Marc Botenga (PTB): «Macron et Le Pen, c'est deux faces de la même médaille»

Europe/Belgique Le Parti du Travail de Belgique (PTB) monte. Après une percée aux dernières élections communales dernières, les «camarades» de ce parti d’extrême-gauche affrontent leur prochain défi: les élections fédérales, régionales et européennes de ce 26 mai 2019. Que pensent ces «communistes du XXIe siècle» de l’Europe actuelle ? Veulent-ils en sortir ? Quid de l’Euro ?

Belgique/Europe - avril 2019

Pour en savoir plus, nous avons interrogé leur tête de liste à l’Europe : Marc Botenga, 38 ans, politologue, juriste et et conseiller politique du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) au parlement européen. Entretien.

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je suis Marc Botenga, tête de liste pour le PTB (ndlr : Parti du Travail de Belgique) aux élections européennes. Pourquoi l’Europe ? Ce qui s'est passé avec la Grèce, en 2015, m’a beaucoup marqué. L'UE a étouffé et étranglé la Grèce allant jusqu’à la fermeture des banques. La violence de cet acte vis-à-vis des familles, des ménages, m'a renforcé dans mon engagement au niveau européen.

Dans votre programme, vous êtes pour la sortie de l'austérité. Comment allez-vous faire concrètement pour sortir des traités d'austérité européens ?

On en a besoin. Nous avons besoin d'une rupture avec la logique des traités. Pour investir. Dans le social. Dans l'infrastructure, nos routes. Dans l'écologie. Sans cette rupture toutes les promesses de changement réel sont vides. Au niveau européen, les partis traditionnels ont véritablement fait payer la crise aux travailleurs. Aujourd’hui, on a, en Europe, 113 millions de personnes en situation de pauvreté ou d'exclusion sociale. On a 700.000 personnes qui dorment dans la rue tous les soirs. C'est plus que la population de Liège, Charleroi et Mons réunie.

Nous devons nous libérer notamment des règles du Semestre européen et du TSCG, le traité d'austérité. Disons que nous voulons un principe de désobéissance sociale : ne pas appliquer les règles qui signifient un recul social pour un pays déterminé. Aujourd'hui, il y a déjà un mécanisme de carton jaune par lequel pour des raisons de subsidiarité, des États peuvent s’opposer à une proposition de la Commission européenne. Nous voulons élargir cela à toutes les règles qui signifient un recul social. Qu'un État membre puisse sortir le carton rouge et dire : non, cette règle-là : c'est un recul pour ma population, je ne l'applique pas. 

 

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Le discours du PTB est un discours de résistance contre la logique européenne actuelle. Est-ce qu'il n'est pas en faveur d'une montée de l'euroscepticisme et du populisme ?

Je pense que l'euroscepticisme, il est créé par les politiques et la construction même de l'Union européenne. C’est la logique de la concurrence, gravée dans le marbre des traités européens, qui fait que les gens se sentent arnaqués par l’Union européenne. Ces traités organisent la concurrence de tous contre tous, imposent l’austérité pour faire payer le sauvetage des banques, et poussent à la libéralisation et la privatisation des services publics. Les travailleurs voient que l'UE ne signifie non pas le progrès social, comme on l'avait promis, mais le dumping social, une spirale vers le bas. Au lieu de plus de prospérité, l’Union européenne offre toujours plus d'austérité. C'est ça qui crée l'euroscepticisme.

Les politiques de Merkel et Macron, leurs politiques néolibérales, renforcent l’extrême-droite. S’il n’y a jamais de l’argent pour le logement social, jamais d’argent pour les écoles, alors on dit aux gens de se battre avec leur voisin pour la toute dernière place à l’école ou pour un logement décent. C’est ainsi qu’on crée le repli sur soi. Il faut une rupture avec cette concurrence. C'est la seule façon de contrer la montée de l'extrême droite. Macron et Le Pen, ce sont deux faces de la même médaille. Nous, on propose un projet clairement alternatif, qui remplace la concurrence par la coopération.

