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Billet de blog 29 août 2020

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La foire à la polémique

ou l'art de débattre sur des choses dont on devrait se foutre...

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Pas un jour sans sa polémique, sa petite phrase qui tâche, sa photo ou son dessin qui buzze, son injonction à prendre parti sur un détail ou une opinion qui fait des vagues. Que ce soit dans les médias, dans les fils de commentaires ou aux repas de famille, le débat ne porte que sur les polémiques du moment.

C’est plus fort que nous, il faut qu’on parle de ça, de la photo parue dans valeurs actuelles d’une députée en mode esclave ou du titre d’un bouquin modifié, plutôt que d’un sujet de fond comme quelle société mettre en place, s’il faut sortir du capitalisme ou notre rapport à la biométrie, pour ne citer que quelques sujets de fond qui mériteraient amplement de se prendre joyeusement le chou. Pourtant, qu’est-ce qu’on en a à foutre de savoir si on est d’accord ou pas sur la dernière babille sortie de la bouche de Mélenchon ou de Macron, sur le dernier tag facho dans un cimetière ou sur la dernière bafouille de Trump sur tweeter ? Qu’est-ce que ça changera à notre situation et à notre compréhension du monde, de débattre sur l’exclusion ou non d’un ex-LREM du PS, de la portière ouverte ou pas ouverte exprès par tel flic ou du bien-fondé de l’obligation du port du masque dans la rue ? Rien. Et pourtant, on passe notre temps à ça. Tout est fait pour que nous ne parlions que de ça, une polémique en remplaçant une autre.

Parmi les responsables, les journaux, qui ne relèvent que les propos de telle célébrité ou de tel politicien. On fait même des articles basés sur un tweet. Les titres des articles aussi sont un appel à prendre parti. Un exemple avec le Figaro : Condamnations unanimes après la représentation de la députée LFI Danièle Obono en esclave dans « Valeurs Actuelles ». Avec un titre comme ça, soit t’es comme l’unanimité, soit t’es contre l’unanimité (parce que oui, dans notre monde, il y a des gens qui ne font pas parti de l'unanimité). Pas d’entre deux surtout, et pire encore, pas de « je m’en branle de ce qu’a fait Valeurs Actuelles, si c’est mal ou pas, c’est pas intéressant, j’ai pas envie d’avoir un avis dessus ni même d’y réfléchir ne serait-ce que 5 secondes. » Et encore, quelqu’un qui émettrait un tel discours, ça ferait polémique : « comment ça tu t’en fous ? T’as pas honte ? En fait t’es comme eux... » Et d’autres qui prendraient sa défense : « mais il a le droit de pas avoir d’avis, Valeurs actuelles font ce qu’ils veulent, liberté d’expression », à qui on rétorquera : « oui mais non, c’est ignoble car... » et ainsi de suite pendant quelques temps, jusqu’à la prochaine polémique.

Autre responsable, les politiciens. C’est sûr que ça les arrange bien ce genre de polémique. Certains s’en font même une spécialité. Outre que cela permette qu’on parle d’eux, ça noie le poisson, ça détourne des sujets importants et ça divise. Parce que c’est bien pratique de diviser des gens qui pensent tous les deux que le capitalisme est à abattre, mais qui ne sont pas d’accord sur la fin ou non des repas sans porc à la cantine. Je dis le politicien, mais tous les hommes de pouvoir sont friands de ce genre de débats à la con. Un autre exemple avec le féminisme. On ne débat pas de la place des femmes dans la société, sur le pourquoi de la situation ou sur comment changer les choses. Non, on « débat » sur l’écriture inclusive. Pour ou contre le celleux et le tous-tes ? Oui, on a tous un avis dessus, bien tranché et on pourrait parler des heures sans se mettre d’accord. Et on s’invectiverait de machiste ou de féminazi, sans voir que sur 99 % de la question du féminisme, on est d’accord. Sans voir que ça fait le jeu des vrais machistes, qui reçoivent ainsi dans leur « camp » ceux qui sont contre les celleux alors qu’à la base, leur camp aux machistes qui pensent la femme inférieure à l’homme, c’est qu’une poignée. Ah, et je vois déjà une polémique arriver. « Oui mais t’as rien compris, le machisme c’est pas que ça... ».

Et je crois que je vais m’arrêter là finalement, car à parler des polémiques, je me rends compte que c’est déjà polémique et je vois les commentaires cloquer, comme des verrues sur un pied trop mouillé: « oui, tu minimises le racisme/machisme etc », « comment ça le machisme c’est qu’une poignée de gens ?», « attends c’est normal de chercher à savoir si les flics ont ouvert cette portière volontairement ou pas ».

Bref, sur ce, je retourne à une lecture plus intéressante. En ce moment, c’est un hors série du diplo sur l’économie. Passionnant. Puis je finirai le dernier Damasio « Les furtifs » sur les technologies de contrôle...

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