L'Iran par la Grande Porte

Obama, Rohani et les autres

C’est, de bout en bout, la stratégie globale d'Obama qui vient de faire ses preuves et de s’imposer à ses plus ou moins alliés occidentaux

Obama a voulu se «réconcilier» avec l'Iran, comme il est en train de le faire avec Cuba pour trois raisons

1-      Réaliser un coup politique de rupture historique avec les politiques moyen-orientales de ses prédécesseurs : rompre effectivement avec l'ordre de l’après- guerre froide, particulièrement celui des années 2000)

 

2- Refaire la carte des alliances au Moyen-Orient, alors que le poids de l'Arabie Saoudite             et d'Israël sont stratégiquement en déclin. Aujourd'hui les E.U. dispose avec l'Iran de quatre partenaires qui sont des puissances régionales : Israël, la Turquie, l'Arabie Saoudite et l’Iran, mais seul l'Iran a gardé toutes les cartes du jeu entre les mains : positionnement géopolitique régional, potentiel humain et surtout stabilité.

      Les trois autres partenaires ne peuvent que suivre. Ils ne peuvent pas s'éloigner des Etats-                                  Unis sans prendre de risques vitaux (Ils sont dans la poche (des E.U. en tout cas).

 

3- L'aspect économique : Le potentiel iranien est immense (et c'est probablement pour cela que les grands groupes américains ont franchement soutenus Obama dans cette démarche :

L'Iran est une puissance pétrolière qui n'a pas dilapidé ses ressources qui restent immenses, mais surtout gazière (l'énergie du futur),

L'Iran est un marché de plus de 80 millions de personnes avec une classe moyenne très hautement qualifiée et qui va surtout s'élargir avec la croissance économique engendrée par la levée des sanctions.

 

L'Iran disposera avec la restitution de ses avoirs financiers bloqués en Occident d'une immense manne financière que le futur gouvernement (voir plus bas) va utiliser pour rattraper le retard en matière d'infrastructures et d'aménagement régionaux

Cela fait saliver l’entreprise et les milieux financiers occidentaux.

 

Pourquoi lever les sanctions maintenant ?

Parce que dans un plus d’un mois, vont avoir les élections législatives iraniennes, les plus décisives pour l’avenir du pays : Obama offre aux « réformateurs » de Rohani parce que l'électeur lambda et surtout celui de la classe moyenne iranienne va mettre la fin des sanctions au crédit de Rohani et de son gouvernement « réformateur ». Parce qu'il y a un fait établi pour tous les Iraniens : leur gouvernement a négocié d'égal à égal avec les E.U, d’où une grande fierté retrouvée pour l’une des plus anciennes nations de l’humanité.

La levée des sanctions va nettement améliorer la vie quotidienne et les affaires.

 

Et les Européens ?

Ils y sont allés, en rangs dispersés. Et s’y retrouvent contraints

L'Allemagne et la Suède, par exemple, avaient déjà une position pragmatique depuis le début, Le gouvernement français, trop lié aux saoudiens et les Emirats du Golfe par de gros contrats d'armement, a tenté de s’opposer, du moins en apparence et contrairement aux vœux des milieux d’affaires, à ce processus et ils vont le payer cher. L’Iran risquant d’exiger l’ouverture de certains anciens dossiers franco-iraniens..

 

Mais le Monde Occidental doit apprendre à ne plus faire preuve de la moindre arrogance.

Les Iraniens veulent garder toutes les cartes entre leurs mains : Les cartes géopolitiques

(Partenaire incontournable pour toute négociation en Syrie et au Yémen...), mais surtout économique : les Iraniens vont vouloir accélérer le processus de transfert de technologie(c’est déjà fait dans l'industrie militaire) et garder la liberté de choisir leurs partenaires économiques dont les investisseurs.

N'oublions pas que l'Iran dispose d'un certain nombre de fonds souverains conséquents et qui vont davantage l'être avec la restitution des avoirs bloqués en Occident.

Alors que les E.U. veulent desserrer les liens que l'Iran a tissés depuis longtemps avec la Russie et un peu moins avec la Chine, il n'est pas certain que les Iraniens soient d'accord.

Au contraire ce dénouement les met même en position de force par rapport à l'ensemble de leurs partenaires.

Reste une difficulté majeure pour le régime iranien : Il ne pourra plus se cacher derrière les sanctions pour masquer ses échecs économiques.

Mais c'est une autre affaire

 

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