Après le meurtre de Samuel Paty, le concours Lépine des idées d’extrême droite

samuel gontier , dans télérama . (+ blanquer antilaique dans marianne )(+ en finir avec l'islamogauchisme dans libé)(+)(+ acrimed et la séquence contre les islamo gauchos)

Abandon de l’État de droit, rétablissement du bagne, restauration de la Cour de sûreté de l’État, retour du service militaire, déchéance de nationalité, retrait de la Convention européenne des Droits de l’Homme, obligation de porter des prénoms “français”… Après l’horrible assassinat de Samuel Paty, enseignant à Conflans-Sainte-Honorine, les experts de BFMTV et de CNews se livrent à une infâme surenchère liberticide.

« Quand vous voyez que dans des quartiers les filles n’ont plus le droit de circuler !, s’indigne Nadine Morano samedi matin sur CNews. C’est visuel, à Nancy, de voir autant de femmes voilées, même des petites filles… » Il faudrait savoir : elles circulent ou pas ? « Ça n’est pas tolérable ! » « Ça veut dire que nous devons les expulser, convient le présentateur, mais il y a le problème de la nationalité française. » La députée européenne LR défend une idée de gauche émise par François Hollande et Manuel Valls, « la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux ». « Je suis assez d’accord avec vous, Nadine Morano, intervient Guillaume Bigot, éditorialiste maison. Il faut criminaliser l’idéologie. » Restaurer le délit d’opinion.

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« L’idéologie à criminaliser, c’est pas seulement le djihadisme, c’est l’islamisme, poursuit Guillaume Bigot. Il faut passer à la contre-attaque, il faut rétablir le service militaire. » L’islamisme est soluble dans le casernement. « Et vous avez raison, il faut expulser ceux qui ont la double nationalité. Mais il y a un problème encore plus grave et encore plus massif, c’est qu’il y a plein de gens qui ont la nationalité française, il y a même des gens qui n’avaient aucun lien avec l’islam, qui sont des Normands, des Bretons, des Basques et qui se convertissent à cette idéologie mortifère. » S’il faut aussi criminaliser les Normands, les Bretons et les Basques, les cours d’assises vont être débordées.

« Y a cinq cents personnes qui vont être relâchées des prisons, alerte Guillaume Bigot. Y en a eu vingt l’année dernière, y en aura quarante cette année, ce sont des djihadistes hautement dangereux. » Mais l’éditorialiste a une solution pour s’en protéger. « Je le dis, ça peut choquer, il faut rétablir le bagne. Il faut que ces gens sortent de la société. Il y a les îles Kerguelen, elles sont à une latitude telle que les gens peuvent survivre. » En effet, il y fait 4,9 degrés en moyenne. « Il y a de l’eau en quantité suffisante. » En effet, il y pleut ou il y neige environ 350 jours par an. « Vous les isolez sur le long terme. Sinon, c’est le rétablissement de la peine de mort. » Mieux vaut les envoyer mourir au bagne.

 

 

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Nadine Morano approuve : « Je partage cette analyse. » « La rétention de sûreté, oui, mais le bagne, c’est impossible », nuance la très légaliste Laurence Saillet, ancienne députée LR devenue consultante CNews. « La Nouvelle-Zélande ou l’Australie sont des pays qui ont été principalement peuplés de bagnards ! », rétorque Guillaume Bigot. Et ce sont des pays en tous points comparables à l’archipel des Kerguelen. « Cayenne a laissé un très mauvais souvenir parce que les conditions y étaient insalubres. Evidemment, c’est pas ce que je préconise, j’ai parlé de Kerguelen où y a des conditions climatiques tout à fait acceptables. » En effet, les vents y soufflent généralement à 150 kilomètres/heure et atteignent parfois 200 kilomètres/heure, c’est vivifiant. Si les tentatives de colonisation ont toutes échoué (il n’y subsiste qu’une station scientifique), c’est sans doute parce qu’elles n’étaient pas conduites par des bagnards. [Pour se faire une idée des conditions de (sur)vie dans ce milieu, lire le beau récit de François Garde, Marcher à Kerguelen (Gallimard).]

 

 

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« Monsieur Bigot a raison, applaudit Nadine Morano, il faut les sortir. » Les sortir très loin, jusqu’à ce qu’on appelait autrefois Îles de la Désolation. Laurence Saillet nuance : « Vous ne pouvez pas maintenir des gens en prison vingt ans ou trente ans pour des raisons d’opinion, ça n’a pas de sens. Mais en même temps vous ne pouvez pas les relâcher. » On rétablit la peine de mort, alors ? « Je répète que des pays comme la Nouvelle-Zélande ont été peuplés par des bagnards, insiste Guillaume Bigot. Ça s’est déjà fait ! » Et c’est une réussite : là-bas, ce sont des musulmans qui sont massacrés par un suprémaciste blanc. « Il faut frapper très fort. » Bombarder les mosquées. Nadine Morano s’interpose : « Je veux pas un débat sémantique » Rétention de sûreté à perpétuité, peine de mort, bagne meurtrier : tout ça, c’est de la sémantique.

Dimanche midi, sur BFMTV, Christophe Barbier lance une autre idée frappée au coin du non-sens. « On peut agir très rapidement, il faut relancer la loi Avia censurée par le Conseil constitutionnel, qu’on peut très bien remettre sur l’établi en changeant la Constitution. » D’abord en supprimant son outrancier préambule — la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. « Profitons de cette tragédie… » Providentielle, cette tragédie. « … Pour faire une loi Avia validée constitutionnellement, les grands opérateurs des réseaux sociaux auraient entre une heure et vingt-quatre heures pour faire disparaître les contenus haineux. » On ne va tout de même pas s’embarrasser de l’avis des juges, les Gafam peuvent très bien les suppléer. « Cette loi a été invalidée par le Conseil constitutionnel au nom de la liberté d’expression. » Ce Conseil est un nid d’islamo-gauchistes. Il faudrait le supprimer, le problème sera réglé, on pourrait abolir la liberté d’expression.