Est-ce que vous pensez avoir des chances d'être élu ?

C’est la question-clé en Belgique francophone. Est-ce que la voix critique et sociale du PTB obtiendra son premier siège au Parlement européen . Les sondages nous donnent 1 siège au parlement européen, au détriment du MR (ndlr : Mouvement Réformateur, parti de droite en Belgique francophone). Ce serait une excellente affaire de faire basculer ce siège à gauche !

Est-ce que vous n'avez pas peur de perdre des voix étant donné que Paul Magnette est un de vos concurrents directs à gauche et qu’il est populaire ?

Paul Magnette ne siégera pas, donc voter pour lui, c'est une voix perdue. Même plus globalement, à gauche ; le PS et Ecolo, qui défendent les traités actuels, sont déjà sûrs d’avoir des élus au Parlement européen. L'enjeu des élections européennes en Belgique est donc de savoir si à côté de leurs voix, on aura aussi un député PTB. C'est ça l'enjeu.

 

« Voter Paul Magnette, c’est une voix perdue »

 

Que pensez-vous des salaires actuels des élus européens ?

Des élus et des commissaires européens. Il faut aussi parler du salaire des commissaires européens ! Ils arrivent facilement à presque 25.000 euros par mois. Le président de la Commission, JC Juncker est carrément à 32.000 euros par mois. C'est indécent ! Ils doivent faire les lois européennes, mais comment peuvent-ils comprendre, avec ces salaires-là, ce que vit un travailleur européen qui avec son salaire n'arrive pas à la fin du mois ? Ou le vécu d’une personne âgée dont la pension ne suffit pas pour arriver à la fin du mois ?

Il n’y a pas que la question des salaires d’ailleurs. Les commissaires européens viennent bien souvent du monde des multinationales et des banques. Il n’est pas rare qu’après leurs 5 ans à la Commission européenne, ils y retournent. Cela pose question. Pour qui roule un Barroso qui après son mandat de président de la Commission passe chez Goldman Sachs ? Ou un Karel De Gucht qui après son mandat passe chez Arcelor Mittal ? Pendant son mandat : pour qui a-t-il travaillé ? Ce sont des questions légitimes. Et ça va dans l'autre sens aussi ! Le commissaire européen du climat qui était lui-même propriétaire de deux entreprises de pétrole, ainsi que l'ancien commissaire européen pour la stabilité financière qui venait lui du lobby financier : pour qui travaillent-ils ?

C'est presque caricatural mais c'est révoltant. Il faut arrêter ce système. Ces salaires créent une caste politique très loin des gens, mais en revanche très proches des multinationales.

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Ne risquez-vous pas d'être en dehors de la réalité du travailleur moyen si vous êtes élu étant donné que vous gagnerez environ 6.000 euros nets ?

Non ! C'est là où le PTB est très clair. On s'engage, avant et après les élections, à reverser tout ce qui dépasse le salaire du travailleur moyen belge.

C'est important parce qu'effectivement, si on rentre dans cette machine sans principes fermes ; on se fait bouffer par la machine. Et pour éviter ça, il faut y aller en se disant : moi, je m'engage à ne pas m'enrichir parce que la politique, ça sert à servir les gens et non pas à se servir soi-même.

Quelle est la stratégie européenne du PTB ?

L'Union européenne a été construite par les multinationales. Ce n’est pas un slogan. Dans les années 80, le processus d'intégration européenne n'avançait pas. Les grandes multinationales européennes se sont alors mises autour d'une table – la table ronde européenne des industriels – à laquelle se sont ajoutés deux personnages de la Commission européenne : Etienne Davignon, grand patron belge, et le français François-Xavier Ortoli. Donc, évidemment, quand ce sont les multinationales avec qui les Commissaires européens se mettent autour d’une table et qui discutent avec les chefs de gouvernement pour faire avancer la construction européenne, quelle forme a-t-elle pris ? Elle a pris la forme des libéralisations, du tout au marché, etc. Parce que c'est ce qui leur convient. C’est très visible dans l’Acte Unique de 1986 qui précède le Traité de Maastricht.

