"Des jacqueries en général et de l'art consommé de les éteindre, énième épisode"

Triste ressenti après l'intervention présidentielle du 27/11/2018, quelques mots qui n'engagent que moi.

De tous temps, le chef n'a cure des "fins de mois" du croquant, tout au moins celui qui n'a rien compris aux seuls axiomes du pouvoir qui vaillent : prendre le pouvoir & s'y maintenir. Le "grand" Prince, lui, sait qu'avec une hostilité endémique, il ne pourra que retarder l'issue, quitte - dernier soubresaut avant l'agonie - à se crisper et à employer la plus sévère des brutalités. Quand à "la fin du monde", sa dépendance clinique à l'exercice du pouvoir l'empêche de se sentir concerné. Pour lui, "la fin du monde" se superpose exactement avec la fin de SON monde.
Dans l'adversité, le chef est seul. Ses grimaces ne convainquent alors plus personne et surtout pas sa cour, excitée par l'odeur du sang.

Lorsqu'on s'attache à l'observation du roi, du bourgeois, du hobereau local ou du petit chef, l'on sait sa nécessité de maîtriser l'idée d'intérêts bien compris entre lui et ceux qu'il dirige, quelle que soit la matière constituant la main et celle du gant qui la masque. Bourgeois paternaliste, monarque éclairé, petit chef bienveillant versus patron arrogant, seigneur brutal, petit chef sournois...

Notre Président vit désormais sa catharsis et se prépare à affronter sa nature profonde. Bien malin celui qui parviendra - à ce jour - à en prédire les conséquences.

Le déroulé des postures ne surprend pas tant il est usé.
Une jacquerie, de vrais croquants, sincères pour la plupart, avec, à l'affût, les grands perdants de la bataille précédente, bien trop avisés pour tomber les masques, pas assez humanistes pour éviter les drames à venir. L'usure et une indispensable structuration, les divisions qui fissurent le bloc. Un état qui œuvre - tout en finesse froide. L'hubris du vainqueur qui croit son pouvoir bien plus assis sur son mérite que sur des circonstances. Une cour servile à laquelle il ne peut se fier.
Le reste, tout le reste, n'est que gesticulations - démagogie, intimidation, guerre d'usure, répression, petits ou grands mensonges à l'envi.

Une démocratie avait pour vertu essentielle de brider ce pouvoir démesuré, tant par des institutions complexes à contourner que par des contre-pouvoirs forts et divers. Pour le Prince, modifier les premières et décrédibiliser les seconds est une convoitise. De Erdogan à Macron. Englués dans un sentiment de sécurité trompeur, nous, peuples qui n'avons connu ni guerre, ni famine, ni grande pandémie, n'avons pas mesuré à temps l'ampleur de la sape océane de nos gouvernants délitant le marbre de ce que l'on croyait acquis. Même le peuple grec qui a souffert et souffre encore, bien plus que nous, de l'ire européenne ne se soulève point.

Écrivant ces lignes, je sais passer pour cynique ou désabusé, pourtant... celui ou celle qui aurait la patience de me lire devrait y déceler plus de douleur que de froideur. Tout peut toujours se produire. Le pire comme le meilleur. Moi aussi, croquant, je ne peux m'identifier à ce mouvement des gilets jaunes pourtant légitime. Les cordes que tiennent les opportunistes, l'absence de "chef" - il en faut toujours pour avancer, la conviction de son évolution et sa probable conclusion, rien ne me happe.

M. le Président de la République française, mon ressentiment à l'égard des politiciens en général, de votre gouvernance en particulier, ne peut que prêter à rire. Je suis âgé maintenant, et j'ai du confort à perdre. Je suis inodore, insipide, résigné et... probablement lâche. Je me déteste tant qu'il m'arrive de songer à ce dont je serai (je préfère encore le futur de l'indicatif au conditionnel) capable, le jour où se lèveront, en nuée ardente, tous ces insignifiants tellement plus courageux que moi.
Envisagez-vous, parfois, dans votre infinie solitude, que vous puissiez croiser un Étienne Lantier ?
Personnellement, moi qui suis profondément athée, je prie souvent pour ne pas le rencontrer.
Le chaos me glace, la colère du peuple m'effraie.
Il est vrai que je ne dispose pas de berline royale, encore moins d'un jet...

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