Au revoir

Ce billet, le 268e, est aussi le dernier, la résiliation de mon abonnement à Mediapart conduisant automatiquement à la fermeture du blog. Pour le prix d’un abonnement, le lecteur est en droit de demander deux choses : de l’information, un minimum de considération. Deux choses que, depuis l’automne 2018, Mediapart ne lui fournit plus.

Ce billet, le 268e, est aussi le dernier, la résiliation de mon abonnement à Mediapart conduisant automatiquement à la fermeture du blog.

Pour le prix d’un abonnement, le lecteur est en droit de demander deux choses : de l’information, un minimum de considération. Deux choses que, depuis l’automne 2018, Mediapart ne lui fournit plus.

L’épisode des gilets jaunes a incontestablement marqué un tournant dans la ligne éditoriale du journal, la rédaction s’engageant sans aucun recul dans le soutien d’un mouvement dont elle a feint de ne pas voir (parce qu’elle s’en accommode…) la dimension identitaire, la violence systémique, la forte composante d’extrême-droite ; s’aveuglant également sur l’absence de projet, benoitement assimilé à une « spontanéité » qui conduit à une impasse politique… voire à de périlleuses compromissions, comme celle que laissait entrevoir, dans les colonnes de Mediapart (07/12/2018), un Eric Hazan, tout heureux de sa fierté retrouvée « d’être français (…) Pour toute une frange des intellectuels, la violence, c’est le mal. Pour celles et ceux qui ne s’arrêtent pas là-dessus et peuvent la juger parfois légitime, le fait que l’extrême droite soit présente dans cette violence en défrise pas mal. Mais moi, ça ne me gêne pas. Parce que les ennemis de mes ennemis ne sont pas vraiment des amis, mais un peu quand même. » Ce n’était pas suffisamment clair ? Renverser Macron ou le destituer, comme le réclame Plenel dans une tribune hystérique, ouvrir un peu plus les portes du pouvoir à l’extrême-droite. Patience, on y travaille…

Information à sens unique, partielle et partiale, enquêtes superficielles (réduites à une succession de témoignages soigneusement sélectionnés), « invités » de Mediapart tous issus de la même chapelle, absence totale de distanciation : en quelques mois, Mediapart, de journal engagé, est devenu un journal partisan, avec toutes les œillères qui vont avec. La pensée binaire oblige à se positionner : le camp du bien contre le camp du mal. Tant pis pour l’abonné qui ne se reconnaît pas dans cette vision caricaturale du monde et qui se trouve alors immanquablement rejeté dans les rangs d’une « macronie » imaginaire.

Au printemps 2020, une pandémie mondiale, totalement nouvelle dans son origine, sa propagation, ses conséquences planétaires, allait-elle inciter Mediapart à un peu plus de rigueur, de recul, de prudence, (la modestie, ce serait sans doute trop demander…) ? Nullement, Mediapart préférant voir, dans cette crise inédite, la confirmation de ses propres croyances. Avec l’absence de doutes qui est la marque d’une publication dogmatique et doctrinaire, Mediapart a réponse à tout : la faute au « pouvoir » (identifié à Macron, sur qui la rédaction fait une fixation quasi pathologique), la faute au « système » (terme générique, à la définition aussi fluctuante que les analyses qui prétendent en rendre compte). La faute à quelqu’un ou la faute à quelque chose. Incapable de penser la complexité du monde, amalgamant dans une extravagante « convergence des luttes » tous les sujets d’actualité – covid, injustice sociale, violences politiques, crise environnementale etc – le chevalier blanc part en chasse contre le coupable dont la désignation et la punition permettront d’éviter d’autres remises en cause tout en satisfaisant « le peuple » (c’est-à-dire la partie de l’opinion qui partage le point de vue de Mediapart).

Bref, une conception de la politique, simpliste et intolérante, qui refuse le débat, la confrontation d’idées et fait le lit du populisme.

La participation du lectorat dans le respect de sa diversité, on n’ira pas non plus la chercher dans l’impensable chapelet de commentaires qui accompagnent les articles, un domaine confisqué, littéralement gangrené par les interventions hargneuses de glossateurs anonymes, n’intervenant pas en leur nom personnel mais comme porte-paroles d’un bruyant assemblage où se rencontrent les affidés de la France dite « insoumise », relayant inlassablement la voix de leur maître, au côté de toute une mouvance qui s’affiche volontiers comme « révolutionnaire » ou d’ extrême gauche » mais qui, en réalité penche sérieusement vers l’extrême droite. Tout un petit monde pour lequel la révolution compte moins que le renversement du pouvoir et le renversement du pouvoir moins que le défoulement personnel (dans les rues, le samedi de 14 à 16 h et dans les colonnes de Mediapart). Ici, dans chaque commentaire, on hurle ses slogans, on insulte, on injurie grossièrement son contradicteur, attaqué de façon systématique à travers sa propre personne. Avec la tolérance d’une « modération » de Mediapart (si tant est qu’elle existe) qui cache mal la complaisance (d’une partie ?) de la rédaction pour ces pratiques de nervis.

La face cachée de Mediapart en quelque sorte, dont le fondateur, borné par un ego surdimensionné, à vouloir se prendre pour Zola, finirait plutôt par ressembler à Léon Daudet.

Merci, en tout cas, aux lecteurs qui me suivaient régulièrement et avec qui j’ai eu du plaisir à discuter, soit dans les commentaires, même quand nous n’étions pas d’accord, soit sur la messagerie privée. Pour ceux qui le souhaitent, nous pouvons nous retrouver sur un autre blog régulièrement entretenu depuis plusieurs années ; il y est question d’école, du SNU et tout spécialement de l’emprise croissante sur l’Ecole de représentations identitaires (par l’enseignement de l’histoire, de l’éducation civique, par l’éducation à la défense), autant de questions dont je regrette le faible écho dans l’opinion publique (comme d’ailleurs sur Mediapart). Un blog politique donc, mais une politique pas considérée comme un outil de conquête du pouvoir ou d’exercice du pouvoir. Un blog qui ne pouvait donc plus être hébergé chez Mediapart.

 

Nouvelle adresse : http://journaldecole.canalblog.com/

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