 

 

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Comme le rassemblement en hommage à Samuel Paty débute place de la République, Christophe Barbier en profite pour dénoncer les complices de son bourreau. « Dans cette manifestation, il y a des arrières-pensées politiques. La France insoumise est attaquée depuis plus d’un an sur son laxisme, son islamo-gauchisme parce qu’elle s’est mêlée à une manifestation contre la prétendue islamophobie. Elle doit reconstruire une virginité républicaine. » Facile, il suffit d’envoyer les militants LFI aux Kerguelen, un archipel quasiment vierge.

Le soir, toujours sur BFMTV, Jean-Baptiste Boursier reçoit un participant à la manifestation. « Manuel Valls, vous étiez place de la République. » « Quand mon pays est attaqué, moi, je suis là », se vante le conseiller municipal de Barcelone allié à l’extrême droite espagnole. Et de fustiger « nos lâchetés, nos ambiguïtés, et à gauche notamment… » « Je vous arrête là-dessus, exulte Jean-Baptiste Boursier, parce que vous avez eu des mots extrêmement durs à l’endroit de La France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, vous avez dit : “Ils ont une responsabilité dans cette lâcheté.” » Et donc dans l’assassinat de Samuel Paty. « Oui, bien sûr, cette gauche-là, vilipende Manuel Valls. La France insoumise, la gauche journalistique, Edwy Plenel, la gauche syndicale, l’Unef, la Ligue de l’enseignement, la Ligue des Droits de l’Homme, qui ont fait rentrer les théories de Tariq Ramadan en leur sein. » Ça va faire beaucoup de monde aux Kergeulen, il va falloir réquisitionner aussi l’île Amsterdam, l’île Saint-Paul et l’archipel Crozet.

 

 

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Manuel Valls précise : « Je suis pas là pour diviser. » Pas du tout. « Mais il faut dire la vérité. » Désigner les complices de l’assassin de Samuel Paty. « Il faut interdire le CCIF [Comité contre l’islamophobie en France, qui assiste les musulmans victimes de discriminations, ndlr], il faut interdire BarakaCity [organisation humanitaire animée par des musulmans, ndlr]. » Pour ceux-là, je propose la Terre Adélie où, selon Guillaume Bigot, les conditions climatiques sont tout à fait acceptables. « S’il faut changer la Constitution, nous devons le faire. » C’est une manie. Guillaume Durand interroge : « Y compris en ne tenant plus compte du droit européen sur les libertés ? » « S’il nous faut, dans un moment exceptionnel, s’éloigner du droit européen, faire évoluer notre Constitution, il faut le faire. » On ne va pas se laisser contraindre par les arguties islamo-juridiques de la Commission européenne des droits de l’Homme. « Je l’ai dit en 2015, nous sommes en guerre. Si nous sommes en guerre, donc il faut agir, frapper. » Bombarder les locaux de Mediapart, de la Ligue des droits de l’Homme, de l’Unef, de la CGT, etc.

Lundi matin, toujours sur BFMTV, c’est au tour de l’invité de Jean-Jacques Bourdin, Nicolas Dupont-Aignan, de participer au grand concours d’idées liberticid… — pardon, libératoires. Il réclame le rétablissement de la Cour de sûreté de l’État, juridiction d’exception composée de magistrats et de militaires, créée à la suite des attentats de l’OAS et supprimée en 1981 après l’élection de Mitterrand. Il annonce qu’il va « déposer une proposition de loi sur le délit de persécution de prêche religieux qui veut imposer la charia à la place de la loi de la République ». Hum… Je m’étonne : Nicolas Dupont-Aignan veut créer un délit pour punir les personnes persécutant les prêches religieux qui prônent la charia. Serait-il devenu islamo-droitard ? « Il faut aussi modifier la Constitution. » C’est une manie. « Il faut mettre dans la Constitution la laïcité. » Voilà une idée visionnaire. D’ailleurs, l’article premier de la Constitution de 1958 stipule : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » C’est dire si Nicolas Dupont-Aignan est en avance sur son temps.

 

 

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Ce lundi matin, CNews et Pascal Praud sont toutefois les plus compétents pour proposer une synthèse équilibrée des propositions formulées depuis trois jours. Elisabeth Lévy vitupère : « C’est l’État de droit qui est le synonyme de notre désarmement. » Il nous faudrait une saine dictature. « Nous sommes ligotés par notre droit-de-l’hommisme… » Bien-pensant, qui plus est. « … Englués par les droits qui sont toujours pour ceux qui nous attaquent. » C’est au nom des droits de l’Homme que Samuel Paty a été assassiné. « C’est une question fondamentale, juge Pascal Praud. Est-ce que notre Etat de droit est impuissant ? » Pire que ça, répond Jean Messiha, du RN, reprenant à son compte l’argument d’Elisabeth Lévy : « La notion d’État de droit a été instrumentalisée pour protéger les pires ennemis et de l’État et du droit. » Puisqu’on vous dit que les droits-de-l’hommistes sont les alliés objectifs des terroristes. Elisabeth Lévy désespère : « Les Français de souche, ça n’existe pas, disait François Hollande ! » Certains islamo-préhistoriens prétendent même que les Français de souche ont émigré d’Afrique il y a 180 000 ans.

 

 

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Pascal Praud offre le recul de sa culture historique. « Toute la logorrhée qui explique que la France est une terre d’immigration et que cette immigration aujourd’hui, c’est la même que les Italiens, etc., tout ça, c’est n’importe quoi, on le sait bien ! » On ne le savait pas en 1893 quand, dans les Bouches-du-Rhône, des pogroms massacraient des Italiens (du Sud) au prétexte que leur culture et leur religion était incompatibles avec celles des bons catholiques Français. « L’histoire des prénoms est très intéressante, ajoute l’animateur. Ça aussi, c’est tabou, l’histoire des prénoms. » Un tel tabou qu’Eric Zemmour l’évoque un jour sur deux à l’antenne de CNews.

