Eloge de l'abstentionnisme

«L'alternance est en marche» clamait Nicolas se félicitant ainsi de la victoire de son parti aux élections départementales.
La valse quinquennale reprend, cette fois-ci, au grand désespoir de Manuel.
«L'alternance est en marche» le parti de droite va remplacer celui de gauche, l'escroc va remplacer le faussaire, lui laissant la place encore chaude.

Au même moment l'électeur optimiste espère, l'homme politique carriériste aspire, l'abstentionniste pragmatique, ayant perdu espoir n'est pas convié au banquet.
Il s'agit donc d'un dîner aux chandelles entre le carriériste et l'optimiste, le premier dont la réussite politique dépend du second à tout intérêt à se montrer séduisant, l'assaut est lancé:

Des promesses de changement au programme qui ne change rien, le politique sait courtiser son électorat et chacun y trouve son compte.
Un bulletin de vote déposé au fond d'une urne contre la perspective d'un avenir moins sombre.
Le pragmatique lui, conscient qu'aucun rayon de soleil ne pénètre l'obscurité de l'isoloir fait le choix de ne choisir personne.
C'est tout à son honneur.

Votons pour des lois, non pas pour des maîtres : à quoi bon séquestrer cinq années durant notre souveraineté dans une urne ?  À quoi bon devoir trancher dans une logique du «moins pire» entre l'escroc et le faussaire ?

Face au constat d'un abstentionnisme conséquent notre système électoral montre ses carences : le désintérêt de la vie politique est à son apogée et à c'est à ce titre que la légitimité de la classe dirigeante, ne devant rien à l'électeur, est illusoire.
Robespierre nous aura pourtant mis en garde contre « les privilèges que se sont arrogés les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu’ils ont caressés bassement pendant les élections ».

Aux urnes ! Le carriériste vous rit au nez.


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