Cette alliance de ceux d’en-haut a pu faire, très largement, ce qu’elle voulait pendant 30 ou 40 ans, parce qu'il manquait un contre-pouvoir d’en bas au niveau européen. Aujourd'hui des luttes européennes sont prudemment en train d'émerger et nous, on veut les renforcer. Face à leur unité, nous devons construire la nôtre. Face à leur pouvoir, il y a besoin d'un contre-pouvoir. Ce contre-pouvoir viendra des luttes européennes qu'on voit chez les travailleurs de Ryanair : ils ont réussi à faire plier leur patron par des grèves européennes. Ou des dockers européens qui ont fait des grèves transnationales en bloquant les ports européens pour faire reculer la Commission européenne. Ou encore des jeunes pour le climat : eux, ils ne se sont même pas posés la question, mais se sont organisés très rapidement au niveau européen.

Est-ce qu'avec cette campagne pro-PTB vous n'êtes pas en train d'affaiblir la gauche ?

Au contraire, on la renforce, ne fût-ce que parce qu'on pourrait prendre un député à la droite. Mais plus largement, nous sommes un peu la locomotive vers la gauche. Depuis 10 ans, nous faisons campagne sur la taxe des millionnaires. C’est une taxe qui ne toucherait que les ultrariches, mais qui est fondamentale au niveau social, au niveau démocratique. Pourquoi ? Parce qu'on voit qu'il y a une concentration des richesses toujours plus importante. Après dix ans, le PS l’a ressorti de son programme et même Ecolo commence à reprendre cette revendication du PTB. On voit la même chose par rapport aux transports publics, qu'on propose de qualité et gratuits. Quand nous l’avons proposé aux élections communales de 2018, les partis traditionnels nous répondaient : non, c'est infaisable ; vous êtes populistes, vous promettez n'importe quoi... Aujourd'hui, non seulement le PS et, en partie, Ecolo, mais même au cdH, plutôt de centre droite commencent à reprendre l’idée. Nous avons donc cette fonction de locomotive vers la gauche. Si on ne veut pas que toutes les promesses électorales du PS et d'Ecolo aient leur date de péremption le jour des élections, il faudra un PTB très fort.

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70 années de paix sur le continent européen, est-ce que l'Union européenne n'est pas à cet égard une réussite ?

Bon, ne parlons pas de continent européen ! Parce que je rappelle qu’il y a quand même eu la terrible guerre en Yougoslavie. Mais, surtout, l’Union européenne se tourne toujours plus vers la guerre. Son traité de base oblige déjà les États-Membre à améliorer leurs capacités militaires. Et au niveau européen, les députés et le Conseil viennent d’adopter un Fonds européen de la défense qui inondera de milliards d’euro les multinationales de l’armement. D’autres programmes européens aussi, comme le programme spatial, ou même le mécanisme d’interconnexion pour les infrastructures, reçoivent maintenant une dimension militaire. L’Union prépare la guerre. Jusque-là, c’étaient ses États-Membre qui détruisaient des pays entiers, comme en Libye, demain ce sera peut-être sous drapeau européen. Où est-il le projet de paix ?

Est-ce qu'il n'y a pas aujourd'hui besoin de plus d'Europe pour répondre à la crise sociale et climatique ?

