Patric Jean: «Le syndrome "d’aliénation parentale" est un concept pro-pédophiles»

Âgé de 51 ans, le réalisateur belge pro-féministe, Patric Jean signe un nouvel essai, aux éditions du Rocher ; «La Loi des pères». Il y dénonce le phénomène massif de la pédocriminalité et de l’inceste. Interview avec un homme qui ne veut pas être comme les autres.

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs pourquoi votre livre s'intitule "La loi des pères" ?

Derrière le mot « père », il ne faut pas voir le parent qui aime et éduque mais la position politique du pouvoir de celui qui bénéficie du droit archaïque à être le chef de la famille et à ce titre à posséder le corps de sa femme et de ses enfants. Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que l’on a réprimé le viol conjugal. Jusque-là, l’homme pouvait faire usage du corps de sa femme comme il l’entendait. La propriété des enfants par les pères fait partie de ce schéma. Mais il y a les autres pouvoirs paternels : le roi de France était le père de ses sujets qui lui devaient autorité. Il a été remplacé par un président « père de la nation ». Il y a les « pères spirituels », les prêtres que l’on appelle « mon père », comme dieu d’ailleurs. Les patrons ont aussi été métaphoriquement qualifiés ainsi dans le « paternalisme ». Toute la structure sociale s’organise donc du haut en bas d’un père à l’autre jusqu’au pouvoir paternel sur la famille. La masse des enfants (6% d’entre eux) qui subissent des agressions sexuelles et viols essentiellement dans le cadre familial est la trace de ce pouvoir, de cette propriété. Il ne s’agit pas d’un phénomène périphérique mais d’une loi centrale de toute culture. Ce que l’on appelle le « patriarcat », le pouvoir des pères. 

"La loi des pères" de Patric Jean aux Editions du Rocher "La loi des pères" de Patric Jean aux Editions du Rocher

 

Dernièrement, dans La DH, Marc Verwilghen, ancien ministre de la Justice évoquait "un réseau de pédophilie" en Belgique et disait que notre plat-pays était une plaque-tournante de la pédocriminalité, qu'en pensez-vous ?

Les agressions sexuelles et viols d’enfants touchent toutes les classes sociales de façon parfaitement comparable, toutes les études le montrent. Les réseaux existent dans toutes ces catégories. Cela va de l’achat d’images de viols d’enfants pour quelques euros sur internet, à l’ile du milliardaire Epstein en passant par des gens qui s’échangent leurs enfants comme on le vantait dans le journal Libération dans les années 70 ou qui vont en low cost dans le Tiers Monde. Mais l’essentiel de ces crimes, il ne faut pas l’oublier, sont commis dans le silence des familles, par un père, un grand-père, un beau-père, un ami de la famille. Ils restent sous le tapis de l’omerta familiale. Statistiquement, un enfant court un risque beaucoup plus grand d’être agressé dans sa propre famille que d’être enlevé par un Marc Dutroux. Néanmoins, il existe des réseaux de prostitution infantile dans tous les pays européens. Les autorités ont dénombré ces dernières années plus de dix mille enfants réfugiés isolés qui ont disparu.

Que pensez-vous de l'asbl "SOS Papa" en Belgique ?

Les associations dites « de pères » sont en fait des vitrines de mouvements masculinistes. Lorsque j’ai infiltré ces mouvements à Montréal il y a dix ans, ils me l’ont enseigné en détail. Ils utilisent l’image des papas pour attendrir. Mais en réalité, ce sont des mouvements qui militent contre l’égalité femme homme (en France aux côtés de « la Manif pour tous » aux relents homophobes) et défendent les valeurs traditionnelles de la virilité dominante et agressive. On les a entendus à maintes reprises tenir en France des propos misogynes d’un archaïsme assez déroutant. Ils sont également promoteurs de théories comme le « syndrome d’aliénation parentale » issues d’auteurs pro-pédophiles américains et qui servent devant la justice à exonérer les agresseurs sexuels d’enfants.

 

Réalisateur belge pro-féministe, Patric Jean a 51 ans Réalisateur belge pro-féministe, Patric Jean a 51 ans

N'y-a-t-il pas aussi de "mauvaises" mères ?

Il existe évidemment des mères toxiques. Qui pourrait le nier ? Mais notre structure sociale organisée selon cette « loi des pères » a pour conséquence que 98% des agressions sexuelles d’enfants sont commises par des hommes. C’est donc bien une violence qui est organisée selon un rapport masculin féminin.

Que devrait faire l'Etat belge face au phénomène massif que vous dénoncez à savoir l'inceste et la pédophilie ?

Il est nécessaire qu’une importante prise de conscience soit réalisée. Il faut que l’on mesure que dans chaque classe d’école, il y a en moyenne près de deux enfants qui seront agressés sexuellement ou violés avant la fin de leur adolescence, majoritairement dans le cadre familial. Il faut donc que la justice le prenne en compte, cesse de classer les signalements et plaintes pour que ce phénomène soit enfin pris au sérieux. Il faudrait évidemment un changement culturel majeur dans notre rapport aux enfants afin que leurs droits soient enfin respectés. L’état pourrait intervenir pour faire cesser l’utilisation de toute idéologie pro-pédophile de type « syndrome d’aliénation parentale » devant la justice. Et il faudrait répandre les meilleures techniques de relevé de la parole des enfants lorsqu’ils dénoncent des agressions. On a d’excellents exemples qui viennent du Québec ou de Suisse.

Car en attendant, les enfants souffrent en silence ou apprennent à se taire.

 

Propos recueillis par Aurore Van Opstal

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