petites filles. Nous en avons parlé plusieurs fois à la société de logement : aucune réaction. Nous avons évoqué également la situation avec notre assistante sociale au CPAS sans que rien ne soit effectué pour nous aider à déménager. Enfin, j’ai interpellé le bourgmestre socialiste d’Aiseau-Presles, Monsieur Jean Fersini, ainsi que le Juge de Paix de la commune de Châtelet et ils m’ont dit ne rien pouvoir faire ».

Des champignons sont présents dans l’appartement Des champignons sont présents dans l’appartement

Concernant les conséquences sur la santé de sa famille, Mounir Fikri déclare : « Deux médecins différents nous ont donné des certificats qui certifient que notre famille est souvent malade à cause des champignons qui sortent des murs humides de l’appartement. Normalement, nous devrions porter des masques en permanence. Notre système immunitaire est affaibli et vu l’épidémie de Coronavirus, j’ai très peur surtout pour mes filles ! En plus, nous sommes trop nombreux dans l’appartement : ma mère a dû venir habiter avec nous à la suite de son divorce au début de l’année 2019 … ».

 

Vidéo du logement insalubre à Aiseau-Presles (Belgique / Hainaut) © Aurore Van Opstal

En dernier recours, la famille a fait appel à la Région Wallonne qui a déclaré l’appartement inhabitable. Priscillia Lamy, la mère de famille, désespère face à la situation d’autant plus qu’elle évoque des revenus très précaires : « Cela fait plus d’une année que le CPAS nous donne seulement cent euros par mois et nous laisse dépenser l’argent des allocations familiales pour vivre étant donné que nous sommes en médiation de dettes à la suite de problèmes financiers liés à nos revenus extrêmement faibles. C’est triste et scandaleux : nous n’avons pas d’argent pour déménager ou louer dans le privé ! Nous avons déjà du mal à payer les 330 euros de l’appartement inhabitable qu’on habite actuellement ».

La Région Wallonne a reconnu l’appartement inhabitable La Région Wallonne a reconnu l’appartement inhabitable

Cette navrante histoire ne se termine pas là. Monsieur Fikri sonne une autre sonnette d’alarme : « J’ai découvert une cheminée à cendres gris, volcanique, explosive et dangereuse située en face de la gare d’Aiseau-Presles. C’est un des types de cheminées les plus dangereux. Tout le village entend les déflagrations des éruptions ! ». Face à cette découverte, Mounir Fikri a réagi : « Il y a plus de trois ans, je l’ai signifié à la Région wallonne étant donné que cette cheminée représente un danger pour les habitants situés à proximité et ils n’ont rien fait ! J’en ai également parlé au Bourgmestre Fersini et ce dernier m’a promis d’envoyer une personne compétente pour constater la situation mais cela n’a jamais été fait non plus ! ».

La Juge de Paix du canton de Châtelet/Aiseau-Presles, Fabienne Denoncin, se veut rassurante : « Malheureusement, je ne peux m’exprimer pour des raisons déontologiques sur un cas particulier. Dans la situation présente, je n’ai, de toute façon, pas connaissance de procédure réalisée par cette famille. Etant donné qu’ils n’ont fait que passer un coup de téléphone, je ne peux pas m’emparer de leur situation. Ils doivent introduire une demande pour qu’en tant que Juge de Paix, je juge la situation. Soyez rassurés sur le fait que je suis très sensible aux questions de précarité et d’insalubrité des logements. Si cette famille rentre les documents requis et une demande en bonne et due forme, je me pencherai sur la question ». Nous avons communiqué cette réponse à la famille Fikri qui se dit « soulagée d’obtenir une réponse concrète ».

La famille est régulièrement malade atteste des certificats médicaux La famille est régulièrement malade atteste des certificats médicaux

Quant à la société de logement « Sambre et Biesme », son président, Fabian Lemaitre, nous répond : « Il faut savoir que 08/10/2018, cette famille a introduit une demande de mutation pour obtenir un logement 3 chambres car Madame était enceinte. Or, la famille n’a opté que pour une maison. La famille refuse de se voir transférer dans un appartement ».  Fabien Lemaitre poursuit : « J’ai été interpellé par le CPAS d’Aiseau vis-à-vis de cette situation et vis-à-vis de l’état du logement. En ce qui concerne la demande de mutation, j’ai été limpide : la famille a droit à 4 chambres et donc le délai d’attente serait très long. Je précisé que dans l’éventualité où la belle-mère quitterait le logement, le couple devrait envisager de modifier sa demande de mutation en optant pour un appartement, ce qui raccourcirait le délai d’attente à 1 mois ou 2… ».

A suivre.

Aurore Van Opstal

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