Je n'aime pas le faux dilemme « plus d'Europe ou moins d'Europe ». L'Europe est un continent. L'Union européenne est un ensemble d'institutions et de traités. Nous avons besoin de coopération européenne sur une série de thèmes, comme la transition écologique, l'accueil des réfugiés, ou la question de l'évasion fiscale des multinationales. Il faudrait coopérer pour s’en prendre à ces défis. Mais plus de coopération, ne signifie pas « plus d’Union européenne ». Prenons le changement climatique comme exemple. C'est quoi la façon dont l'UE veut s'en prendre à la crise climatique ? Un marché de carbone, un marché de permis de polluer, qui permet à des entreprises d'acheter et de vendre des permis de polluer, plutôt que de diminuer leurs émissions. Quand on dit « est-ce qu'il faut plus de marché du climat, plus de marché de permis de polluer », nous, au PTB, nous disons non. Il faut une coopération européenne sur la question climatique, mais elle doit servir à être plus ambitieux, à imposer des normes contraignantes aux multinationales et à rompre avec le marché. Il y a donc quelque chose de très sournois, de très dangereux dans la question de plus d'Europe ou de moins d'Europe. La vraie question est : quelle Europe ?

Que voulez-vous faire pour couper les ponts entre les multinationales et les élus européens ?

Les lobbys des multinationales sont un problème énorme. C'est dans l'ADN de l'UE. Tu arrives à la Commission européenne comme jeune diplômé; on te donne un beau costume, un bon salaire, et on te dit, tu vas écrire les lois européennes. Par où commencer ? Ben Business Europe ou un autre lobby, il a un bon texte là-dessus, tu peux partir de là. Ce que je dépeins là est à peine caricatural, malheureusement. Les multinationales interviennent à tous les niveaux de développement des lois. Certains traités commerciaux, c'est 95% des consultations qui se font avec les multinationales.

Cette Commission européenne formule des propositions de lois qui viennent au Parlement européen et au Conseil et là aussi, il y a les lobbys qui interviennent auprès des députés, des assistants, auprès des conseillers, etc.

Couper ces ponts, ça veut dire concrètement révolutionner les institutions européennes et leur fonctionnement. Nous avons quelques propositions concrètes pour ces élections. Pour commencer : un registre de transparence efficace et contraignant qui n'existe toujours pas. Deuxièmement : interdire aux députés et commissaires européens, pendant 7 ans après leur mandat, de prendre une position importante dans un conseil d'administration ou un organe décisionnel d'une multinationale ou d'une banque. Pourquoi 7 ans ? Parce que c'est maintenant la durée du cadre pluriannuel. Plus fondamentalement, il faut revoir le fonctionnement des institutions, pour garantir une influence beaucoup plus directe des citoyens. On propose le RIC (ndrl : Référendum d’Initiative Citoyenne) notamment au niveau européen.

 

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Que faire de l'article 63 ? La libre circulation des capitaux. Qu'est-ce qu'on fait de cet article au vu de l'article 48 sur la modification des traités ?

Le problème fondamental des traités, aujourd'hui, est qu'ils donnent la priorité à la libre circulation des services, des capitaux, etc. Nous, on dit que lorsqu’on prend une mesure sociale, c'est quand même dingue qu'on doive aller voir si elle est proportionnelle à la libre circulation des services et des capitaux.

Ça devrait être le contraire. Ça devrait être le capital et la libre circulation qui soient limités et utilisés en fonction des besoins sociaux et écologiques. On propose donc d'inverser la proposition. Plutôt que de partir à chaque fois des besoins du marché, ; on part du social ou des besoins de la planète. On n'est pas contre en soi d'avoir une libre circulation, certainement des personnes, mais on dit priorité absolue au social et à la planète et en fonction de cela on regarde quelles les mesures sont nécessaires. Aujourd'hui, c'est le contraire.

C'est ça aussi toute l'idée d'avoir une Europe des gens et pas de l'argent. Aujourd'hui, même une mesure sociale va partir des besoins du marché. Nous, on dit ; partons des besoins du social !

