thomas porcher clair et net , ter

" La dette a toujours été utilisée comme un épouvantail" "Notre PIB a été multiplié par quatre ces trente dernières années, donc on a créé beaucoup de richesses. Sauf qu'elle n'a pas été redistribuée."

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Thomas Porcher, économiste: «On a choisi de sacrifier une partie de la population pour permettre la richesse d'autres. Et ça, on l'a fait consciemment. On a organisé une guerre, une lutte entre pauvres, une lutte horizontale alors que le vrai problème c'est une lutte verticale. C'est une meilleure redistribution des richesses créées parce qu'on n'a jamais créé autant de richesses en France. Notre PIB a été multiplié par quatre ces trente dernières années, donc on a créé beaucoup de richesses. Sauf qu'elle n'a pas été redistribuée. Il y a une petite partie qui s'est accaparée une plus grande de cette richesse. Les gens ne demandent pas d'être milliardaires, ils demandent juste d'avoir un salaire leur permettant de vivre, des vacances et une retraite. Une partie de l'élite leur explique que ça, c'est trop. Ben oui, mais il ne faut pas jouer les enfants gâtés. Il y avait, je me souviens, moi, la rédactrice en chef de " The economist " , Sophie Pedder, qui avait écrit un livre sur la France, elle appelait ça " les derniers enfants gâtés " . Vous vous rendez compte ? Elle disait ça et tout le monde a applaudi ce livre, a trouvé qu'il était génial.»

«Une partie de la France qui s'appauvrissait»

Jeanne Baron, journaliste: «Vous ne pensez que l'on soit des enfants gâtés en France ?» Thomas Porcher: «Mais absolument pas. Peut-être quelques-uns.» Jeanne Baron: «Enfin pas tout le monde ?» Thomas Porcher: «Mais la plupart, non. Parce que pour la plupart, tous les acquis sociaux, on est en train de les casser. On est en train de les casser en leur expliquant qu'ils vont devoir avoir moins et qu'ils doivent être heureux. Et ça, c'est un véritable problème. Et ce qui est bien, c'est que les gilets jaunes, ils ont réussi à porter cette voix-là. Des gens finalement, qui n'en pouvaient plus. C'était ça et ça a surpris. Ce qui est surprenant c'est quand on regardait les chiffres, on voyait qu'il y avait une partie de la France qui s'appauvrissait, etc. Et ça a surpris nos dirigeants politiques mais notre élite également intellectuelle, qui était très mal à l'aise avec ce mouvement et qui l'a d'ailleurs combattu en prenant toujours un exemple à droite, à gauche de quelqu'un qui avait dit la mauvaise chose. On a toujours voulu le stigmatiser en faisant le contour de la réelle raison qui les avait amenés là, qui était une raison purement économique, de gens qui ne s'en sortaient plus, à qui on rajoutait constamment des taxes et qui demandaient juste " lâchez-nous ".»

«La dette a toujours été utilisée comme un épouvantail»

Thomas Porcher: «Vous savez, quand on avait 60 % de dette, c'est-à-dire qu'on avait deux fois moins de dettes qu'aujourd'hui, 60 % de dette et bien on fermait déjà des lits d'hôpitaux. La dette a toujours été utilisée comme un épouvantail pour casser le service public. On nous a dit qu'à 100 % de dette, on allait tous mourir. Grosso modo, que la note de la France allait être dégradée, que l'on n'allait plus pouvoir s'endetter, que ça allait être très grave. On a dépassé les 100 %, il ne s'est rien passé. Il ne s'est rien passé. Voilà. La réalité aujourd'hui, c'est qu'il faut casser ce débat, de cette dette que l'on agite pour casser les services publics mais que l'on agite jamais quand il faut baisser la fiscalité parce que entre 2000 et 2010, c'est 200 milliards de baisse de fiscalité. Macron, là, c'est 20 milliards. Hollande, c'était 40 milliards donc ça commence à faire beaucoup. Toujours de la baisse de la fiscalité et de l'autre côté, on coupe dans les services publics. Et là, quand il y a de la baisse de la fiscalité, donc des baisses de recettes fiscales pour rembourser cette dette, là, c'est jamais un problème. Mais c'est un problème quand il faut rajouter quelques lits dans les hôpitaux ou donner des moyens. Donc là, c'est un problème pour les aides sociales, un poignon de dingue, c'est un problème pour les hôpitaux, l'argent magique, mais c'est un cadeau à la France quand on donne les 4 milliards aux 1% les plus riches.»

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