PLAN PAUVRETÉ EN VUE

Le point de vue d'un gaulois de plus en plus réfractaire sur la cruauté se parant de bonté.

Quel noble effort que fournit notre "petit caporal", tout pétri d'enthousiasme dès qu'il s'agit d'arborer un visage humaniste qu'on ne le lui connaissait point.
Considérable annonce de 8 milliards d'euros (j'ai toujours eu un doute sur le pluriel éventuel) généreusement dispensés sur 4 ans - soit au-delà de son propre mandat ! Vous êtes trop bon mon Prince !

La France compterait 8,8 millions de pauvres (- de 1026 € mensuels), selon l'Insee. Voyons, voyons... Faisons montre d'un pragmatisme de si bon aloi en notre époque délétère... Mmmmh ! Menu "Démarrer", Accessoires, Calculatrice (je n'oublie pas ma gueuse condition)... 8 000 000 000 / 4 = 2 000 000 000 - la calculette n'a pas commis d'erreur jusque là... 2 000 000 000 / 8800000 = 227,2727272727273 - ça a d'la gueule, non ? Et enfin, 227,2727272727273 / 12 = 18,93939393939394 ...

Oyez, oyez pauvres de France, dans son infinie mansuétude, et par le truchement d'un plan pauvreté dont on nous rebattra longuement les oreilles, votre seigneur et maître vous accorde 18,93939393939394 € de pouvoir d'achat mensuel en sus. Noël ! Noël ! Noël ! Lui seul sait combien les décimales importent lorsqu'on a faim ou froid, peur ou honte... Et n'allez pas gaspiller cette manne dans deux paquets de blondes, vous n'auriez plus qu'à noyer votre chagrin dans un p'tit noir !

Je me montre de mauvaise foi ? Ah bon !
Je m'évertuais modestement de chiffrer le ruissellement représenté par ce pognon de dingue.
À moins que l'objectif ne soit pas tous les pauvres, mais certains pauvres. Auquel cas, je dois m'atteler à décrypter le message divin - au moins ce qui ne relève pas de la parabole.

- Repas à 1 € pour la restauration scolaire en REP ou dans les petites communes et petit déjeuner seulement en REP.

Décemment, ce serait un vrai progrès social. Seulement l'astuce rhétorique, quoique grossière, consiste à s'appuyer sur le fait que nombre de citoyens ignorent que ces REP se situent quasiment toutes en zone urbaine, belote ! Que la grande majorité des communes pratique un tarif dégressif en fonction du quotient familial, rebelote ! Et que dans ces REP, le quotient familial vole le plus souvent au ras des pissenlits, dix de der ! Mais alors, la bonté jupitérienne ne serait que pure communication ? "C'est vous qui voyez" répondait l'humoriste. Concernant l'instauration du petit-déjeuner en REP, oui, sans barguigner, il s'agit d'un progrès. Néanmoins, la noirceur insondable de mon âme d'ergoteur en déduit qu'il n'y a pas d'enfant pauvre se serrant la ceinture dans les établissements qui ne seraient pas prioritaires...

- Plus de crèches et des professionnels mieux formés dans les quartiers prioritaires.

Heu ! D'ici 2020 s'entend.
Je ne serai donc pas mesquin sur ce point, une avancée existe. Gageons qu'en milieu rural - jamais décrit comme défavorisé - nous autres, ploucs patentés (chasseurs exceptés) comprendrons les choix cornéliens de l'autorité suprême.

- Augmentation du nombre de contrats d'insertion par l'activité économique (IAE), qui passeraient de 100 000 à 240 000 sur le quinquennat.

Après les baisses drastiques d'emplois aidés, et en fin de mandat, ces IAE ne pallieraient pas même les purges, tant s'en faut. Tout ça pour ça ? On en rirait si ce n'était pas aussi féroce.

- L'obligation de formation passera de 16 à 18 ans et le dispositif "garantie jeune", pour les 16-25 ans les plus éloignés de l'emploi passerait de 100 000 à 500 000 d'ici 2022

Subtilité sémantique habile. Point de scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans, mais une obligation de formation... pendant laquelle Géo Trouvetou pourra nuancer les chiffres du chômage. Même si ce type de stratégie a été abondamment utilisée par l'ensemble de nos dirigeants depuis Mitterrand, je m'étonne toujours de son habillage à neuf.
Quant au dispositif "garantie jeune", outre qu'il ne se soit guère montré efficient, il fleure bon, une fois encore, "ce pognon de dingue" qui ne remédie à rien. Bobologie ruineuse destinée à placer les rustines sur nos colères.

- Un service public de l'insertion va être créé.

Amusant. L'effort est demandé... aux départements qui, s'ils sont vertueux, verront ruisseler des aides d'état dans la réalisation de cet objectif.

- La création d'un revenu universel d'activité suite à une loi votée en... 2020.

Parvenant à ce point précis, le seul qui compte, l'authentique réforme, la machiavélique cruauté se tient dans les approximations, les non-dits. De cette brume naîtra la Bête, le CRUD, un acronyme qui sonnerait comme il signifie.
Si ce brouillard s'avère aussi dense, je crois qu'il constitue une arme redoutable d'adhésion massive à un programme qui laissera le plus grand nombre sur le bord de la route. Illustrations : [...] "un revenu universel d'activité qui fusionne le plus grand nombre possible de prestations et dont l’État sera entièrement responsable", un revenu qui serait soumis à "des droits et des devoirs supplémentaires". [...] "droit à être aidé et accompagné [...], nous veillerons à ce que les devoirs soient respectés par les bénéficiaires". Un revenu "simple, équitable et transparent"... Assez dégusté la prose !
D'emblée, je partage avec Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé (j'ignorais que je partageais avec cette dame), le constat : ce revenu "universel" ne l'est pas puisqu'il n'est attribué que sous conditions de ressources.
Les seuils d'obtention ? On verra plus tard.
Quid de celles ou ceux qui bénéficiant, aujourd'hui encore, d'une APL, passeraient alors en-dessous des nouveaux radars pour obtenir ce CRUD révolutionnaire ?

Allons gauloises, gaulois et mégots, réfléchissez, mais réfléchissez vraiment, le nouveau monde c'est maintenant ! Serez-vous sempiternellement épargnés par la foudre ?
Combien de temps encore allons-nous nous taire quand ce sont les autres qui sont frappés, ces nantis, cheminots ou vieux ? Seront-ils à nos côtés ce stigmatisés lorsqu'on viendra frapper à nos portes ?
Combien de temps encore allons-nous croire tel ou tel courant de pensée économique quand toutes ces visions antagonistes sont étayées par des individus aussi capés et talentueux les uns que les autres ?
De la seule vision globalisée et libérale du monde dont on constate désormais les écueils nous devrions nous contenter ?
Combien de temps encore allons-nous croire que le monde selon Macron se pare des atours de la nouveauté ?

RÉ-FRAC-TAIRES !

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