L’essentialisme culturel est la source de la radicalisation.

L’essentialisme culturel est l'ennemi des droits, des libertés et du progrès. L’essentialisme culturel est la source de la radicalisation.

 

L’appartenance à une culture ne doit pas être un stéréotype identitaire emprisonnant l'identité de l’être. L’identité de l'être doit se construire par sa propre existence, par l'expérience de celui qui la porte. Il faut déjà être libre pour pouvoir expérimenter et construire son identité.  

Dans ce sens il y une citation qui m’a toujours marquée : celle de Zied el Rahabani qui disait « Dans cinq minutes après ta naissance, ils décideront de ton nom, ta nationalité, ta religion, ta sexualité et de ta communauté… et tu passeras toute ta vie à te battre pour des choses que tu n’as pas choisies et à les défendre bêtement.

La radicalisation qu’on a vu monter dans diverse époques, aujourd’hui on la voit gagner du terrain partout dans la communauté arabo-musulmane. Cela n’est autre qu’une conséquence directe de l’essentialisme culturel.

Le 16 octobre 2020  cette radicalisation a tué Samuel Patty et malheureusement il n’est pas le seul ni le premier à subir cette atrocité.Le 8 Juin 1992 Farg Fouda professeur et écrivain a été tué au Caire pour avoir osé critiquer l’intégrisme islamique en Egypte. Le 2 juin 1993 Tahar Djaout professeur et écrivain a été tué à Alger à cause de sa pensée progressiste émancipatrice, et la liste est longue....

Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? C’est la question que toute jeune personne se posera à une certaine phase de sa vie, pour certains la réponse est simple : leur éducation est basée sur la liberté et conduit à se construire autant que possible indépendamment de ses origines culturelles mais ce n’est pas toujours le cas. Comme disait Zied el Rahabani , on est déjà condamné à l’essentialisme culturel dès les premières secondes de notre vie. Condamnés par les proches, par la communauté et par la société. Cet essentialisme  lui donne certes facilement des réponses à ses questions mais le prive de son droit de se construire au gré de ses expériences sans être assigné systématiquement à une identité forcée, de penser, d’expérimenter de philosopher.

Il sait déjà qu’il est musulman,  non pas par choix mais par devoir d’appartenance culturelle, il sait déjà ce qu’il peut manger et ne pas manger et en cas d’oubli la société le lui rappellera à chaque occasion, il sait ce qu’il doit penser et comment il doit agir… il reçoit un grand nombre de prescriptions qu’il ne peut lui même généralement pas expliquer sérieusement puisqu’il ne choisit pas et ne peut que s’en référer à un dogme.

Un professeur qui montre de simples caricatures d’un prophète  suffit à certains pour déclencher la polémique voire même commettre des atrocités . Une sensibilité réactionnaire estime que la communauté musulmane dans son intégralité devrait se sentir blessée ; partant de ce sacro- saint  essentialisme, un jeune issu de la culture musulmane devrait obligatoirement se sentir blessé par ces caricatures et devrait obligatoirement le montrer.Ont-ils seulement pensé ne serait-ce  qu’un simple instant aux jeunes qui n’ont pas été choqués  voire même  amusés et peut être ont apprécié cet acte en silence de peur de représailles inter communautaire.

Cela me rappelle une expérience personnelle, j’ai fait l’école tunisienne et je me rappelle que lors  du cours de littérature arabe, nous avons découvert les poèmes polémiques d’Abou Nawes ; ce poète appelait les gens à rejoindre les bars  tout en en faisant l’éloge de l’ivresse sans oublier ses poèmes libertins… Certe les jeunes en classe ont été surpris par le caractère libertaire de ce poète mais cela ne nous a pas choqué, au contraire ça nous a donné un exemple divergent dans notre propre culture. La poésie d’Abou Nawes ne blesse que les plus radicaux des religieux, dans le même cours nous avons eu les poésies érotiques d’Omar Ibn Abi Rabiaa  où ce dernier s’est libéré du dogmatisme religieux et social de son époque et qui s’est permit d’évoquer et d’assumer ses amours interdits. Au lieu de nous choquer, ces poèmes nous ont fait aimer la littérature arabe et découvrir la liberté de penser...

Ceci m’amène à la réflexion suivante :

Les parents d’élèves du lycée, l’imam, et l’auteur de cet acte odieux connaissaient-ils Abou Nawes et Omar Ibn Abi Rabiaa pour comprendre que la liberté de penser et de vivre est aussi propre à la culture arabo-musulmane qu’aux autres cultures, comprendre enfin que le blasphème n’est autre qu’une simple opinion. Ces personnes-là savent-elles que Averroès, Avicenne , Al kindi, Rhazès, Al-Farabi, ces savants dont la culture arabo-musulmane est si fière,  ont tous été accusés de blasphème et furent emprisonnés et tués par les plus radicaux.

A –t-on pensé à ces jeunes qui se trouvent aujourd’hui entre le marteau des discours haineux de la droite suprématiste raciale et l’enclume de la radicalisation islamiste ?

Pour lutter contre la radicalisation, il faut surtout lutter contre l’essentialisme culturel renforcé par un discours islamique d’une part et un discours haineux racial d’ autre part.

Les discours radicaux des imams se construisent et commencent par un seul slogan généraliste « nous les musulmans »  un slogan qui renforce le stéréotype identitaire  qui prône l’essentialisme culturel, du haut de son minbar l’imam se permet déjà d’avoir une légitimité de dicter la pensée à tout un groupe de personnes liées par une appartenance culturelle. Alors que son rôle se limite normalement à  diriger la prière, car il faut peut-être le rappeler, dans l’islam il n’ y a pas d’intermédiaire entre la personne et son dieu ( absence de clergé en  islam sunnite)

Il faudrait rendre à ces jeunes et à cette communauté la liberté d’exister individuellement en dehors de ce stéréotype identitaire et communautaire.

On ne doit pas occulter l’existence des valeurs humaines de l’Islam qui sont  partagées par des personnes issues de sociétés différentes et de pays différents ; cette culture arabo-musulmane doit permettre à chacun d’être soi-même dans le cadre des lois, des valeurs humaines et républicaines.

Le rôle de l’école républicaine consiste à transmettre les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité et aussi à combattre l’essentialisme culturel par la connaissance. Demander aux élèves issues de la culture arabo-musulmane de sortir de la classe pour ne pas les heurter , aurait pour conséquence  de renforcer leur isolement dans l’essentialisme culturel et de leur ôter leur liberté. Il aurait fallu leur montrer les caricatures, et  de leur parler des jeunes filles qui ont été  emprisonnées en Iran pour avoir exprimé leur opinion sur leur obligations de s’habiller de telle façon ou peut être de Raif Badawi le bloggeur condamné pour blasphème en Arabie saoudite. 

 

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