Varga, Piro, Laurent, Nihoul, évasions : retour un parcours criminel

« Ce qu’un homme construit, on peut le démolir » était la devise de l’ancien grand bandit, Serge Thiry, 65 ans. Actuellement, il s’occupe de son ASBL « Extra Muros ». 5 évasions à son palmarès et 27 ans de prison. Aujourd’hui, Thiry revient pour nous sur son parcours criminel.

« Nous avions fait rentrer de l’explosif à la prison de Verviers. On a fait péter les murs ! » D’emblée, le ton est donné. Cet homme-là a changé mais à l’époque, dans les années 70 et 80, c’était un vrai voyou. Il évoque sa résilience, sa réhabilitation. Thiry donne des conférences dans les écoles. Ce n’est plus la même personne. Exceptionnellement, pour nous, il revient sur les « années dures » de sa vie.

Evasion de Jamioulx et Michel Piro

« Lors de mon transit entre la prison de Jamioulx et le palais de Justice, je m’étais procuré une arme, cachée dans la bibliothèque de la prison et me suis évadé. Il n’y avait pas de GSM à l’époque. Je me suis donc arrêté avec Mohamed Djedaïni, à Nalinnes, près du futur bar « L’Arche de Noé » et j’ai rencontré Michel Piro », raconte Serge Thiry. Il poursuit : « On venait de faire un braquage : 33 millions de francs belges en lingots d’or. La ‘Casa De Papel », on l’a vécu à notre niveau. Je connaissais des gens à Charleroi : la bande à Rafione, des braqueurs de poste. Mais ce jour-là, j’ai rencontré Véronique Laurent, prostituée et Michel Piro, son compagnon mais aussi son ‘mac’ ».

Serge Thiry revient sur son passé criminel © Aurore Van Opstal

Pour Serge Thiry, le milieu du grand banditisme et du « sexe » était deux milieux séparés, il ne voulait pas entendre parler de pédophile ou de traite d’êtres humains. Il ignorait alors que Michel Piro était un grand ami de « Monsieur Charleroi », Roger Dupuis et que des années plus tard, il serait assassiné suite à « des révélations à faire » dans l’affaire Dutroux.

« En 1984, Djedaïni a eu un béguin pour Véronique Laurent. Quand on a vu que c’était un bar à filles, on est restés 3 jours et on a payé des bouteilles. On est parti au Festival de Cannes, à Antibes. Moi, avec une prostituée Josiane H. et Djedaïni avec Véronique Laurent. J’ai d’ailleurs épousé Josiane H., plus tard. On a filé un lingot d’or à Michel Piro pour qu’il construise son bar « L’arche de Noé ». Un lingot d’or, ça valait quand même 500.000 FB », continue Serge Thiry.

Quant à la fin de l’histoire : « Ma relation avec Michel Piro s’est arrêtée en expédition punitive. Quand on a été arrêtés, il n’a pas voulu nous rendre ce qu’on lui avait avancé pour finir « L’arche de Noé ». Il y a même une serveuse qui a pris des balles dans le pied … ».

 

De gauche à droite : Serge Thiry, Mohamed Djedaïni et le serveur de l’hôtel à Antibes (France) avec Véronique Laurent, absente sur la photo De gauche à droite : Serge Thiry, Mohamed Djedaïni et le serveur de l’hôtel à Antibes (France) avec Véronique Laurent, absente sur la photo

 

Dent contre les avocats et Nihoul

« J’ai vu plein d’avocats me demander une commission sur mes lingots d’or, faire des dessous de table. J’ai même vu l’avocat B., connu du barreau de Charleroi, prendre de la coke et proposer de me défendre gratuitement. Quant au milieu aux mœurs bizarres, je ne les fréquentais pas mais j’ai un jour vu Nihoul faire du trafic de faux papiers », confie Thiry. Il ne voudra, néanmoins, pas en dire plus sur Michel Piro et Véronique Laurent, sa femme, condamnée à 15 ans de réclusion pour l’assassinat de Piro en 1999. Sur sa culpabilité, il déclare simplement : « Véronique Laurent était une victime ».

Alexandre Varga

« Je l’ai très bien connu, Varga. C’était un bandit d’honneur carolo. Je suis certain qu’il ne s’est pas suicidé en 2010. J’ai une idée de qui l’a tué mais je ne peux pas vous dire qui. », conclut Serge Thiry.

 

Aurore Van Opstal

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