Vers une levée des sanctions américaines à l'égard de l'Iran ?

Malgré l’annonce de nouvelles sanctions américaines le 10 septembre dernier visant en partie l’Iran, plusieurs éléments récents permettent de penser que le Président Trump pourrait assouplir les sanctions américaines à l’égard de Téhéran.

Donald Trump a annoncé le limogeage de son conseiller à la sécurité John Bolton le 10 septembre dernier. John Bolton - anti-iranien convaincu - plaidait depuis plusieurs années pour attaquer l’Iran et il est probablement d’ailleurs le principal artisan de la quasi-déclaration de guerre de Donald Trump à l’égard de l’Iran en juin dernier suite à la destruction d’un drone américain dans la région. Il aurait été impensable d’imaginer un rapprochement U.S./Iran en présence de John Bolton et son départ est certainement le signe d’un désaccord profond entre le Président Trump et John Bolton sur la stratégie à mener à l’égard de l’Iran. Notons toutefois que le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, et la directrice de la CIA Gina Haspel, anti-iraniens aux aussi convaincus, sont maintenus à leur poste.

Le même jour, Donald Trump s'est dit prêt à rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani "sans conditions préalables" afin d'évoquer la question du nucléaire iranien a déclaré lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor américain… Mais quelles pourraient être les raisons d’un tel revirement de stratégie à l’égard de l’Iran ?

The Art of the Deal

Le Président Trump a toujours soigné son image de négociateur exceptionnel et nul doute qu’une rencontre avec son homologue Rohani permettrait de lui donner un peu plus d’éclat. Il serait alors important pour le Président Trump que cette rencontre aboutisse à un accord, peu importe le fond, il faudrait sceller cette rencontre d’un deal – devenu un outil de marketing de l'administration Trump. Il est probable qu’un tel deal ne soit pas si différent de l’accord du JCPOA qu’il a pourtant décidé de faire voler en éclat en mai 2018.

Le Président Trump a déjà mis en place cette stratégie consistant à souffler le chaud et le froid, entre tension maximale et apaisement, avec son homologue Nord-Coréen et aboutissant à un sommet « historique » entre les deux dirigeants. Dans le fond, peu, voire pas d’évolution. Sur la forme, un Trump s’affichant comme un négociateur hors pair.

Make America Great Again

Les attaques de drones par les rebelles houthis le 14 septembre dernier à l’encontre d’installations pétrolières saoudiennes fait peser de nombreuses incertitudes sur l’approvisionnement mondial en pétrole car jamais le marché pétrolier n’avait connu une telle rupture dans ses approvisionnements. Suite à ces attaques, quelques 5.7 millions de barils par jour, soit environ 5% de la production mondiale, n’alimentent plus l’économie mondiale, entraînant ainsi une hausse automatique des prix du brut.

Alors que l’Iran produisait 3,3 millions de baril par jour avant l’entrée en vigueur des sanctions pétrolières, un assouplissement des restrictions américaines à l’égard de l’Iran pourrait permettre de rapidement calmer les prix du brut alors qu’à l’ouverture des marchés, le 16 septembre, en Asie, le cours du pétrole avait bondi de 20 %. Une telle mesure d’assouplissement à l’égard de l’Iran pourrait cependant entraîner un tôlé car il est difficile de se montrer magnanime à l’égard de l’Iran alors que les regards sont tournés vers les gardes de la Révolution, principaux soutiens des houthis. Cela ne serait pas non plus du plus bel effet à l’égard de l’Arabie Saoudite, allié historique des Etats-Unis dans la région.

Mais la détermination dont sait faire preuve le Président Trump pourrait aboutir à une rencontre avec son homologue iranien bien qu’il n’est pas certain que cette rencontre donne lieu à une levée des sanctions américaines. A moins que les prix du brut ne s’envolent durablement, et qu’il faille soutenir l’économie mondiale qui commence déjà à montrer quelques signes de ralentissement… le deal maker pourrait alors s’afficher en sauveur de l’économie tout en réaffirmant le rôle prépondérant des Etats-Unis sur la scène internationale.

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