« Je suis d’accord ! », s’exclame Pascal Praud à chaque intervention de la voix de la Raison incarnée par Jean Messiha. « Exceptionnellement, je vais demander à Elisabeth Lévy de nous quitter, Gérard Leclerc va vous remplacer. » Je regrette déjà le sens de la nuance de la directrice de Causeur. « Parce que nous avons trois représentants politiques que sont Jean Messiha du RN, Florian Bachelier de LREM, Nadine Morano de LR, donc je trouverais ça inégal qu’un représentant politique s’en aille. » Si l’on congédiait un des trois représentants de droite, de droite extrême et d’extrême droite, le plateau serait déséquilibré.

 

 

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Pascal Praud s’emporte : « On répète en boucle les mêmes choses ! » Je confirme : l’animateur et ses invités professent chaque jour racisme, xénophobie et islamophobie. « On répète que les parents d’Italiens dans les années 30, 40, 50, interdisaient à leurs enfants de parler italien. » Alors qu’aujourd’hui tous les parents arabophones interdisent à leurs enfants de parler français, c’est bien connu. « L’histoire des prénoms, c’est passionnant. Bonaparte et nos anciens n’étaient pas idiots lorsqu’ils disaient que les prénoms devaient être uniquement ceux du calendrier. » Je me sens visé. Mon prénom ne figurant pas dans le calendrier, vais-je être déchu de ma nationalité ? Envoyé au bagne de Kerguelen ?

« Par exemple, plaide Pascal Praud, Aldo Platini, il appelle son fils Michel, pas Michele. » Quand je pense à tous ces Français « de souche » qui ont nommé leurs enfants Enzo, Matteo, Adriana, Aurelia, Aria, Celia, Marco, Lorena, Giani, Livia, Olivia, Mario, Priscilla, Fabio, etc., je me demande où l’on va pouvoir mettre tous ces bagnards. Il faudrait racheter à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie leurs parts de l’Antarctique pour tous les caser. Nadine Morano renchérit : « Ma mère s’appelle Monique. » Et pas Monica, sans quoi elle se serait engagée dans les Brigades rouges ou Action Directe. « Là, y a un vrai souci, psalmodie Pascal Praud, parce qu’on ne veut pas aller en face de ça. » Emmanuel Macron n’a toujours pas proposé la déchéance de nationalité ni la déportation vers les terres australes pour les porteurs de prénoms à consonnance terroriste.

 

 

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Pascal Praud insiste : « Moi, je vous pose la question : est-ce que les prénoms des gens qui naissent en France doivent être des prénoms français ? » Par exemple, Tugdual Denis, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, doit-il être déchu de sa nationalité et envoyé au bagne des îles Crozet pour le punir de porter un prénom breton ? « Et ça, c’est des vraies questions, et comme toujours on veut pas y répondre. » Alors qu’il suffirait de modifier la Constitution et de sacrer un nouveau Napoléon. « Et on se fait traiter de raciste, de fasciste, de tous les noms quand on en parle. » Mais pas du tout. Seulement de défenseur de la laïcité pétainiste.

Pascal Praud n’en finit plus de répéter le leitmotiv de son mentor Eric Zemmour : « Moi, si je vous dis qu’il faut remettre des prénoms français en France ? La loi doit changer et tous les enfants de France doivent avoir des noms de saints ? » « Je crains que ce ne soit pas le cœur du problème », se défausse Gérard Leclerc, victime d’une crise de bien-pensance droit-de-l’hommiste. « Il faut accepter l’idée que certaines immigrations sont incompatibles avec la France, intervient Jean Messiha. Aujourd’hui, ceux qui ne sont pas contents en France y restent parce que l’État Providence fait qu’ils peuvent vivre de manière confortable. » Feignants et profiteurs en plus d’être islamistes. « Ce qu’on appelle les transferts sociaux deviennent quasiment des transferts ethniques. » Qui servent à financer le terrorisme. « C’est vrai, c’est vrai ! », applaudit Nadine Morano, qui tient à se démarquer du RN.

 

 

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« Un petit mot sur Jean-Luc Mélenchon, reprend Pascal Praud, il était hier à la manifestation après avoir été l’an dernier à une manifestation contre l’islamophobie avec des Frères musulmans. » Et en soutien au terrorisme, belle hypocrisie. « Ecoutez ce que disait Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, qui était ce matin sur RTL et qui fustige Jean-Luc Mélenchon. » Pascal Praud apprécie : « Il a tellement raison… » Et de déplorer « la complicité médiatique, des gens qui ont été formés dans des écoles de journalisme, qui sont pour la liberté d’expression ». Et qui passent leur temps à inviter Richard Malka, Michel Onfray, Jean Messiha. « Ils prennent les attaques contre l’islam comme des attaques racistes, ce qui n’est pas le cas du tout ». Ce sont seulement des attaques contre les crouilles, les bicots et les bamboulas. « C’est une religion qui est attaquée, c’est pas du tout une couleur de peau, c’est pas une race. » Ça m’avait échappé mais il semble que Manuel Valls (ou Nicolas Dupont-Aignan) ont déjà abrogé l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prescrivant que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ».

