Emmanuel Le Stratège

Il est vraiment, il est vraiment phé-no-mé-nal...

Après un coup d'état démocratique en règle qui le conduisit à jouer un va-tout politique pour le moins osé - en effet, s'il avait échoué, quel homme politique, quel parti, aurait misé sur pareil Brutus ? - le grand homme nous offre un gambit sur fond de grogne sociale : Emmanuel Macron renonce à sa retraite de président !
Bravo l'Artiste ! Si, si, je suis sincère jusqu'au fond de ma culotte trempée à force de rire ! Las ! Retraité moi-même, ma vessie et la sienne n'ont pas la même vigueur...
De l'art du populisme - le vrai, celui-ci - se parant de la plus grande des vertus républicaines : l'exemplarité. Quelle maestria !

Moi qui ne suis rien, pour tout dire quasiment un sans dents, cela me laisse pantois et m'interroge sur l'ampleur du sacrifice tout autant que sur ses objectifs. Je ne le crois pas plus humaniste que doté d'un sens moral aigu (je le confesse, croire n'est pas savoir, mais en vieillissant, si ma vessie s'abandonne parfois, ma naïveté, elle, se refuse désormais à me laisser en paix).

Touchant à la dimension du sacrifice, je note qu'il ne s'agit pas d'un renoncement pur et simple - quand bien même, d'ailleurs, l'intelligence de la manœuvre n'aurait pas été moindre - mais d'un ajustement à sa réforme au pays des points et merveilles. D'abord.

"Sollicité par notre journal, l’Élysée nous annonce que le chef de l’état ne percevra pas la retraite que lui attribue une loi très généreuse de 1955. Un nouveau mécanisme sera créé pour le mettre en conformité avec le futur régime par points." (Source : Le Parisien)

Sacrifice qui pourrait sembler plus conséquent, Sa Sainteté renoncerait au Conseil constitutionnel. Bigre ! Cette fois-ci, c'est au tour de ma pauvre mémoire de dysfonctionner, probablement, car il me semblait avoir eu vent, que cette clause du grand-père que s'octroient nos Princes, vivement critiquée, tant par le peuple que certains élus, pourrait toucher à sa fin lors d'une réforme constitutionnelle. Mais, sur ce point, je n'affirmerai rien.

"Le chef de l’état, qui a fêté ses 42 ans ce samedi, a également décidé de ne pas siéger à l'avenir au Conseil constitutionnel dont les anciens présidents sont membres de droit à vie, avec une indemnité de 13.500 euros." (Source : La Provence)

Restent les cibles. Quel(s) public(s) se trouvent dans la ligne de mire de notre grand monarque ? Je n'ai alors que des hypothèses à l'esprit. Je manque trop d'instruction et ne dispose pas d'informations (sans humour, aucun) pour qu'elles puissent être crédibles. Mais à l'instar de cet étron trouvé inopinément sur ma matinée, je tourne autour, le renifle, en remuant la queue de plaisir.
Les Gilets Jaunes (trop haineux, à juste titre) ? Les grévistes, syndiqués ou non (pas leurs "chefs" évidemment, trop roués) ? Les vieux (suis-je bête, il a déjà leur soutien, retraités indécents qui pour sauver leurs "miches" sont prêts au sacrifice des autres) ? L'opinion publique (celle qui ne consent pas, mais ne fait pas l'effort de se montrer réfractaire, celle qui soutient un jour, et fléchit le lendemain, lorsque son confort festif se voit impacté par la grève) ?

Si je demeure perplexe quant à l'efficacité de semblable roublardise, je voue à notre Président une admiration sans borne qui n'a d'égale que ma défiance et mon ressentiment.

Suite aux prochains épisodes...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.