Par rapport à l'article 48, la complexité de changer les traités ; là aussi il faut changer d'approche. Quand on veut changer les traités, on ne peut faire ça qu'à travers un rapport de force, dans différents pays. On dit souvent "il faut l'unanimité, vous n'y arriverez jamais". Si on a un mouvement fort qui sait faire bouger les lignes, on peut commencer un rapport de force au niveau européen. Il y a des exemples : le CETA, le TTIP ont failli échouer à cause de la mobilisation dans différents pays. On peut créer ces rapports de force contre les traités actuels, et en tous cas pour des principes fondamentaux : contre la concurrence, la marchandisation, l'austérité et dire : voilà, nous n'en voulons plus.

J'y crois vraiment. On l'a vu au moment de la crise de 2008.

En 2008, qu'est-ce qui se passe ? Il faut sauver les banques. Sauver les banques c'était illégal au vu du droit européen. Ils ont mis toute une série de mécanismes à côté pour sauver les banques, parce qu'il y avait urgence bancaire.

Aujourd'hui, il y a urgence sociale et certainement urgence climatique aussi. On peut mettre ces traités de côté pour sauver le social, pour sauver la planète. L'important là-dedans, c'est le rapport de force.

Il y avait un rapport de force des banques qui pesaient sur les politiques. Maintenant, c'est aux travailleurs de peser sur les politiques pour changer de cap.

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Vous refusez l'austérité mais ne refusez-vous pas de voir que c'est la conséquence d'une monnaie forte, l'euro qui est fort par rapport aux autres devises, puisque ou bien la monnaie dévalue et c'est une forme de protectionnisme ou vous diminuez les salaires et les allocations ?

Le problème est toute la structure économique et du modèle basé sur la compétitivité en place, pas que la monnaie. Mais certes, c’est une monnaie destinée d’abord à permettre aux multinationales européennes de prendre leur place dans la concurrence mondiale. Les grandes entreprises au Japon et aux États-Unis ont une monnaie, les multinationales européennes en voulaient une seule aussi pour prendre « leur » place sur les marchés mondiaux. Aujourd’hui, le modèle économique basée sur les exportations touche à ses limites. Avec notamment un ralentissement de la croissance en Chine, la grande puissance exportatrice qu’est l’Allemagne se trouve en difficultés aussi, ce qui a un impact direct sur des pays comme la Belgique.

Au sein de l’Union, au niveau national, et notamment pour les pays du sud de l’Europe, l’effet de la perte de leviers macro-économiques comme la dévaluation monétaire a été renforcé par l’interdiction d’investir publiquement. Les critères dits de convergence de Maastricht, qui devaient faire rentrer dans un même carcan des économies très différentes, ont en fait renforcé le fossé entre pays. Ces critères ont été rendus progressivement plus stricts et plus contraignants avec des sanctions pour obliger les États à les respecter.

Le TSCG, par exemple, a introduit un nouveau critère du 0,5% de déficit budgétaire structurel, ce qui veut dire qu'on ne peut avoir pratiquement zéro déficit budgétaire sur une année.

Loin de convergence, la gouvernance économique européenne a stimulé la divergence entre les pays. L'Allemagne en a bénéficié énormément. Enfin, les grandes entreprises allemandes, pas le retraité allemand qui doit aller chercher de la nourriture dans les poubelles. L'Italie en revanche - qui était la deuxième puissance industrielle de la zone euro avant la France – a perdu 25% de sa capacité productive. C'est énorme. Et ne parlons même pas de la Grèce.

Et finalement, oui, cette logique de la compétitivité renforce aussi les inégalités au sein des pays. Au nom de la compétitivité, on passe à une dévaluation interne, c’est-à-dire une destruction des salaires.

La France doit elle faire comme le Royaume Uni et quitter l'Union européenne via l'article 50 du TFUE (traité sur le fonctionnement de l'Union européenne) ?