Florian Bachelier, député LREM, cite l’archétype du complot antifrançais : « C’est Traoré. » « Exactement !, approuve Pascal Praud. Quelle honte pour la presse française quand madame Traoré fait la une de M Le Monde ! » Les journalistes du Monde feraient bien de se préparer à une croisière dans les Cinquantièmes Hurlants qui les mènera au bagne. « Quelle honte, quelle défaite pour le journalisme français ! Quelle soumission ! Et personne ne dit rien, sauf sur ce plateau. » La charia règnerait déjà sur la France s’il n’existait L’heure des pros. Jean Messiha complète : « Le système progressiste promeut la pire des immigrations antinationales comme madame Traoré et le gang de Traoré ! » Qui ont l’outrecuidance de réclamer les mêmes droits que les vrais Français. Pascal Praud déplore : « La valeur absolue du Monde ou du New York Times, c’est le progressisme. » Jean Messiha précise : « Le gaucho-progressisme. » Euh… Attendez, je suis perdu. Il y avait déjà les islamo-gauchistes, les islamo-collabos… Nous voici donc aux prises avec des islamo-gaucho-collabo-progressites.

 

 

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Florian Bachelier, le représentant LREM, dénonce de nouveaux complices : « On découvre qu’une grosse partie des maires élus aux dernières municipales sont accoquinés avec ce mouvement indigéniste. » Ce qui nous fait des islamo-gaucho-indigéno-collabo-progressites « Je trouve ça un peu fort de café que la prise de conscience arrive seulement maintenant. » « Mais on en parle tous les matins ici ! », revendique fièrement Pascal Praud avant de proposer : « On écoute la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, il y a deux semaines. Et elle est toujours en place ! On aurait dû la sortir ! » L’envoyer au bagne élever des manchots. Sur Europe 1, Sonia Mabrouk demande à la ministre de reconnaître que les clubs sportifs sont submergés par la radicalisation. « On a besoin d’objectiver, nuance Roxana Maracineanu. Ce phénomène est fondé sur des on-dit mais il n’y a pas de données objectives pour mesurer la radicalisation. » Si, il y a les données de Pascal Praud, dont la recension des prénoms antifrançais fait référence.

« Il faut libérer le pays !, tonne Nadine Morano. Il y a trop d’immigration en France ! » Pascal Praud complète : « Et il faut poser le problème de l’islam. » Pléonasme : quand Nadine Morano dénonce l’immigration, ce n’est pas celle des catholiques autrichiens. Florian Bachelier suggère : « Il faudrait peut-être réintroduire le service militaire. » Merci de le rappeler, j’avais failli oublier.

« Ivan Rioufol est avec nous », annonce Pascal Praud. Exceptionnellement en duplex de chez lui car, comme chaque jour, « vous serez avec nous ce soir, précise l’animateur. Force est de reconnaître que les analyses d’Ivan Rioufol sont aujourd’hui infiniment plus audibles dans la société française ». CNews a été pionnière, ça fait un bail qu’elle juge audible les « analyses » de l’éditorialiste du Figaro, par exemple quand il déclare : « Heureusement qu’il y la fachosphère parce que c’est là que les vérités se disent. » « Il a été stigmatisé, traîné dans la boue, traité de fasciste, se lamente Pascal Praud. Mais il est simplement journaliste. » Comme Brasillach.

 

 

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Ivan Rioufol désespère : « Ça fait vingt ans et plus que nous sommes quelques-uns à hurler dans le désert. » Et sur CNews, et dans Valeurs actuelles, Le Figaro, Le Point, et dans les meetings des Le Pen. « Et aujourd’hui, si on ne se réveille pas, on meurt. » Exterminés par une horde de Sarrasins. « Si nous ne voulons pas affronter l’ennemi, nous allons mourir. » Décapités par millions. « Nous sommes en guerre. » Là-dessus, tout le monde est d’accord. « Le danger ne vient pas seulement de l’islamisme mais aussi des Français qui portent des prénoms français… » Les traîtres ! Si on ne peut même plus se fier aux prénoms. « … Et qui depuis trente ans ont abandonné la France par lâcheté, par paresse, par compromission avec l’ennemi et ils sont aussi dangereux sinon plus que les islamistes. » On ne compte plus les attentats imputables à la Ligue des droits de l’Homme. « Il faut combattre cette haine de soi qui a fait de nous un peuple vulnérable, il faut mettre en cause aussi tous les collabos des islamistes, et il y en a une palanquée. » Nos bagnes antarctiques ne vont pas suffire, il va falloir en implanter sur la Lune, réputée pour son climat tempéré.

Florian Bachelier, de LREM, applaudit : « Je partage chaque mot de ce que dit M. Ivan Rioufol. » Pascal Praud s’enquiert : « Nous sommes en guerre, vous partagez ? » « Evidemment. » « Chacun va devoir choisir son camp, prévient l’animateur. Gérard Leclerc, vous partagez chaque mot ? » « Oui, même s’il minimise les réseaux sociaux, qui sont une arme épouvantable. » Bien plus épouvantable que CNews. Pascal Praud félicite Ivan Rioufol : « Tout le monde est à 100 % d’accord avec ce que vous venez de dire. » De LREM au RN en passant par LR (et par les animateurs de CNews, ça va de soi), tout le monde est d’accord avec la fachosphère. Voilà qui ouvre de nouvelles perspectives pour la colonisation de Mars par des bagnards.

 

 

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Alain Morvan : "Jean-Michel Blanquer, c’est l'anti-héraut de la laïcité !"

Entretien

Propos recueillis par Bruno Rieth

Publié le 10/04/2019 à 16:00

En 2007, Alain Morvan, recteur d'académie de Lyon, est limogé pour son opposition à la création de l'école Al Kindi, dont le fondateur était en lien avec à Al-Qaïda en Syrie. Sa prise de position, raconte-t-il, lui a valu de nombreuses pressions dont celles d'un certain Jean-Michel Blanquer, alors directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien.

