Médocrité

Quelle attitude adopter envers les médiocres, les puissants médiocres ? Ceux qui portent leur médiocrité en étendard et qui rallient derrière eux de misérables et innombrables idiots.

Les blâmer, leur exprimer notre désapprobation ne fait que nourrir leur suffisance crasse. La soif de fric, de pouvoir, la lâcheté, la facilité intellectuelle, le confort gras, le patriarcat, la phallocratie, l'égocentrisme, nombreux sont les nids de la médiocrité. Elle pollue l'espace publique d'expression, elle ne donne aucun espoir de passer un jour des mots fléchés aux mots croisés.

Le capitalisme favorise les médiocres, petits et grands, comme toute religion. Il offre à chaque caste un pré mâché intellectuel, un préfabriqué à penser bâtit de certitudes inébranlables propres à chacune. Blanc sur rouge rien ne bouge, rouge sur blanc tout fout l'camp : certains servent ce dicton sans qu'aucune autre pensée un peu plus élaborée ne vienne compléter la réflexion ; d'autres l'accompagnent d'un couplet virevoltant et grivois se référant à l’Hédonisme.

Les petits médiocres sont les proies et les instruments des psychopathes du pouvoir en tout genre. Ils les admirent, les idolâtrent. Le petit médiocre accepte en échange d'un confort, qu'il peut perdre à tout moment, de léguer toute responsabilité à des malades mentaux avides soit de contrôle, soit d'argent, soit de biens à outrance ou tout à la fois.

Il existe pour combattre la médiocrité une arme qui lui est fatale et que l'on ne trouve dans aucune putain d'armurerie de cette putain de Terre. Son impact est incommensurable mais elle ne laisse aucun trou béant dans la chair fragile, elle ne se largue pas, elle n'explose pas et pourtant sa déflagration peut balayer toute médiocrité aux alentours pour laisser place à des champs intellectuels fertiles. Elle ne nourrit aucun trafic et peut tous les faire tomber. Elle n'enfume pas, elle n'intoxique pas, elle ne contamine pas, elle éclaire, elle ouvre l'horizon, elle donne à l'humain sa vrai beauté. L'éducation, putain ! Pas le formatage, pas l'enfant roi, pas l'enfant consommateur et produit, pas le parent isolé et démuni, pas le connard tyrannique et religieux.

Je sais, il faut du temps. Mais là, maintenant, que faisons nous des médiocres puissants ? Ils sont aujourd'hui plus entendus que moi, que toi mon si cher ami, que toi ma si chère amie. Ils nuisent en toute liberté, ils sont parfois blâmés mais ils en jouissent et semblent même en nourrir leur prestige. Ils s'érigent alors certains en résistant de la conformité, certains en trublions émancipateurs, certains en conformistes salvateurs, certains en champion et messie bienveillant du monde ultra capitaliste contemporain, certains en révolutionnaire gauchiste en fait frustré de s'être fait damer le pion par Hollande au PS, certains (beaucoup... trop) en socialistes (et encore ils le murmurent entre deux raclement de gorges) libéraux (capitalistes, quoi). Ils s'ont autant de Macron, Hanouna, Montebourg, Vauquiez, Fillon, Arnault, Ghon, Arthur, Leclerc, Mulliez, Pujadas, Pernault, Giezbert, Zemour, Polony, Lagarde, Aubry et tant d'autres . Vous me direz que je simplifie en les mettant tous dans le même panier. Oui, c'est cela, oui , c’est cela. Ils ne s'en privent pas vis à vis de nous. Ils ne sont qu'un seul monde dans lequel les uns entretiennent, surveillent, reproduisent et normalisent les privilèges des autres. Et ils ne veulent surtout pas donner la moindre chance au moindre petit médiocre d'accéder au moindre de ces privilèges. Alors oui, Fuck ! All those fucking bastards in the same basket ! Si je puis dire.

Mon pays permet à nos enfants d'accéder librement, gratuitement à un spectacle télévisuel abrutissant, avilissant mal nommé divertissement en lieu et place de ce qui est une diversion. Et permet à de médiocres puissants de s'enrichir outrageusement en nourrissant leur public de médiocrité. Mais mon pays ne permet à aucun de nous d'accéder au même moment aux mêmes média sur lesquels nous pourrions diffuser, proposer un accès à la culture, au divertissement (épanouissant, varié, participatif, créatif, émancipateur), librement et gratuitement et sans aucun objectif lucratif. Faut-il alors prendre les ondes de force ? Faut-il nous imposer sur celles déversant ces flots de merde télévisuelle ? Faut-il supprimé le canal par lequel elle se répand ?

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