Ce n'est pas à moi de dire ce que doit faire la France. C’était tout à fait logique que la Grèce en 2015 considère une sortie, mais en soi, cela ne résoudrait pas la question fondamentale de la concurrence et de la course à la compétitivité. Si la Belgique par exemple, sortait de l'UE, la logique de la concurrence, de la compétitivité ou du capitalisme seraient toujours présentes ! En plus, on demanderait aux travailleurs belges de faire davantage d’efforts pour que « leur » patron puisse gagner la course avec le patron allemand, français ou autre. L'austérité serait pire. On ne regagnerait pas non plus en souveraineté. On serait beaucoup plus vulnérable face aux grandes multinationales et aux caprices des marchés financiers.

Le défi est de remplacer la logique de la compétitivité par celle de la coopération, une logique où ce n'est pas au travailleur belge, allemand ou français, de payer, de faire des efforts. Ça serait l’Europe du progrès social, plutôt que l’Union du dumping social.

Quels sont les enjeux des élections européennes ? Est-ce que le parlement européen a de vrais pouvoirs ?

Le parlement européen est un peu le faire valoir démocratique de l'Union européenne. Il n'a pas l'initiative législative. Mais il ne faut pas faire comme si le Parlement européen n’avait aucun pouvoir. Théoriquement, si les députés le voulaient, ils pourraient changer tout le texte d’une directive proposée par la Commission européenne. Mais avec les partis traditionnels, c'est une possibilité totalement théorique. Et d’ailleurs, s’il s’agissait d’un amendement radicalement social, cet amendement violerait les traités européens.

Le contre-pouvoir ne viendra donc pas du parlement européen, lui aussi trop souvent plus attentif aux aspirations des multinationales qu’à celles des gens.

Comme chez Ryanair, chez les dockers, chez les jeunes pour le climat… Le changement viendra du rapport de force dans la rue ! L'enjeu des élections en Belgique et dans d'autres pays, est d'avoir des députés de la gauche authentique qui puissent, d'une manière ou d'une autre, dévoiler toutes les magouilles et l’essence des politiques antisociales qui se font au sein des institutions et favoriser les mobilisations. Ce n'est pas en faisant le meilleur amendement du monde mais en dévoilant les dossiers qui passent ni vu ni connu, qu'un député PTB peut faire la différence. Nous avons besoin de ce genre de députés de la gauche authentique qui stimulent, qui contribuent à renforcer et unifier ces mouvements européens contre l’Europe du fric.

L'Europe est-elle dirigée actuellement par le couple franco-allemand ?

Ce sont les deux principaux pays, je dirais. Mais ils roulent tous les deux pour les multinationales de leur pays et européennes, pas pour leurs populations. Quand travailler ensemble convient à leurs multinationales, il y a des « avancées » au niveau européen. C’est généralement le cas pour tout ce qui concerne l’approfondissement du marché intérieur. Évidemment, quand il s'agit de défendre leur patronat national, on voit aussi qu'il y a des frictions qui se créent.

L'exemple du Portugal ne démontre-t-il pas qu'il est possible de retrouver de la croissance économique tout en appartenant à la zone euro ?

La question portugaise est particulière. Sous pression des bons résultats électoraux du Parti communiste et du Bloc de gauche, mais aussi beaucoup de mobilisations sociales, le Parti socialiste a du accepter de diriger un gouvernement minoritaire qui a annulé une série de mesures d'austérité prises auparavant. Ça montre d’une part bien que l'austérité, ça ne marche pas, qu'il faut rompre avec cela. Mais d’autre part, le gouvernement socialiste veut rester à l'intérieur de la logique des traités. Il accepte, ainsi, les critères européens sur la dette et le déficit budgétaire. Ça a un impact sur l'investissement public, qui est extrêmement bas au Portugal. Et quand on n'investit pas, dans les infrastructures, dans les services, on construit une autre dette, à plus long terme. Un jour où l'autre, ces infrastructures devront être réparées. Et ça va coûter plus cher. Dans ce sens là, l'avenir est compromis. Sans rupture avec la logique des traités, une autre voie n’est pas possible.

Propos recueillis par Aurore Van Opstal

 

 

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