À l’époque où Alain Morvan est débarqué de son poste de recteur de l’académie de Lyon, le terme de lanceur d’alerte n’est pas encore entré dans le langage courant. Et pourtant, il en aurait assurément mérité le titre. Après une année à s’opposer au projet d’installation du groupe scolaire Al Kindi à Décines-Charpieu, dans la métropole lyonnaise, ce spécialiste de la littérature anglaise s’est vu remercier sans ménagement le 21 mars 2007, un mois tout juste avant le premier tour de l’élection présidentielle. Ce qui ne doit rien au hasard, selon son récit. D’abord « liée à de simples questions techniques et des considérations juridiques » son opposition à l’encontre de l’installation du centre Al Kindi évolue par la suite vers la défense de la laïcité et les risques d’intégrisme religieux qu’il juge inhérents à ce projet. Douze ans après, les révélations de Marianne sur Nazir Hakim, le président du groupe scolaire Al Kindi, et sa proximité avec une organisation suédoise (The Commission for the Protection of Civilians) qui a procuré des armes à Al-Qaïda en Syrie, confirment ses multiples alertes émises lorsqu’il était en poste.

Une position qui a déclenché les foudres de « l’appareil d’État » pour le faire taire. La raison, selon Morvan ? Parce que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, jouait « clairement la carte communautaire pour consolider sa future candidature à la présidentielle ». Et parmi ceux qui ont tenté de faire rentrer le recteur dans le rang, un certain Jean-Michel Blanquer… actuel ministre de l’Éducation nationale, qui était alors directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, alors à la tête de ce même ministère. « Le Jean-Michel Blanquer que j’ai connu est très loin de l’image qu’il s’est construit aujourd’hui », souffle-t-il. Son histoire, il la couchera dans un livre paru en 2008, L’Honneur et les honneurs. Souvenirs d’un recteur « kärcherisé » (Ed. Grasset). Pour Marianne, Alain Morvan a accepté de se replonger dans ses vieux souvenirs et de rappeler « les lâchetés » des uns et des autres, au grand dam des principes républicains.

Marianne : En 2006, sur quoi reposent vos craintes lorsque vous voyez arriver sur votre bureau le projet d’installation du groupe scolaire Al Kindi dans la métropole de Lyon ?

 

Alain Morvan : C’est une découverte progressive. En 2006, après avoir étudié le dossier sous l’angle de la sécurité et de l’hygiène - mes prérogatives se limitant à ces aspects puisque cette école voulait être sous le statut hors contrat - mes réserves sont liées à de simples questions techniques et des considérations juridiques. Le choix du site, notamment, est à mon sens à haut risque : il est très pollué au benzen et à d’autres hydrocarbures, et en lisière du futur établissement passe une conduite de gaz à haute pression. Ces deux éléments réunis sont très dangereux. Or pour moi, tous les enfants, qu’ils soient dans le privé ou le public, ont droit à la même exigence de sécurité. Ce site était donc absolument à exclure pour y établir une école. C’est après que je découvre que je suis face à un dossier très politique et que je vais subir de fortes pression.

C’est-à-dire ?

Je subis d’abord une forte pression de la communauté musulmane de Lyon. Le recteur de la mosquée demande ainsi un jour à être reçu en catastrophe. Il veut me convaincre de soutenir ce projet. Puis quelques jours plus tard, des manifestions sont organisées devant le rectorat, je note que de nombreux manifestants sont en tenues salafistes. On m’y traite de taliban et on me reproche de soutenir la loi de 2004 contre le port du voile, jugée raciste. Ce qui montre bien la confusion dans les esprits : en tant que recteur, je n’ai pas à me prononcer sur ce sujet, j’applique simplement les lois votées par le Parlement. Passons. Ils sont finalement reçus par le préfet.

Je vais également subir des pressions d’en haut. Après avoir fait connaître mes premières réserves sur le projet d’Al Kindi, en raison des sérieux problèmes de sécurité, je suis convoqué, chose inédite, par le ministère de l’Intérieur. Alors que je ne dépends que du ministre de l’Éducation nationale ! Nous sommes en pleine vacances scolaires et je dois, du jour au surlendemain, le 18 août 2006 très précisément, me rendre place Beauvau. Le 18 au matin, je me retrouve dans une salle qui s’appelle le fumoir, en présence de Jacques Gérault, préfet et directeur adjoint du cabinet de l’Intérieur. Participent également le préfet du Rhône et Bernard Thomas, directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, le ministre de l’Éducation nationale. Seul point à l’ordre du jour de cette réunion : le cas Al Kindi. On m’y donne la parole, je rappelle ma position devant cette assemblée de hauts fonctionnaires, notamment toutes mes réticences sur la sécurité du site. Force est de constater que le projet est déjà très avancé dans la tête de ces messieurs, puisque le préfet du Rhône me fait savoir qu’il envisage déjà de placer cet établissement sous le statut d’établissement sous contrat… Je sens bien que je deviens un obstacle pour eux. Mais après cette réunion, je maintiens ma position et j’envoie une note au ministère de l’Éducation nationale avec tous mes arguments justifiant mes réserves. Entre alors en jeu un petit nouveau dans ce dossier, Jean-Michel Blanquer.

Quel rôle tient-il dans le déroulement de votre affaire ?

Au mois d’octobre suivant, je reçois un coup de téléphone de sa part. Jean-Michel Blanquer vient de remplacer Bernard Thomas au poste de directeur adjoint de cabinet de Gilles de Robien. Il a vingt ans de moins que moi et a le profil parfait pour ce poste, c’est-à-dire capable d’exécuter à la lettre les ordres sans se poser de questions. C’est ce que je vais découvrir par la suite. Au téléphone, il me fait part des inquiétudes que je suscite au ministère. Il me reproche également de m’être exprimé sur des « mauvais registres ». Dans un article du Monde dans lequel j’étais interrogé sur les manifestations qui s’étaient déroulées devant le rectorat, j’expliquais : « Nous sommes en face d’un complot contre la République et ses lois. Moi je ne veux pas qu’on vende la France à la découpe ». Lui me signifie que j’ai dorénavant interdiction de parler…

