Réseau pédophile belge ? R. Louf : 20 ans que les enquêteurs ont été blanchis

Régina Louf, originaire de Knokke, a toujours affirmé qu’elle avait été victime d’un réseau de pédophilie infantile en Belgique à partir des années 70.

Qu’elle avait été vendue par sa grand-mère et puis ensuite confiée, entre 13 et 17 ans, à un dénommé « Tony ». Ce dernier s’appelle, en réalité, Antoine Van den Bogaert et a avoué avoir eu des rapports sexuels avec Regina lorsqu'elle avait 12 ans et lui 39 ans (Morgen 29/10/98). La mère de Regina a avoué qu'à cette époque Tony avait la clef de la maison, qu'il venait quand il voulait et qu'il couchait avec Regina dans sa chambre (Morgen 1/12/98). Le Parquet de Gand a confirmé ces faits en faisant porter la faute sur Régina Louf qui aurait été amoureuse et consentante (Standaard 29/4/ 98).

L’enquête sur les déclarations de Régina Louf a été interrompue tôt. Après 9 mois d’enquête. Dans la foulée, les sous-officiers, Patrick De Baets et Aimé Bille ont été suspectés de faux. Aujourd’hui, cela fait 20 ans, jour pour jour, qu’ils ont été blanchis.

Classés …X

A l’été 1996, la Belgique tremble : les corps d’Ann, Eefje, Julie et Mélissa sont retrouvés. Le monstre a un visage et un nom : Marc Dutroux. L’identité de ces complices dans l’horreur est donnée : Michèle Martin et Michel Lelièvre. Un drôle de bonhomme est aussi inquiété : feu Jean-Michel Nihoul. Partouzeur et voyou notoire ; il fréquente toutes les classes sociales du pays.

Dans la foulée de ces macabres découvertes, Jean-Marc Connerote, juge d’instruction à Neufchâteau met en place un numéro vert. Toute personne susceptible de témoigner sur « l’affaire Dutroux » peut composer ce numéro. De là est ouvert et instruit le dossier des « témoins X ». Sur la dizaine de témoins anonymes, une seule sortira de l’ombre : Régina Louf, nommée « X1 ». Elle affirme avoir été prostituée enfant et adolescente dans un grand réseau de pédophilie piloté, dit-elle, par Michel Nihoul. De là est créé une antenne à Neufchâteau pour enquêter sur ces témoins X. L’équipe est dirigée par le commandant Jean-Luc Duterme. Son sous-officier sera le gendarme Patrick De Baets.

Il y a vingt ans. Jour pour jour, Patrick De Baets et Aimé Bille ont été blanchi de faux en écritures. Les deux enquêteurs avaient été écartées de l’enquête sur Régina Louf, témoin X1 en août 1997. Le commandant Duterme, qui a aussi chapeauté l’enquête sur les tueurs du Brabant Wallon, estimait Patrick De Baets « partial et manipulateur ». Pourtant, les 17 auditions de Régina Louf ont été filmées et on peut y constater l’absence de parti pris du gendarme.

Patrick De Baets a été suspecté de faux en écriture Patrick De Baets a été suspecté de faux en écriture

 

Retour sur les faits 

En août 1997, après environ neuf mois d’enquête, l’équipe « De Baets » qui enquête sur les déclarations de Régina Louf est écartée par une lettre de la hiérarchie de la BSR de Bruxelles. De Baets est particulièrement visé par un procès-verbal rédigé le 26 août 1997 par son supérieur, le commandant Duterme, l’accusant de « faux en écritures dans l’exercice de ses fonctions ». Comme unique élément matériel de sa dénonciation, le Commandant Duterme fera état d’un PV, défavorable à la crédibilité de X1, manquant dans la procédure. Seulement, ce PV, qui fut rédigé par Philippe Hupez, qui assistait aux auditions du témoin X1 comme verbalisant, fut transmis au magistrat instructeur le 6 décembre 1996.  Cette réalité a été constatée tardivement.

Sans aucune vérification, ce procès-verbal du chef Duterme sera transmis au Parquet de Bruxelles qui le transformera en plainte contre « inconnu » et le mettra en instruction auprès du Juge Pignolet. De là, les ennuis judiciaires commencèrent et durèrent 28 mois (août 1997 à janvier 2000) pour les sous-officiers Patrick De Baets et Aimé Bille.

Une histoire de …faux

A l’époque de la sortie des « dossiers des témoins X », il a été dit que Régina Louf était une mythomane, que les enquêteurs bisaient leurs questions et enfin, que de faux PV avaient été écrits par les enquêteurs.

Par exemple ; le journaliste René-Philippe Dawant dans son livre « L’Enquête manipulée » (Editions Luc Pire, 1998), tentait de démontrer que les PV avaient été falsifiés …Alors que le PV faux est celui qu’il a reproduit !

En effet, le journaliste Dawant cite une audition de Regina Louf où « les enquêteurs tentent de suggérer à leur témoin que le cadavre de Christine a alors été détruit par le feu » (L’enquête manipulée », p. 209). Seulement, le texte de l’audition cité par Dawant est falsifié. Voici les deux versions du procès-verbal : le vrai (Audition du 13-11-1996 du dossier 109/96, page 94) et le faux (cité par Dawant) :

 

PV 1 (Officiel)

 

Q : Y a-t-il une odeur à cet endroit ?

R : Oui

Q : Pouvez-vous décrire cette odeur ?

R : Non

Q : Y a-t-il une autre personne qui puisse décrire cette odeur ?

R : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ?

Q : Si ?

R : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ?

Q : Non, non, je ne sais pas ce qui s’est passé mais alors vous devriez m’aider à… Ne voulez-vous pas aider ?

R : Si. C’était si, si, euh, ils la brûlent.

Q : Ils quoi ?

R : Ils la brûlent.

Q : Qui la brûle ?

R : Je ne le vois pas.

Q : Ne le voyez-vous pas ? N’avez-vous pas une image ?

 

PV 2 (Dawant)

 

Q : Est-ce que vous sentez une odeur ?

R : Non.

Q : Pouvez-vous décrire cette odeur ?

R : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ?

Q : Ils la brûlent. Ne le voyez-vous pas ? N’avez-vous pas une image de ce qui se passe ?

R : pas de réponse

 

Aimé Bille s'est vu remboursé par la gendarmerie pour "tortures morales" Aimé Bille s'est vu remboursé par la gendarmerie pour "tortures morales"

 

Des regrets

Aujourd’hui, Aimé Bille regrette : « Jean-Luc Duterme, devenu après directeur judiciaire à Charleroi, n’a jamais été inquiété pour cette procédure abusive, non-fondée et les enquêtes ont été stoppées. 10 000 pages de dossier judiciaire pour …rien ! Juste pour nous écarter et nous empêcher d’aller plus loin. Il est à noter qu’environ 80% des dires de Régina Louf avaient déjà été vérifiés. On ne saura jamais le fin fond de la vérité sur « les témoins X » car l’enquête a été sabotée ! Nous avons été blanchis, finalement mais peu de personnes le savent. La gendarmerie m’a remboursé mes frais médicaux pour « tortures morales » ! Toute cette affaire me laisse amer… ».

 

Aurore Van Opstal

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