Pour finir, il me demande de participer à un entretien à Paris mais m’indique qu’il se tiendra un samedi pour éviter que cela n’apparaisse trop comme une convocation… L’entretien est relativement correct. Je développe de nouveau les arguments motivant mes réticences, en y ajoutant cette fois que, au vu du développement de l’affaire, le projet Al Kindi, au regard du soutien de groupes salafistes dont il bénéficie, pose un véritable défi à la laïcité et plus largement à la République. Il m’écoute mais je vois bien que c’est parce qu’il essaye de me prendre en douceur car finalement, il me fait clairement comprendre que je dois céder. À la fin de notre entretien, je luis rappelle le contexte particulier que nous vivons. Nous sommes en pleine période de ramadan, et nous remonte dans toute la métropole de Lyon des incidents à l’encontre de jeunes gens subissant des pressions pour le faire. Je l’incite à créer un groupe de travail sur la laïcité.Il accueille ma proposition positivement mais me dit qu’il ne faut pas que l’on parle de ce groupe et que, si on devait en parler, il ne faudrait pas que le terme laïcité apparaisse… J’ai reçu par la suite plusieurs autres coups de téléphone de sa part pour me dire sensiblement la même chose, variant les remontées de bretelles et les mises en garde.

Pourquoi, selon vous, « l’appareil d’État » a-t-il réagi ainsi à vos alertes ?

Ça, je ne vais le comprendre que quelques mois avant mon limogeage. Grâce notamment à Bernard Thomas. En février 2007, je reçois un coup de téléphone de sa part à cause de mes déclarations lors d’un passage sur une radio locale où je rappelais mes positions sur Al Kindi et les enjeux républicains de ce dossier. Il était devenu entre temps le directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale, Blanquer le remplaçant à son ancien poste. Pendant notre échange, il me passe un énorme savon et me donne l’ordre de me taire car je mettrais Gilles de Robien dans une position extrêmement difficile par rapport à Nicolas Sarkozy.

Je comprends alors pourquoi mon ministère s’est comporté ainsi depuis le début de l’affaire. Au début de l’été 2006, lorsque débute l’affaire d’Al Kindi, l'élection présidentielle de 2007 est déjà dans toutes les têtes. Et tout le monde sait pertinemment que le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, se prépare à y concourir. Toute la droite et le centre de l’époque, voyant le chiraquisme finissant, doit se positionner par rapport à lui. Soit en le soutenant, soit en optant pour une prudente neutralité et éviter d’insulter l’avenir. Or Nicolas Sarkozy, ce n’est un mystère pour personne, joue clairement la carte communautaire pour consolider sa future candidature. En m’opposant à l’ouverture du groupe scolaire Al Kindi, je suis devenu une gêne pour Nicolas Sarkozy car de nombreux représentants de la communauté musulmane, à l’image de Dalil Boubakeur, soutiennent à l’époque ce projet. Il faut donc me faire taire. C’est ce qu’ils finiront par obtenir. Le 21 mars, un mois avant le premier tour de la présidentielle, je suis limogé.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’actuel ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a joué un rôle dans votre mise à l’écart ?

C’est un homme de toute évidence intelligent, fin manœuvrier, trop fin manœuvrier. Il a toujours été fort ambitieux, ce qui n’est pas un problème en soit sauf quand, pour atteindre ses objectifs, on devient peu regardant face aux grands enjeux républicains, dont l’éthique de la laïcité. Je suis également surpris par l’image qu’il a réussi à créer, cette stature de garant de la laïcité et de l’école républicaine. Il est clairement très doué en matière de communication mais le Jean-Michel Blanquer que j’ai connu est très loin de cette image qu’il s’est construit aujourd’hui,c’est l’anti-héraut de la laïcité !

 

Par Bruno Rieth

 

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Le concept qui suggère une alliance stratégique entre une partie de la gauche et l’islamisme n’a pas de base scientifique mais fait régulièrement irruption dans le débat public. Il a de nouveau été utilisé par Jean-Michel Blanquer et Bernard Cazeneuve après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.

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    En finir avec l’«islamo-gauchisme» ?

C’est devenu, au fil des ans, l’insulte suprême, symbole de la fracture entre les gauches dites «républicaines» et «décoloniales». Le premier courant assénant la pique au second. Un gros mot surgissant lors de débats sur l’identité, mais avec d’autant plus d’insistance au lendemain d’un attentat comme celui de Conflans-Sainte-Honorine. Ultime preuve que le conflit idéologique se durcit depuis l’assassinat de Samuel Paty, l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, peu coutumier d’une telle rhétorique, a dénoncé dès le lendemain de l’attaque les «lâchetés» de «l’islamo-gauchisme» face au communautarisme dans le Parisien. Pas plus tard que jeudi matin, Jean-Michel Blanquer s’en est également pris sur Europe 1 à l’«islamo-gauchisme» qui «fait des ravages à l’université».

Néologisme à la puissance évocatrice aussi floue que polémique, l’«islamo-gauchisme» est brandi par les tenants d’une laïcité dure, ou dite de «combat», pour disqualifier intellectuels, journalistes ou responsables politiques qu’ils considèrent coupables de complaisance avec l’islamisme sous prétexte de ne pas «stigmatiser l’islam». C’est aussi une contre-notion à celle d’«islamophobie» que revendique une sphère militante de gauche, son courant radical en général, pour mener un combat contre les discriminations faites aux minorités, à l’encontre des musulmans en particulier.

Fourre-tout

Si le terme émerge d’abord dans des réseaux confidentiels de l’extrême droite, il trouve un premier solide relais chez Pierre-André Taguieff, comme l’a déjà évoqué Libération en 2016. Dans la Nouvelle Judéophobie, paru en 2002, l’historien et philosophe l’utilise pour qualifier les accointances du mouvement altermondialiste avec un islam politique. Et montrer «qu’un certain tiers-mondisme gauchiste se retrouvait côte à côte, dans les mobilisations propalestiniennes notamment, avec divers courants islamistes». Mais l’extrapolation du concept n’est pas sans poser la question de l’hétérogénéité des courants, des individus et de leurs divergences derrière le mot «islamisme». Jean-Yves Pranchère, professeur de théorie politique à l’Université libre de Bruxelles, pointe ainsi la «très grande faiblesse analytique» de l’islamo-gauchisme : par exemple, «ce mot ne fait aucune différence entre islamisme et islam». La formule ne dit pas précisément ce qu’elle dénonce et c’est à ce caractère fourre-tout qu’elle doit son amplitude médiatique.

La thèse d’un rapprochement entre la gauche et l’islamisme se diffuse un peu plus à l’occasion du Forum social européen de Saint-Denis en 2003, lors duquel est invité à débattre le prédicateur musulman Tariq Ramadan. Dans le même temps, l’islamo-gauchisme refait surface avec la multiplication des controverses liées à l’islam. Comme lors des débats entourant la loi sur le port de signes religieux ostentatoires à l’école en 2004, les défenseurs du projet législatif taxant leurs opposants d’islamo-gauchisme. L’écrivain Pascal Bruckner reprend la notion en 2006 dans la Tyrannie de la pénitence (Grasset) pour dénoncer une «alliance entre militants de gauche et associations musulmanes radicales». L’essayiste s’appuie en fait sur un texte intitulé «le Prophète et le prolétariat» publié en 1994 par Chris Harman, leader du Socialist Workers Party (mouvement trotskiste au Royaume-Uni), qu’une lecture tronquée fait passer pour la promotion d’une telle coalition stratégique.

L’expression circule abondamment et connaît presque autant d’acceptions que d’émetteurs. Le philosophe Alain Finkielkraut s’en empare à son tour en 2010 pour alerter sur «un mouvement islamo-gauchiste ostensiblement indifférent à la mémoire de la Shoah».

 

Cibles emblématiques

Les attentats de 2015 marquent un tournant dans la massification du concept. En 2016, Elisabeth Badinter, féministe universaliste et militante de la laïcité, emploie le terme dans le Monde pour dénoncer la gauche «tolérante» face au communautarisme en plein débat sur la mode islamique. L’une des cibles emblématiques du qualificatif est le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, auteur de Pour les musulmans (La Découverte, 2014). «Edwy Plenel aime à se considérer comme le Zola des musulmans. Eh bien, avec un dreyfusard comme vous, les Juifs n’ont pas besoin d’antisémites», lançait Alain Finkielkraut à l’ancien directeur de la rédaction du Monde sur le plateau de 28 Minutes sur Arte en 2014. Mardi soir sur BFM TV, Gérald Darmanin, grand utilisateur du concept, en remettait une couche, estimant que Plenel et le site d’info étaient «responsables de cette ambiance qui permet à des individus de passer à l’acte».

A force, l’islamo-gauchisme tue dans l’œuf tout débat de fond sur la neutralité de l’Etat en matière religieuse dans l’espace public. L’expression est si équivoque qu’elle finit par s’appliquer à la lutte antiraciste et à l’usage du lexique décolonial, derniers atours, selon ses pourfendeurs, d’un militantisme islamiste qui ne dit pas son nom. Pour la journaliste Isabelle Kersimon, coautrice d’Islamophobie, la contre-enquête (Plein Jour, 2014), «la popularisation du terme reflète surtout la diffusion de la vulgate d’extrême droite dans des sphères qui se prétendent "républicaines". C’est un concept toxique qui sert juste à discréditer tout discours sur l’égalité et la justice entre individus». Si bien qu’à droite, «tout devient "islamo-gauchiste"». Même Jacques Toubon, ex-garde des Sceaux de Jacques Chirac, qu’on ne peut pas soupçonner de collusion ni avec la gauche ni avec l’islamisme, a été traité d’«islamo-gauchiste» par des militants d’extrême droite «républicains» en raison de son action au poste de Défenseur des droits, notamment lorsqu’il s’est alarmé des conditions de vie «inacceptables» des migrants installés dans des campements.

«Terme stigmatisant»

«Ce terme est dangereusement confus, insiste Jean-Yves Pranchère. Il permet des instrumentalisations qui justifient la haine des musulmans en imputant l’acte terroriste à une supposée essence de l’islam et, paradoxalement, il brouille la nécessaire critique d’un certain discours de gauche euphémisant à la fois les dangers d’un islam radical et un certain antisémitisme en son sein. Phénomène qu’on ne peut nier, mais que le terme stigmatisant d’islamo-gauchisme ne permet pas de comprendre.» La confusion est telle qu’Isabelle Kersimon est elle-même accusée d’être une islamo-gauchiste par des membres du Printemps républicain sur les réseaux sociaux alors qu’elle a été attaquée en diffamation en juin 2019 - procès qu’elle a gagné - par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), association fer de lance de… l’islamo-gauchisme, selon… le Printemps républicain.

Simon Blin

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Après le meurtre de Samuel Paty, je suis restée en état de sidération. L'information tournait dans ma tête mais j'avais l'impression que mon cerveau était incapable de la traiter. C'est d'ailleurs peut-être encore un peu le cas, je reste collée à l'énormité symbolique et concrète de l'événement. Un prof a été décapité pour avoir enseigné la liberté d'expression.

Je ne suis pas spécialiste de l'islamisme, ni enseignante, ni très au fait de l'histoire de la Tchétchénie.

Mais au bout de deux jours, alors que Patrick Boucheron lâchait publiquement un «mais fermez vos gueules» à l'attention des commentateurs qui tournaient non-stop dans les médias, j'ai eu l'impression que celles et ceux qui parlaient en profitaient pour nous faire un hold-up politique. Ces gens, qui n'avaient pas l'air d'être tellement plus experts que moi sur ces sujets, avaient trouvé les vrais coupables.

Ce n'était même plus le terroriste. Ni certains parents d'élèves. Ni certains imams.

Brusquement, les vrais coupables, c'était toute une partie des discours de gauche.

Brusquement, Manuel Valls était donné en exemple.

Manuel Valls qui accuse qui d'être responsable de la mort de Samuel Paty? Rien de moins que La France insoumise, la gauche journalistique, Edwy Plenel, la gauche radicale, l'Unef, la Ligue de l'enseignement, la Ligue des droits de l'Homme.

Par je ne sais quel tour rhétorique, le fait d'avoir répété qu'il ne fallait pas tenir pour responsables des attentats tous les musulmans fait désormais de vous un suppôt du terrorisme.

Jean-Michel Blanquer a même parlé de «complicité intellectuelle du terrorisme», visant les universitaires qu'il soupçonne du fameux islamo-gauchisme, dont on taxe désormais n'importe qui. On est arrivé à un stade où, quand Gérald Darmanin dit qu'il est choqué par les rayons halal et qu'on fait remarquer que c'est une phrase digne de l'extrême droite, on est direct catalogué islamo-gauchiste.

Mais ce n'est pas tout. Si j'ai bien compris, accepter la présence de femmes qui portent le voile dans l'espace public fait également de vous un·e islamo-gauchiste. Pareil si vous trouvez normal qu'elles aient le droit de parler.

Ça ne vous dérange pas que des mères d'élèves qui portent un voile accompagnent une sortie scolaire au Louvre? Vous êtes complice de terrorisme.

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La manière dont ces personnes –Jean-Michel Blanquer ou Gérald Darmanin– mélangent tout me terrifie. Comme le disait Leïla Slimani il y a un mois dans «C politique», où est la nuance? Où est l'humain?

Encore sous le choc de la mort de Samuel Paty, alors que j'attendais une analyse calme et intelligente de ce qui venait de se passer, j'avais l'impression de voir s'ouvrir les vannes de la haine idiote et démago, une turbine géante qui brasserait de la haine à plein régime. Sur le site de Télérama, Samuel Gontier a très bien résumé le processus en un article, intitulé «Après le meurtre de Samuel Paty, le concours Lépine des idées d'extrême droite».

J'avais presque l'impression qu'on me disait à moi que j'étais coupable. Ces gens créaient une affinité intellectuelle entre moi, qui pense que toute personne mérite le respect, et un Tchétchène qui décapite un prof.

Ça avait de quoi faire griller les neurones.

Mais ce n'était qu'une impression plus ou moins diffuse jusqu'à ce que Pascal Bruckner accuse ouvertement Rokhaya Diallo d'être responsable de l'attentat contre Charlie.

On en est là de l'ignominie.

Il n'y a aucun avantage moral à être victime de terrorisme

Ce que dit Bruckner est extrêmement dangereux. En tenant publiquement ces propos, il désigne Diallo comme cible. Il dit «regardez, c'est à cause d'elle, elle est coupable». Il fait donc exactement ce qu'il lui reproche: il mène un procès public, et ce faisant, il justifie d'éventuelles violences contre elle. Dans cette période de grande violence, de tous côtés, accuser ainsi quelqu'un est irresponsable.

Peut-être ne se rend-il pas compte du nombre de menaces qui pèsent déjà sur certaines militantes? Pourtant, il suffit de voir la manière dont a été traitée Alice Coffin ces dernières semaines, qui a dû être placée sous protection policière, pour en avoir un aperçu.

Mais non, Bruckner nous tient toujours le même discours, ce serait le néo-féminisme qui serait menaçant, qui condamnerait des hommes, qui ferait régner la terreur dans les médias. Comme il n'était plus à ça près, il a encore ressorti une déclaration tronquée de Caroline de Haas. Il y a certains hommes, vous les écoutez, vous avez l'impression de vivre dans une dimension parallèle où Caroline de Haas est présidente de la République. (Et c'est toujours un bonheur de les entendre dénoncer cette hyperpuissance médiatique des féministes, alors qu'ils ont leurs ronds de serviette dans toutes les matinales radio de France.)

Qu'il y ait de la part de Pascal Bruckner une grande méconnaissance de la situation ne m'étonne pas franchement. Qu'il s'autorise à parler à tort et à travers malgré sa méconnaissance ne m'étonne pas davantage.

Mais est-il si ignorant?

J'ai été stupéfaite par son cynisme. En début d'interview, sur France Inter, il explique que l'une de ses grandes inquiétudes, c'est qu'un déséquilibré s'attaque à une mosquée parce qu'alors «cela nous ferait perdre l'avantage moral».

Ce ne serait pas grave parce que des gens mourraient.

Ce qui l'embêterait, ce serait que cela nous ferait perdre un avantage moral.

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Je le cite in extenso: «Ma deuxième inquiétude, c'est l'action d'un déséquilibré, d'un extrémiste, qui va commencer, on a déjà vu l'exemple peut-être au Champ-de-Mars, qui va aller tirer sur une mosquée, qui va vouloir aller frapper des femmes voilées, et si un tel événement se produisait ou se répétait plusieurs fois, nous perdrions l'avantage moral que nous avons gagné en tant que nation victime du terrorisme islamiste.»

Peut-on dire quelque chose de plus ignoble?

Quel avantage moral gagne-t-on à voir des gens se faire massacrer à un concert ou à une terrasse de bar?

Quel est ce calcul dégueulasse?

Il n'y a aucun avantage moral en soi à être victime de terrorisme. Ce qui peut nous en faire gagner, en revanche, c'est la manière dont la société réagit à ces attaques.

Et au vu des derniers jours, je ne suis pas optimiste.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

 

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https://www.acrimed.org/Islamo-gauchistes-une-chasse-aux-sorcieres

 

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